Italie 4

Ain­si, nous avons emmé­nagé dans l’ap­parte­ment de Gal­luz­zo sans vis­iter, payé sans venir (quinze jours que l’ap­parte­ment est à dis­po­si­tion), obtenu sans sign­er et décidé sur la foi des com­men­taires de ce garçon que Gala a ren­con­tré en octo­bre dernier, dans le mag­a­sin où je louais une vélo, et dont elle a aus­sitôt fait son ami inconditionnel.

Italie 3

Der­rière la poste, il y a une dis­tri­b­u­tion d’eau minérale naturelle et gazeuse. En façade, au-dessus des robi­nets, il est écrit: “gra­tu­ito”. J’ai bu dans mes mains. L’eau pétil­lante est légère, un peu iodée. Dès lun­di, j’achèterai des bouteilles à cap­sule. Sur la place du vil­lage, une obélisque et des kiosques à jour­naux en fonte. Au bas d’un immeu­ble, un marc­hand de vin et de bière en vrac. Au stade de foot­ball de Gal­luz­zo, le 9 juil­let, l’élec­tion de Miss Italie.

Italie 2

L’ap­parte­ment sur deux étages est logé dans une vieille ferme que les Flo­rentins appel­lent prob­a­ble­ment Palaz­zo. Sur la colline, une char­treuse émergée des cyprès avec ces cel­lules pour céno­bites. Un coq chante. Une oie chante. Un chien aboie. Celui des voisins. La femme vient d’ac­couch­er de jumeaux. Le mari les promène dans un dou­ble lan­dau suivi du chien, un spéci­men fab­riqué en lab­o­ra­toire. Aver­tis de l’ex­is­tence de ce chien, nous avons longue­ment dis­cuté, pour enfin renon­cer à la loca­tion. Gala a expliqué à la pro­prié­taire que “je ne sup­por­t­ais pas!”. Cela paraî­tra exces­sif, et requiert l’ex­pli­ca­tion: en Andalousie, en 2016, lorsque j’écrivais sur mon toit l’es­sai de philoso­phie , j’é­tais entouré de trente chiens (comp­tage effec­tué): ils aboy­aient jour et nuit. Puis, nous avons changé d’avis et décidé de pren­dre l’ap­parte­ment. Le pre­mier soir, dés­in­car­céré du dis­posi­tif autoroutes-péages-ponts-tun­nels, le chien vient à notre porte. Gala par­le et le caresse. Il repart. Depuis, silence.

Italie

Instal­la­tion à Gal­luz­zo, dans les faubourgs de Flo­rence. Par­tis le matin de Lau­sanne, nous avons roulé onze heures. Après la mon­tée du Sim­plon, der­rière des semi-remorques albanais trans­portant des voitures, puis cinquante tun­nels. La route du Pié­mont n’est pas encom­brée, elle est à l’ar­rêt. Gala appelle la pro­prié­taire et retarde notre venue. Une heure plus tard, elle rap­pelle. Nous avançons à vingt kilo­mètres heure. D’après ce qu’on nous dit, c’est l’é­tat habituel du traf­ic aux abor­ds de la ville. Ajou­tons que l’a­vant-veille, les mêmes prob­lèmes étaient vrais des routes français­es et suiss­es. Con­stat pénible et réjouis­sant: à vue de nez, les sys­tèmes s’ef­fon­drent. Pour l’in­stant, cela se chiffre en coups de colère, injures, résig­na­tion, frus­tra­tion, mal­adie. Bien­tôt, l’ef­fet soupape ne suf­fi­ra plus.

Rondes

Fête de deux jours dans Agrabuey. Same­di, prom­e­nades le long de la riv­ière et dans les sous-bois pour enten­dre chanter les oiseaux et cueil­lir des champignons; nous sommes au lit, der­rière le volet tiré. A midi, pre­mier café. Le temps de sor­tir dans notre rue quand reten­tit le son de la Ron­da qui joue des airs celtibères. Gala danse avec le paysan devant cent vil­la­geois, puis nous emboî­tons le pas, tournons autour de la place, faisons des haltes pour manger des beignets, du chori­zo et du fro­mage. Les hommes boivent du vin en lev­ant haut la carafe, une femme chante des airs d’Aragon. En début d’après-midi, la balade en musique se ter­mine par une danse col­lec­tive. Main dans la main, enfants jeunes et vieux tour­nent autour de l’orchestre. Nous allons tous au bar, cent, cent vingt per­son­nes, puis dans la salle com­mu­nale pour dîn­er d’une soupe à l’ag­neau. Après la sieste, la fête recom­mence. A deux heures du matin, nous sommes dehors. Les hip­pies gar­di­ens de chèvres, apicul­teurs, maçons, guides, pro­fesseurs de yoga font du rock (espag­nol). Gala qui a sor­ti sa zibeline se tient envelop­pée avec cette autre femme Suisse qui vit à l’é­cart du vil­lage, dans une val­lée rocailleuse, et tient un haras de chevaux. 

Maison

Prise, reprise, chaude, tor­ride, sur la table, au lit, puis paroles d’amour, apaise­ment des sens, rires, sourires, alcool. Vient la nuit. Soudain Gala adresse ses remon­trances : hier, je promet­tais d’a­cheter à une mai­son à Flo­rence, ce soir je sem­ble hésiter (je ne me sou­viens pas avoir promis, du moins dans ces ter­mes). La dis­cus­sion s’en­ven­ime.
“Et où veux tu que je ter­mine mes jours! J’en ai assez d’être trans­portée!“
J’en­tends et, mal­gré le ton, qui monte, monte encore, j’é­coute. A la fin, Gala attrape cet instru­ment qui mesure la pres­sion. Elle au max­i­mum.
“Il faut par­tir! Immé­di­ate­ment!”
- Où ça?
“Aux Urgences!”
-Quoi? Il y a deux mon­tagnes devant nous et je viens d’avaler cinq litres de bières!
“Tu veux vivre avec un légume? Tu veux que je fasse une crise car­diaque?“
A deux heures du matin, nous sommes dans une salle d’hôpi­tal. Infir­mières et doc­teurs s’oc­cu­pent de Gala. Ils piquent et mesurent. Une fois toutes les demi-heures, ils m’in­for­ment.
-Nous allons revenir. Ne vous inquiétez pas.
Cepen­dant, je me promène entre les pins, dans la nuit et le silence, l’œil dou­ble.
A cinq heures, l’hôpi­tal informe que le dan­ger est passé.

Rêve

Autour de la table ronde, amis et cama­rades de classe dis­cu­tent le pro­gramme. Séances de ciné­ma, con­certs, école, tout y passe. “Dois-je révis­er?” L’un des copains se dresse:
-Il n’y aura pas d’ex­a­m­en, sauf pour celui qui ne sait pas. Mais d’abord, qui es-tu pour ques­tion­ner ain­si? Serais-tu Jésus?
- Son patron!
Réponse qui provoque un tol­lé. On me jette dans un ascenseur. Puis j’as­siste à la pro­jec­tion d’un film. Dans le noir rôde l’ex­am­i­na­teur. Quand je lui échappe, me voici coincé dans un bus. Il trace des cer­cles, passe à prox­im­ité du bâti­ment où se trou­ve mon arrêt, repart. Je saute. Des incon­nus sont à ma pour­suite, mais je cours mieux et plus vite. Plutôt, je vole devant moi. Deux pas pour l’élan, une droite dans les airs. Hélas, le truc fait long feu. L’én­ergie faib­lit, mes jambes s’alour­dis­sent, je m’embourbe. Alors je vois que la ville, le pays, la planète entière sont inondés d’une eau sale que jonchent des détri­tus.
“J’ai bien fait de me réfugi­er à la cam­pagne il y a vingt ans”, me dis-je.
A la place du bâti­ment, un hôtel. A la récep­tion, des hommes en cra­vate. Le récep­tion­niste me fait annon­cer à mon père, lequel me présente son amant, un PDG Japon­ais. Habil­lé d’un cos­tume, il est couché en tra­vers d’un lit mat­ri­mo­ni­al.
“Jamais, me dis-je, je n’au­rai cru que mon père était homo­sex­uel!“
Autour de la table ronde avec mon ami C.W. que je n’ai pas vu (dans la vie réelle) depuis six ans.
-Et main­tenant, je demande, tu fais quoi?
-Je suis min­istre.
-Min­istre! Du sérieux!
-Oui, mais que le jeu­di, quand je dois organier le café à l’heure de la pause.
Sur ces entre­faites, je me réjouis de par­ler à l’a­mi retrou­vé, mais les occu­pants de la table, des vau­dois comme lui, l’ont recon­nu et l’as­sail­lent de ques­tions. Je demeure là, en silence, invis­i­ble pour ces vau­dois comme pour C.W.

Monstres

Le devenir mon­strueux des hommes et femmes mod­i­fiés par la plas­tique chirurgicale.

Lu ce jour

Sept musicien.nes réuni.es

Identité

Per­suadé qu’aux yeux des nou­veaux dic­ta­teurs de la mon­di­al­i­sa­tion, il n’y a pas de dif­férence d’i­den­tité entre un immi­gré et un robot.