Dans leur pays, la Norvège, les Norvégiens sont qualifiés de “blancs” par les journalistes et politiciens alors que les musulmans, à qui les nihilistes de Norvège ont distribué des passeports norvégiens, parlent des musulmans en les appelant “les nôtres”.
Oeuvrer
Je m’aperçois que je vais sortir du noir. J’y suis entré en 2015. Alors, j’étais à Fribourg. Aterré, je regardais ces nouveaux venus, sous-informés, débarqués par paquets des périphéries de l’Europe, qui arpentaient en somnambules la ville. Fribourg, une ville parmi cent, mille, une vilel quelconque parmi toutes celles que compte le vieux continent, car toutes subissaient le même sort de “solidarité”, c’est à dire d’esclavage naissant. Aterré, je prenais connaissance des explication données par les parleurs autorisés, ces tissus de mensonge. Comme tout un chacun, je subissais l’avalanche des images manipulées et voyais s’installer, heure après heure, dans les esprits et dans les corps, la résignation, qui — nul ne me fera croire le contraire — n’était qu’une forme encore bégnine de la maladie qui se déclenche dans le vivant lorsqu’il constate que l’on détruit son habitat, son plaisir, sa langue et son futur. Lorsqu’on détruit la vie libérale, cultivée, moderne. Lorsqu’on le détruit. Mais sentir n’est pas penser. Je voyais, mais je ne comprenais pas. Quels intérêts servait ce travail général de sape? Commençait pour moi une période noire. Je dirais qu’elle vient de s’achever. Il me semble comprendre comment s’est organisé cette offensive contre la liberté, le plaisir, le futur. Notre futur. Le pourquoi de son organisation gagne chaque jour en évidence. Quant aux responsables, soyons clair: il n’en existent pas qui seraient faciles à désigner, le cas échéant appréhendés, après quoi il suffirait de remettre, entre citoyens de bon aloi, les pendules à l’heure. Je ne crois pas en ce type d’hystérie socialiste (on peut ordonner le réel sur plan, au besoin s’en remettre aux commissaires du Peuple). Si je dis que je sors du noir, c’est que j’entrevois assez les relations objectives entre les personnages qui ont présider et président à ce drame pour savoir comment prendre du recul, puis dégager, et ensuite — c’est le plus important — créer localement, de mes mains, avec mes propres moyens, dans un coin, une fabrique de la liberté. Elle consiste d’abord à déjouer au quotidien, pour réorienter l’action personnelle, tous les pièges qu’aligne sans vergogne le discours œcuménique des capitalistes finissants (gouvernement mondial, égalitarisme, droits de l’homme…), puis à fabriquer du positif, de l’heureux, du juste. Enfin, si tant est que la réalité ne me rattrape pas, à rendre le modèle viral.
Traduction
L’exercice de traduction fait apercevoir que les mots utilisés dans la langue d’écriture sont souvent incompris au sens où l’auteur serait incapable d’en donner une définition claire. Pour autant, je ne dis pas qu’ils ne sache les employer. Au contraire, il en fait un excellent usage, les inscrivant judicieusement dans la phrase et dans le contexte. Cette part de flou qui demeure est précisément ce qui produit la richesse de la langue au-delà des rapports de stricte analogie. Remarque qui se vérifie sans peine lorsque l’on étudie en miroir les travaux des traducteurs employés par les instances du pouvoir (surtout les agences symboliques, ces prétendues “organisation internationales” dont le rôle est de bureaucratiser les rapports entre vivants): leur but est d’éliminer toute ambivalence, de dévitaliser la langue, de l’aplatir comme un pâte afin que chacun puisse constater qu’elle ne contient plus aucune scorie.
Etats-Unis 2
Désormais, il faut observer au plus près la société des Etats-Unis. Tâche ardue, enveloppée comme elle est d’images et de ce fait en partie inatteignable sauf pour les pauvres hères, plus de cent millions, qui vivent derrière les images. Mais je ne crains pas de dire a priori, donc sans pouvoir lorgner sur les pugilats internes, que nous avons affaire dès aujourd’hui au retournement de situation typique qui guette la société européenne conquérante, morale et emphatique et idiote de la fin du XXème siècle dont nous sommes, hélas, les victimes désignées : l’argent vient à manquer et les individus que noyait dans son espérance illusoire cet argent ressurgissent tels qu’en eux-mêmes, identifiés, ataviques, névrosés et potentiellement hostiles, je veux dire, prêts à se recentrer pour faire face à l’avenir.
Degrés
Que je me souvienne, jamais mes mouvements ne furent aussi réduits. Ce n’est pas une température de 30, 34 voire 38 degrés qui freine l’activité, mais son installation dans le régime quotidien. Il fait ici, dans la cuvette florentine, une trentaine de degrés nuit et jour. Quand on sort, c’est tard. Quand on sort, on ne va pas très loin. Quand on sort, c’est pour rentrer. Mon meilleur moment a lieu à midi, quand péniblement réveillé après cinq tasses de Lavazza, je poursuis ma traduction. Il me semble alors que je renoue avec une activité du temps normal, social, volontaire. Ensuite, je combine le puzzle quotidien, joins les jours les uns aux autres. Détail qui me plaît, le faubourg est abandonné. Les rideaux de fer descendus, les habitants sont partis. Accrochées par un fil, des pancartes découpées dans le carton annoncent les commerçants “in vacanza”.