Musique d’accompagnement pour la descente: Chaconne en F Minor P. 43 de Johann Pachelbel et The Sinking Of The Titanic de Gavin Bryars.
Tennis
“Plop! Plop!”. Au milieu de la nuit, dans un noir épais,voulu par Gala qui tire les stores dont elle serre ensuite les lamelles, je capte ce son et aussitôt, dans le demi-sommeil, engage la conversation avec Monfrère:
-Fais quelque chose! Encore une idée de squatters, jouer en pleine nuit au tennis… Allez, lève-toi! C’est ton tour! Dis à ce mec d’aller se coucher. Oh, tu entends! Parle-lui par la fenêtre, qu’il se recouche, merde!
Or, c’est Gala, allongée à mon côté dont le souffle expirant est ainsi ponctué : “plop…! plop…!”.
Mouvement 4
Légère neige ce soir, les sapins balancent contre l’immeuble. Depuis ce matin, j’ai compté une petite dizaine de voitures entrant dans la station; peut-être qu’après cette première semaine de contact restreint, la fatigue d’avoir a être soi pousse les plus impatients à rouler au hasard. Notre famille est dispersée: Monfrère dans son chalet, entre la fontaine et le potager, Mamère dans sa ferme et dans la forêt (elle marche), les enfants à Genève, contre la frontière française, enfermés et calmes, moi ici, sur la montagne, plus exactement sur la butte, au pied de l’appartement, où je fais du sport dans quatre mètres carrés d’herbe jaune et Gala, dans les étages, toutes sorties annulées.
Aide aux criminels
Une partie des romanichels roumains, infiltrés divaguant sur les territoires des pays de travail (dans ce cas la Suisse), vivant de rapine, de harcèlement, de mendicité et abusant pour le lit et la nourriture du système de secours mis en place par l’Etat ont été rapatriés ce jour aux frais de notre pays dans leur fief central de Cluj-Napoca.
Demain
Avant que cette merde, par voie aérienne, mandibulaire, vaporeuse et irradiante attaque notre cerveau, nos poumons respiratoires et nos organes de vie sociale, je pensais, aucun espoir. Tout apparaissait court-circuité, compressé, accéléré par des règles aberrantes de circulation, au sol, sur l’eau ou dans les airs, choses et personnes. De sorte que la lente et improbable reconquête des esprits qui se produit aujourd’hui dans l’urgence, sous l’effet des événements, nous trouve aussi pantelants que démunis, incapables de tirer profit des énergies vitales, toutes aspirées qu’elle sont par la sidération. Si à terme nous parvenons à surmonter par la grâce de la main invisible l’état dans lequel nous avons été précipités, il serait bienheureux de reprendre possession de l’espace et du temps à la manière d’authentiques vivants qui aiment la musique de l’esprit et l’ascension des corps
Limites
Un animal supérieur, minuscule, conscient, encagé. Il n’a pas construit sa cage, il s’agit d’une condition initiale. Il progresse. Constamment, améliore ses possibilités. De survie, de vie, de confort, de plaisir. Une fois la collectivité établie dans le plus satisfaisant des modus vivendi, le progrès, selon la loi naturelle de l’entropie, ralentit. Quelques membres de l’espèce, les plus audacieux, lèvent alors les yeux sur la cage, mesurent son haut, son bas, sa géométrie et ses barreaux, pèsent et soupèsent le problème. Et persuadent les membres le plus passifs, les mieux satisfaits que, toutes réelles que soient ces limites, elles peuvent ou plutôt doivent être transcendées au motif que la nature ne dit pas le vrai: toute cage est un arbitraire. Dès lors, l’effort du groupe est réorienté: il tend à nier la condition initiale. Ce qui demeure de la collectivité après épuisement de l’effort? Un vaste ensemble de cages vides.