Gare routière de Bratislava à 2h30. Toujours aimable, Evola m’accompagne. Il propose de prendre un café. En pleine nuit, accès verrouillés. Il rentre dormir. D’un bus débarque un nain. Le silence retombe. Autour des abris éclairés au néon, le chantier de la nouvelle ville, des tours de bureaux qui lorgnent sur le Danube. Un demi-heure plus tard, le bus de la Slovaklines est au complet. Je rouvre les yeux. Nous roulons à haute vitesse entre deux palissades grises: une vision de jeu électronique. Aux douanes de l’aéroport de Vienne, un personnel au ralenti et deux routards Finlandais. A huit heures, l’avion survole Madrid. Le nez contre le hublot, je repère la passerelle piétonne qui mène au village de Barajas. La trouver au sol est plus compliqué. Il faut enjamber des glissières d’autoroute, traverser des entrepôts, longer des parkings. Elle est à l’usage des ouvriers de l’aéroport. J’aboutis sur la Plaza mayor, commande du pain à la tomate et un café noir, puis vais dans un parc, choisis un banc, m’endors. En début d’après-midi, enregistrement à l’hôtel de Alameda de Osuna, puis départ en navette pour le Terminal 4 où doit arriver Gala (trouvant Jésus au volant, je me souviens que je lui avais promis une boîte de chocolats lors de mon dernier passage).
Bratislava 3
Excellente rencontre dans un Biergarten avec deux Slovaques, l’un géographe, l’autre barman à Prague. Tous deux d’une grande générosité, regrettant que nous soyons si peu conquis par leur capitale. Ils sont accompagnés d’une belle jeune femme qui a rencontré sur internet, la veille, son ami du jour, un Corse capitaine de yacht et “base-jumper” dont la modestie et la franchise, alors même qu’il raconte la vie de luxe que mènent ses patrons, est plaisante. Sorti pour prendre une bière à quatorze heures, nous sommes les derniers clients à partir, sur le coup des minuit, et rejoignons une petit brasserie dont l’originalité est de ne posséder ni tables ni chaises: les clients tendent leurs verres sous les fûts de cuivre puis gagnent la rue et ses bancs publics.
Bratislava
Arrivé ce matin en Slovaquie. Aussitôt dans la vieille ville pour un petit-déjeuner. A portée coule le Danube, large, rapide, jaune et brun et vert. Quais maçonnés et durs, buildings nouveaux, cafés sous parasols. Arrimés à des barges, les navires de croisière. Ils déversent des milliers de retraités européens et autant de Chinois qui avancent derrière des fanions et photographient encore et encore, les vestiges retoqués par le syndicat, toit à corniches, voûtes austro-hongroises, plaques commémoratives, pavé médiéval. Clou de ce parcours, le château, dressé sur la colline. En route, des colifichets, des kiosques à glace et des bars à hamburger. Lorsque nous obtenons les clefs de notre appartement Evola fait:
-Je n’ai même pas envie de ressortir!
Ouest
Quelques jours à Lviv, ville proche de la frontière polonaise, la moins russe d’Ukraine. Nous louons un appartement sur Rynok Square, le cœur du vieux quartier. Une foule incessante d’ouvriers, de touristes, de fêtards, de militaires déambule. Des fontaines de pierres, des statues de bronze, des fleurs. Face à l’hôtel de ville, des tentes vert-de-gris. Un quarteron de manifestants en treillis prépare une soupe dans un chaudron géant. A distance, prêt à intervenir, des groupe de CRS. Evola questionne. La veille, les campeurs ont donné l’assaut à la mairie. Est-ce en rapport avec la situation dans le Donbass? Pas de réponse claire. D’après les drapeaux et les T‑shirt, le nationalisme est ici ukrainien, c’est à dire anti-Russe, mais au différent sur la conduite de la guerre s’ajoute une obscure histoire d’élection locale. Soudain un manifestant décroche, allume un porte-voix et harangue les passants. Le police surveille. Sur une terrasse de bois dressée à même le trottoir, des couples dansent sur des airs d’opérette soviétique et des chansons d’Edith Piaf. A la tombée de la nuit, des centaines de gamines posent pour leur amant devant les jets d’eaux, les vieilles portes, les théâtres, les églises. Les bars se remplissent, débordent sur la rue, les buveurs sont partout, dans les étages, dans les caves.
Ukraine
Plaisir d’être au contact de cette population temporelle, solide, bien identifiée, à laquelle ne se mélange aucun de ces énergumènes d’Afrique qui pourrissent notre Occident et finiront, faute d’une action contre les pouvoirs anti-démocratiques d’Europe, par liquider la civilisation et avec elle toute notion de liberté.
Dniepr
Berges de sable blond sur la Dniepr. Elles viennent de la forêt épaisse, vont jusqu’au fleuve. Au milieu de la nappe d’eau, si vaste qu’elle se confond avec un lac, le bateau à deux niveaux, de la taille des embarcations du Léman, semble perdu. Il amorce un arc de cercle, tourne sans manoeuvre. D’un pont massif, des sauts à l’élastique. Sur la colline, la statue de la Mère-patrie, soixante-deux mètres d’acier.
Ferveur
Catacombes de Sainte-Laure que l’on parcourt baissé, un cierge à a la main, par un réseau de tunnels. Surgissant au hasard de la progression, soudain une dizaine de visages en prière, baptême ou communion ordonnée par un pope. Dans des niches ouvertes à même le rocher, les dépouilles des saints, le corps visible dans le cercueil de verre.