Autour du paradis, la vitesse.
Clause du besoin
Un bourgeois n’a aucune résistance à la douleur. Il se croit du mérite et juge avoir assez souffert — en quoi il n’a pas tort. De ce fait, il cherche à administrer de bon droit une constante, sa situation, en progrès — absolu et relatif — et bien entendu, sans douleur. Ce pourquoi, aucune société ne peut se passer d’une bourgeoisie. Elle en constitue le point pivot.
Canon
A nos portes des mendiants hostiles, exigeant un droit que leur société jamais ne leur a accordé
- responsabilité à laquelle ils ont naturellement part — et qu’ils n’accorderaient jamais à personne, persuadés que le droit tel qu’il existe dans nos sociétés (le droit!) implique tolérance de la force, de l’égoïsme et de la mendicité.
Poly
Ce délire idéologique, de faible ambition, délire parce que idéologique, délire plus encore parce que confié aux algorithmes, délire d’une population américaine, affolée par le puritanisme, qui consiste à étiqueter les titres de musique — sous prétexte de protéger les âmes — qui amène à taxer Explicit la moindre parole relevant du droit d’expression, y compris et surtout si elle est ordurière, hostile, bête, la musique populaire ayant pour fondement nécessaire, la bêtise, l’ordurier et le sans-remise, ce procédé qui nous vaut des aberrations telles que, par exemple, l’étiquette Explicit placée en regard de l’album du Youandewan, DJ modulateur de plateformes électroniques qui ne compose aucune paroles ni ne chante, mais a eu le malheur de nommer son mix Be Good To Me Poly.
Nendaz
Enneigé, suspendu contre la vallée du Rhône, le faux chalet ferme l’impasse. La porte est sculptée “les Chamois”. L’accès se fait par le carnotzet, les couloirs de tirs sont à côté. Il est tôt, il fait froid, les stores sont baissés. Holsters, ceintures de charges, magasins, balles, nous préparons le matériel. L’instructeur donne la théorie:
-Arrivez!
Midi moins trois, nous mangeons en veste, lard fumé, gendarmes, café, cervelas, puis partons en file indienne, claudiquant, avec les armes, à flanc de montagne, jusqu’aux cibles, trois cent mètres d’un sentier enfoui sous la neige. Sur place, la première mission est de tasser la poudreuse ; les autres ajustent les cartons sur les cibles (A6 sur A4, corps et tête). Comme nous munitionnons, j’entaille le bout de mon doigt. Ce qui prouve que je ne sais plus munitionner, ai oublié mes routines; de fait, au début des exercices, je fais pâle figure, touchant loin du coeur, arrachant las détente, forçant mon rengainage (plus tard — trois heures ont passé — je me rattrape).
Cuisine 2
-Avril… Málaga. Mai… Agrabuey. Comme ça, on y sera pour les journées ornithologiques.
-Tu iras toi!
-Non, cette année, je vais aux champignons.
-En tout cas, moi je dors, mais je serai là le soir, pour la danse… Pourquoi on parle de ça?
-On disait, mai, à Agrabuey. Sauf pour la remise du prix…
-C’est quand?
-Le 4.
-On fait un aller-retour. Réserve une chambre à Rive.
-Rive?
-C’est bien à Cologny la fondation? Les bus partent de Rive.
-Depuis Agrabuey, impossible. On doit prendre l’avion à Málaga.
-Oui, oui, tu as raison. On remontera après, en voiture.
-Alors, il faut prendre un hôtel à Rincon, on aura plus l’appartement.
-Pourquoi?
-La location finit le 30 avril.
-Et le soir, où on est à Genève?
-J’en prends deux. Deux hôtels. Un à Genève, un à Malaga. Près de la gare.
-Bon, comme tu veux. Ensuite, en juin? Si on allait à Munich?
-Combien de temps? Parce que moi, j’ai un séminaire de Krav Maga à Cuenca.
-Ton problème. Tu iras.
-Mais pas de Munich.
-Et ensuite?
-Ensuite quoi?
-Après Munich.
-Kiev. Au moins, c’est dans la même direction.
-Je vais m’ennuyer.
-Mais non.
-Tu crois?
-Deux mois, pas plus.
-En tout cas, le 28 août, je dois être à Malaga. Pour m’inscrire à l’Université.
-Oui, oui.
-Oui Monsieur. C’est toi qui m’a fait rater l’inscription la dernière fois!
-Quand?
-Mais je ne sais pas moi, la dernière fois.
-Ce qui veut dire qu’on retourne habiter à Malaga?
-C’est toi qui ne veut pas mettre les pieds à Bordeaux.
-Quoi Bordeaux? Pas mettre les pieds… en France!
-Alors, ne te plains pas!
-Encore faut-il trouver un appartement!
-Ah ça, c’est ton problème!
-Et le 26, on dort où?
-A Sète.
-Balaruc. Je vais réserver à Balaruc, chez Martinez.
-La chambre avec le balcon.
-Côté tortues?
-Mais évidemment côté tortues! Et demande lui s’il aura les huîtres!
Cuisine
A Lausanne, dans l’arrière-boutique avec Gala. Dehors la pluie, forte et longue. Chaises de bureau, cartons retournés, salade au chlore, rouge du Somontano, et les plans à échafauder. Je cherche des vols, réserve des chambres d’hôtels, demande où sera ma veste de costume (vingt ans d’âge) le jour de la remise du prix littéraire, au moment de porter beau, le 4 mai. Gala explique: “laisse tout dans la voiture, les mocassins aussi, nous rapportons ça à Malaga puis je les prends dans ma valise… pour passer une jour en Suisse, je ne prends rien, à peine une culotte.
Navette
A l’instant, j’arrive d’Espagne. Onze heures de pluie. Des autoroutes noires, miroitantes, un paysage gonflé d’eau. A Sète, je me suis embarqué dans un hôtel Première classe, sorte de navette de fabrication française posée sur le tarmac de Balaruc-le-Vieux; depuis l’atterrissage (années 1980), je dirais qu’aucun mécanicien n’est intervenu. Mais peu importe le manque de confort des chambres, car il y avait autre chose, des Gitans. Une bande, une smala, un clan, comment dire? Beaucoup de gitans, petits, plus grands, moyens et plus petits… et que des femmes, les hommes étant sortis de saouler. Ce qu’il en résulta? Un chambard. Commencé à 18h00, il se poursuivait à minuit. Et ce matin, tous les Gitans se lèvent, continuent de mettre la vie en musique: il est 6h00.