Sexualité

“Pourquoi seule de toutes les fonc­tions du corps, la repro­duc­tion est-elle assurée par un organe dont un indi­vidu ne pos­sède jamais que la moitié, ce qui l’oblige à dépenser beau­coup de temps et d’én­ergie pour trou­ver une autre moitié?”. François Jacob, Le jeu des possibles.

Tennis

“Plop! Plop!”. Au milieu de la nuit, dans un noir épais,voulu par Gala qui tire les stores dont elle serre ensuite les lamelles, je capte ce son et aus­sitôt, dans le demi-som­meil, engage la con­ver­sa­tion avec Mon­frère:
-Fais quelque chose! Encore une idée de squat­ters, jouer en pleine nuit au ten­nis… Allez, lève-toi! C’est ton tour! Dis à ce mec d’aller se couch­er. Oh, tu entends! Par­le-lui par la fenêtre, qu’il se recouche, merde!
Or, c’est Gala, allongée à mon côté dont le souf­fle expi­rant est ain­si ponc­tué : “plop…! plop…!”.

Intercesseur

Le pape prie (mais Dieu est méchant).

Mouvement 4

Légère neige ce soir, les sap­ins bal­an­cent con­tre l’im­meu­ble. Depuis ce matin, j’ai comp­té une petite dizaine de voitures entrant dans la sta­tion; peut-être qu’après cette pre­mière semaine de con­tact restreint, la fatigue d’avoir a être soi pousse les plus impa­tients à rouler au hasard. Notre famille est dis­per­sée: Mon­frère dans son chalet, entre la fontaine et le potager, Mamère dans sa ferme et dans la forêt (elle marche), les enfants à Genève, con­tre la fron­tière française, enfer­més et calmes, moi ici, sur la mon­tagne, plus exacte­ment sur la butte, au pied de l’ap­parte­ment, où je fais du sport dans qua­tre mètres car­rés d’herbe jaune et Gala, dans les étages, toutes sor­ties annulées.

Aide aux criminels 2

Logés, nour­ris, soignés, impunes, et rac­com­pa­g­nés gra­tu­ite­ment en avion: ils reviendront.

Aide aux criminels

Une par­tie des romanichels roumains, infil­trés divaguant sur les ter­ri­toires des pays de tra­vail (dans ce cas la Suisse), vivant de rap­ine, de har­cèle­ment, de men­dic­ité et abu­sant pour le lit et la nour­ri­t­ure du sys­tème de sec­ours mis en place par l’E­tat ont été rap­a­triés ce jour aux frais de notre pays dans leur fief cen­tral de Cluj-Napoca.

Demain

Avant que cette merde, par voie aéri­enne, mandibu­laire, vaporeuse et irra­di­ante attaque notre cerveau, nos poumons res­pi­ra­toires et nos organes de vie sociale, je pen­sais, aucun espoir. Tout appa­rais­sait court-cir­cuité, com­pressé, accéléré par des règles aber­rantes de cir­cu­la­tion, au sol, sur l’eau ou dans les airs, choses et per­son­nes. De sorte que la lente et improb­a­ble recon­quête des esprits qui se pro­duit aujour­d’hui dans l’ur­gence, sous l’ef­fet des événe­ments, nous trou­ve aus­si pan­te­lants que dému­nis, inca­pables de tir­er prof­it des éner­gies vitales, toutes aspirées qu’elle sont par la sidéra­tion. Si à terme nous par­venons à sur­mon­ter par la grâce de la main invis­i­ble l’é­tat dans lequel nous avons été pré­cip­ités, il serait bien­heureux de repren­dre pos­ses­sion de l’e­space et du temps à la manière d’au­then­tiques vivants qui aiment la musique de l’e­sprit et l’as­cen­sion des corps

Limites

Un ani­mal supérieur, minus­cule, con­scient, encagé. Il n’a pas con­stru­it sa cage, il s’ag­it d’une con­di­tion ini­tiale. Il pro­gresse. Con­stam­ment, améliore ses pos­si­bil­ités. De survie, de vie, de con­fort, de plaisir. Une fois la col­lec­tiv­ité établie dans le plus sat­is­faisant des modus viven­di, le pro­grès, selon la loi naturelle de l’en­tropie, ralen­tit. Quelques mem­bres de l’e­spèce, les plus auda­cieux, lèvent alors les yeux sur la cage, mesurent son haut, son bas, sa géométrie et ses bar­reaux, pèsent et soupèsent le prob­lème. Et per­suadent les mem­bres le plus pas­sifs, les mieux sat­is­faits que, toutes réelles que soient ces lim­ites, elles peu­vent ou plutôt doivent être tran­scendées au motif que la nature ne dit pas le vrai: toute cage est un arbi­traire. Dès lors, l’ef­fort du groupe est réori­en­té: il tend à nier la con­di­tion ini­tiale. Ce qui demeure de la col­lec­tiv­ité après épuise­ment de l’ef­fort? Un vaste ensem­ble de cages vides.

Bonheur

Nous n’avons besoin que d’être heureux, ce qui peut s’obtenir en principe de n’im­porte quelle com­bi­na­toire judi­cieuse des élé­ments qui com­posent le réel. Encore faut-il qu’il demeure acces­si­ble et ne s’of­fre pas sous des formes trompeuses. Prob­lème évi­dent de nos sociétés de la défi­ance, de la lutte, de la névrose qui au pré­texte d’amen­er tout le groupe à un bon­heur moyen (motif com­mu­niste), prive l’homme de toute ini­tia­tive sin­gulière, surtout si elle est sim­ple et naturelle.

Interdits

“Seuls les actes essen­tiels”. Dans ces pays admirables de jeunesse d’Asie du sud-est (et d’ailleurs, mais je n’en ai pas fait l’ex­péri­ence récem­ment), inutile de pré­cis­er quels ils sont: manger, boire, dormir, par­ler, faire l’amour — ces actes suff­isent à éclair­er les vis­ages de ce sourire qui est le pro­pre de la vie réussie. Mais sous nos lat­i­tudes, dans nos sociétés poussées, com­plex­es, vieil­lis­santes donc frag­iles, l’essen­tiel est par déf­i­ni­tion le domaine de l’i­nas­sign­a­ble. Autant de nuances que d’in­térêts per­son­nels, de motifs don­nés aux actes que de car­ac­tères et d’in­di­vidus. L’inu­tile, le sec­ondaire voire l’ab­surde font ici par­tie de l’essen­tiel, en ce sens que tout empêche­ment suivi de ces actes pour­rait con­duire à l’ef­fon­drement psy­chologique. Sauf à détru­ire la qual­ité de notre étab­lisse­ment sur cette planète, quiconque pré­tend ramen­er durable­ment la pop­u­la­tion blanche à des traits de com­porte­ments ani­maux s’ap­par­ente à un liquidateur.