Bratislava 2

Vio­lence de l’Eu­rope tech­nocra­tique. Elle expro­prie le peu­ple, lamine sa cul­ture, détru­it le passé, installe ses mar­ques de com­merce, fait ron­ron­ner la machine.

Bratislava

Arrivé ce matin en Slo­vaquie. Aus­sitôt dans la vieille ville pour un petit-déje­uner. A portée coule le Danube, large, rapi­de, jaune et brun et vert. Quais maçon­nés et durs, build­ings nou­veaux, cafés sous para­sols. Arrimés à des barges, les navires de croisière. Ils déversent des mil­liers de retraités européens et autant de Chi­nois qui avan­cent der­rière des fan­ions et pho­togra­phient encore et encore, les ves­tiges reto­qués par le syn­di­cat, toit à cor­nich­es, voûtes aus­tro-hon­grois­es, plaques com­mé­mora­tives, pavé médié­val. Clou de ce par­cours, le château, dressé sur la colline. En route, des col­ifichets, des kiosques à glace et des bars à ham­burg­er. Lorsque nous obtenons les clefs de notre apparte­ment Evola fait:
-Je n’ai même pas envie de ressortir!

Ouest

Quelques jours à Lviv, ville  proche de la fron­tière polon­aise, la moins russe d’Ukraine. Nous louons un apparte­ment sur Rynok Square, le cœur du vieux quarti­er. Une foule inces­sante d’ou­vri­ers, de touristes, de fêtards, de mil­i­taires déam­bule. Des fontaines de pier­res, des stat­ues de bronze, des fleurs. Face à l’hô­tel de ville, des tentes vert-de-gris. Un quar­teron de man­i­fes­tants en treil­lis pré­pare une soupe dans un chau­dron géant. A dis­tance, prêt à inter­venir, des groupe de CRS. Evola ques­tionne. La veille, les campeurs ont don­né l’as­saut à la mairie. Est-ce en rap­port avec la sit­u­a­tion dans le Don­bass? Pas de réponse claire. D’après les dra­peaux et les T‑shirt, le nation­al­isme est ici ukrainien, c’est à dire anti-Russe, mais au dif­férent sur la con­duite de la guerre s’a­joute une obscure his­toire d’élec­tion locale. Soudain un man­i­fes­tant décroche, allume un porte-voix et harangue les pas­sants. Le police sur­veille. Sur une ter­rasse de bois dressée à même le trot­toir, des cou­ples dansent sur des airs d’opérette sovié­tique et des chan­sons d’Edith Piaf. A la tombée de la nuit, des cen­taines de gamines posent pour leur amant devant les jets d’eaux, les vieilles portes, les théâtres, les églis­es. Les bars se rem­plis­sent, débor­dent sur la rue, les buveurs sont partout, dans les étages, dans les caves.

Ukraine

Plaisir d’être au con­tact de cette pop­u­la­tion tem­porelle, solide, bien iden­ti­fiée, à laque­lle ne se mélange aucun de ces éner­gumènes d’Afrique qui pour­ris­sent notre Occi­dent et finiront, faute d’une action con­tre les pou­voirs anti-démoc­ra­tiques d’Eu­rope, par liq­uider la civil­i­sa­tion et avec elle toute notion de liberté.

Tout

Pra­tiques ces machines qui invi­tent à “Résoudre tout”.

Dniepr

Berges de sable blond sur la Dniepr. Elles vien­nent de la forêt épaisse, vont jusqu’au fleuve. Au milieu de la nappe d’eau, si vaste qu’elle se con­fond avec un lac, le bateau à deux niveaux, de la taille des embar­ca­tions du Léman, sem­ble per­du. Il amorce un arc de cer­cle, tourne sans manoeu­vre. D’un pont mas­sif, des sauts à l’élas­tique. Sur la colline, la stat­ue de la Mère-patrie, soix­ante-deux mètres d’acier.

Ferveur

Cat­a­combes de Sainte-Lau­re que l’on par­court bais­sé, un cierge à a la main, par un réseau de tun­nels. Sur­gis­sant au hasard de la pro­gres­sion, soudain une dizaine de vis­ages en prière, bap­tême ou com­mu­nion ordon­née par un pope. Dans des nich­es ouvertes à même le rocher, les dépouilles des saints, le corps vis­i­ble dans le cer­cueil de verre.

Capitale

Pop­u­la­tion solide, tran­quille, con­sciente de son ter­ri­toire, de son passé, du présent et des dif­fi­cultés. Qui sem­ble prof­iter de la vie, peut-être parce qu’elle est dure, et pour­rait le devenir. Les hommes tien­nent les femmes par la main, les femmes mon­tent sur les socles des stat­ues et se font pren­dre en pho­to par les hommes. Au ter­rasse, de l’al­cool. Et des rues qui vont aux avenues, des places qui ouvrent sur l’hori­zon. Une pesan­teur des corps plutôt que cet état aérien que feignent nos malades de Suisse et de France et de l’Eu­rope multi­na­tionale qui n’osent regarder ni les étrangers ni le voisin ni l’amoureuse ni le passé ni le présent et qui, en dés­espoir de cause, regar­dent les vitrines.

Kiev 3

Tir aux pigeons dans une ban­lieue de la cap­i­tale. Au bout d’une allée encadrée d’ar­bres dont les branch­es ont été tronçon­nées, un tank. Trois hommes en kaki fument. Nous rejoignons le stand à pied. Tirons en plein champ. Les lots de car­touch­es épuisés, retour sur le chemin. Pho­to de ces arbres vio­len­tés qui ressem­blent à des pieux. Dans la forêt, des coups de feu. Autre stand. Brin­que­bal­ant. Sorte de masure pour­rie sur les rives du Mékong. L’in­struc­teur, lui, est solide. Pat­i­bu­laire même. Et crasseux, bru­tal. Les yeux plein d’al­cool, le T‑shirt en sueur, une pis­to­let à la hanche, il est entouré d’ado­les­cents qui font leur bap­tême. Alors qu’il nous fait signe d’ap­procher, un tireur décharge sa Kalaschnikov. Mon oreille qui sif­fle toute l’an­née, réag­it mal. Je me jette sur les Pamirs. Des loques. Ne pro­tè­gent pas. Heureuse­ment, j’ai sur moi des tam­pons de cire. Je les cale. Suf­fit pas. Mais surtout, le tireur sem­ble dan­gereux. Cig­a­rette au bec, il retire le mag­a­sin de l’arme entre deux coups, tape sur la culasse, envoie des pruneaux trop bas, dans la clô­ture, trop haut, dans le talus. Evola et Mon­a­mi tirent assis sur un tabouret ban­cal, le canon posé sur un bloc de vieille mousse. Je passe mon tour, vais dans la forêt. Une rom­bière en mini­jupe, la tig­nasse décol­orée, s’a­muse avec son caniche. Elle a une hache à la main. Son marie fouille le cof­fre de la voiture. La rom­bière va au stand, embrasse le pat­i­bu­laire. Je regarde ce que fait le chien. Il évite les balles. Le pat­i­bu­laire laisse le stand aux tireurs. Il vient saluer le chauf­feur de la voiture. Ensem­ble, il tirent du cof­fre le matériel d’un pique-nique. Ils vont boire et manger au milieu des coups de feu.

Kiev 2

Ville étagée sur des collines, ouverte sur le Dniepr, et mas­cu­line, et fière. S’y promè­nent de ravis­santes femmes habil­lées comme des femmes, en robe, talons et cheveux. Aux abor­ds des parcs à la végé­ta­tion foi­son­nante (l’un d’en­tre eux se nomme Le square des intel­lectuels de Kiev), des bâti­ments car­rés et lourds, le long des trot­toirs des kiosques à cig­a­rettes, café, pain, limon­ade que tien­nent des vieilles en fichu. Un métro début de siè­cle fait de mar­bre et de cuiv­re. Nous cir­cu­lons ain­si, ou avec des voitures de com­mande, pour vis­iter le monastère de Sainte-Sophie puis arpen­ter le “Mont­martre”, quarti­er où se tient un marché aux puces. Comme dit Evola,  “c’est autre chose que Paris!”. Dis­ons-le, c’est le passé per­du, spolié plutôt, c’est l’an­ti­dote à notre Europe stan­dard­is­ée, numérique, malade, ven­due, africaine.