Et pendant ce temps, il y a des grands écrivains suisses, vicaires de l’humanité (après 500’000 autres) qui s’occupent d’affaires urgentes tel que le sort des juifs dans notre pays lors de la dernière guerre (souhaitons-lui d’être rémunéré pour cet attachement militant au “devoir de mémoire”).
Skate
La planche de skate Hobby que j’ai laissée dans l’entrée du magasin a disparu (c’est un rêve). Un rêve dont je suis conscient et je m’interroge : “comment en être certain? et si j’avais malgré tout égaré ma planche?” Alors je visite un à un tous les magasins de cette ville que je ne connais pas, causant avec les vendeurs, appelant les gérants, décrivant la planche. Quand je me réveille, je suis bredouille: je n’ai pas retrouvé la Hobby. Plus tard, comme je m’achemine vers la salle de bains, me travaille cette angoisse: “où ai-je laissé cette planche? qui l’a volée? y a‑t-il moyen de la retrouver?”
Post-
Depuis 1990, les postlibéraux ont crée un habitat en circuit, sous assistance oxygénée, dans lequel ils ont compressé au nom d’une improbable timbale et d’un pourvoi industriel de la drogue des milliards d’individus. En quoi suis-je partie prenante de ce luxueux cauchemar? En quoi suis-je coupable? Contestaitaire modeste, j’ai peu résisté. Aujourd’hui, je résiste peu. En outre, je profite financièrement des bénéfices que produit la machinerie (et alimente chaque jour par mon travail sa marche). Mais aussi, il y a des lois. Autant d’épées. Damoclès. Et ces lois sont formellement démocratiques, ce qui veut dire: validées selon un processus dit “démocratique”. Chacune à son tour, et à l’infini, elles organisent une symbolique qui enferme l’avenir humain dans une capsule intemporelle où les options sont toujours de l’ordre de la redite ainsi que dans une pièce de théâtre qui tournerait en boucle. Une chose est sûr: tout médiocre que je sois dans mon effort critique, je refuse de croire un traître mot émané des imbéciles gouvernementaux qui pérorent ces jours à bon compte invoquant pour la sauvegarde de la collectivité la solidarité. Ceci pour la simple raison que jamais, et moins que moi encore, il n’y ont jamais fait attention, pas plus qu’ils n’y feront attention une fois tirés d’affaire.
Occlusion
Pour ceux qui savent prier, le conseil est vain, le voyage est intérieur, plus ou moins soutenu, mais tout en trajectoires de sauvegarde; puis ceux-là savent se contenter de la société, quelle que soit sa bêtise et ses bêtes, car vue de haut, sous les auspices de la miséricorde, il y a infiniment d’espoir. Pour les autres, tous les autres, nous autres, la multitude, supérieurs véritables, en rupture de religion, il y a le miroir (salle de bains, ascenseur, halls, commerces..): tout viendra de là, rien ne peut venir sinon de là.
Prétention
Très tard, on devient ce qu’on est, et d’abord parce qu’on a failli, tant de fois, abandonner. L’obstacle est naturel, son dépassement constitutif. Mais cette nature deuxième, esthétique, à laquelle conduit le renversement de l’obstacle est précisément ce qui est refusé par la majorité. Laquelle devient ce pour quoi elle est faite, une majorité.
Après-demain
Plutôt que d’anoncer avec aplomb un proche retour à la normale, il serait utile de s’enquérir de l’image que se font les uns et les autres de l’avenir afin de mesurer s’il existe encore, départi des injonctions du système, une imagination non-industrielle apte à figurer un devenir original du vivant.
Pour l’anarchie
Elus qui cherchent à fluidifier les rouages du système financier en faisant la réclame de l’endettement des entreprises. En d’autres termes, les ordinateurs de l’Etat produisent ex-nihilo de l’argent numérique, que j’emprunte. Désormais créancier je réinjecte ces sommes dans le système (je leur confère leur poids de réalité), sommes qui serviront entre autres à payer les élus et l’appareil d’Etat.
Repas solidaire
Aucun changement de régime, rapide et lent, d’abord l’un, d’abord l’autre, en milieu restreint, allongé, pompant, énervé, lisant-écrivant-buvant, pas au-dessus ni au-dessous, à côté, sur le bord de la grande assiette, saisi par la rage, et dans ce cas seulement, lorsqu’on cherche à m’accommoder pour me manger ou à faire valoir que l’assiette étant du meilleur goût il est prohibé de la refuser.