Mon voisin d’Agrabuey, le barbichu, le jeune, le guide local et népalais, à la femme yogi, envoie à l’instant un message sur le groupe du village, “Nom de dieu, mes amis, j’ai perdu une de mes savates, c’est Josui, mon chien, il est allé l’enfouir dans un pré. Quelqu’un peut-il me la retrouver?” Un quart d’heure plus tard: “Merci! Je l’ai!”
Advention
Comment retrouver Dieu? S’opposer aux humains excentrés qui ne trouvent leur logique expiatoire qu’en faisant main-basse sur les autres humains, dans le cercle étroit, famille, amis, communauté ou dans le cercle large, pouvoir politique, financier, stratégique, demande de réintroduire, face au présent comme prolongation quantitative du présent, une promesse transcendante, un “Dieu” — un affolement de l’esprit qui nous pousse à faire du présent, un présent vivant et désirable. Et je parle, bien entendu, d’un Dieu sans église. Pas d’une administration. Ni d’une exhibition. Mais d’une foi hors-réseau. Authentique. D’une poésie. D’une écologie du vivant et de l’existant. Bref, d’une anarchie. Ce qui pose le problème du peuple, “de-notre-capacité”, au sens où le peuple est aujourd’hui le point de départ de la définition de l’individu banal alors que c’est l’individu original qui devrait être le point de départ de la définition du peuple.
Mouvement 25
Gala sort sur la montange chaussée d’escarpins de cuisine. J’ai mes chaussures de marche à tige montante lorsque nous empruntons le chemin du hameau de Hagne. Un couple de randonneurs surgit. Pour me renseigner sur le lieu-dit, je m’avance. Où se trouve le chalet que nous voulons visiter? Ils ne savent pas, ils s’inquiètent pour Gala. Avec ces escarpins? Sur ce chemin? En une phrase et trois sourires, Gala obtient de leur emprunter des chaussures de marche. Elle annonce sa taille, prend rendez-vous, dit au revoir. Après quoi, elle suit sur deux cent mètres et retourne à la voiture (il reste trois kilomètres de laie forestière jusqu’au chalet). Le soir, de retour dans notre station, Gala obient sa paire de chaussures auprès des randonneurs. Le lendemain, elle fait: “Zut! Rita!”. Qui est-ce? “La dame que j’ai rencontrée l’autre jour, lors de ma promenade!”. Et? Celle-ci est allée chercher à Lausanne des chaussures pour Gala. En milieu d’après-midi, je demande: à quelle heure vois-tu cette Rita?. “Quatre heures…”. Mais enfin, je m’écrie, il est quatre heures sept et il pleut des cordes! Tu ne m’as pas dit qu’elle t’attendait dans la forêt ? “Les chaussures! Rita! Vite, vite, vite! Je me maquille et j’y vais!”. Fin de journée, voici Gala à la tête de deux paires de chaussures. Lundi , comme nous allons une fois de plus en reconnaissance, je vois qu’elle porte des bottines de cuir qui lui appartiennent.