Il y a des soirs où je me persuade de regarder un film. Je cherche. Long temps. Je finis par trouver. Dès les premières scènes, avant même le générique — puisque le régime d’appel fonctionne désormais ainsi — je renonce. Ce soir, je me demandais: pourquoi? Car notre monde est une fiction. Je passe l’essentiel de ma journée à ramener ce qu’on me présente à la réalité afin de construire une situation minimum; de sorte que j’éprouve, à lancer en soirée un film pour le divertissement, un immense gâchis.
9 mm
Dans les bois du Valais, en altitude, le matin, avec des armes. Les mieux doués que moi ont un équipement modeste mais efficace. J’ai un équipement efficace et immodeste. Ce n’est pas faute de vouloir, de tenter, de travailler. J’y consacre hélas un temps marginal et achète parfois ce matériel au titre de l’investissement; quant à mes connaissances pratiques, elles sont maigres. Disons-le, en regard des spécialistes, j’ignore plus que je ne sais. Or, dans ce milieu d’amateurs, l’amateurisme ne pardonne pas. Ainsi, dès que nous prenons place sur le terrain (550 mètres de dévers au-dessus de la broussaille, interdit de trébucher), l’instructeur s’emploie à me rabrouer. Il me renvoie, m’isole, demande à son assistant-tueur de me faire réptéter les régimes de souplesse, “dégainé, contact press-touch”, les intitiés s’y reconnaîtront. Bonne nouvelle, l’homme qui est affecté à mon examen, en dépit de son air de motard viellissant, bandana sur le front, muscle rebondis, pattes, est un personnage: calme, bienveillant, direct — lentement il me remet en place. A la fin de l’entraînement (entre temps j’ai été réintégré dans le groupe), comme nous regagnons par un sentier suspendu nos voitures, il me dit son métier: “tiger”. C’est à dire Marshall embarqué sur les avions de ligne pour assurer la sécurité armée à bord.
Images 2 (erratum)
Je ne concluais pas la note précédente, je m’en aperçois deux jours plus tard. Pour mémoire, omission imputable au fait que je crois le destin des Goebbels bien connu, mon but était ici de mettre en évidence le tragique du jeu des enfants, sur le toboggan, avec le skateboard bricolé, devant la future avancée de l’armée rouge — nous parlons des derniers kilomètres. Magda, pour préserver ses filles de tout régime qui supplanterait le nazisme, les empoisonne.
Images
Dans les documentaires d’époque à usage intérieur filmés par le Reich, réception de Rommel, alors en charge de la consolidation de la ligne de fortification Europe, chez Magda Goebbels, femme du Ministre de la propagande: on y voit l’un des enfants de la famille descendre un toboggan sur un skateboard artisanal.
Mouvement 28
Pluie drue. J’hésite. Gala m’explique un escalier, un potager sauvage, un couvert. Ne trouve pas. Je me retrouve à faire des exercices dans une niche de vieux ciment avec les cloportes et deux araignées fuyantes. L’Espagne est toujours fermée. “Pitié-Espagne”, écrivais-je il y a un mois: je confirme. La génération nouvelle n’a jamais travaillé. Elle est nourrie de télévision et d’omelette. A demi-perdue. Rampante. Et place sa confiance dans cette équipe de grands salauds du gouvernement, lequel négocie à partir de l’effroi une longévité du pouvoir artificielle et dangereuse. Plus tard, au sec, j’écris à mon amie chinoise de New-York. Elle est là, malgré le décalage, et aussitôt répond. Elle dit: “je ne prends pas de nouvelles de mes amis, car j’ai le sentiment désagréable de chercher à savoir s’ils sont encore vivants”. Elle parle des oiseaux. De retour. Je sais. Mais au bout de deux mois de cyberemprisonnement, ces oiseaux semblent tout à fait compatibles ave les humains. Affaire de capital. De capitalisme. De connerie blanche. Exactement, de gestion non-délirante du capital (ce qui, avec l’annonce hier tombée de l’augmentation sur 6 semaines de 45% de la fortune de l’indic universel Zückenberg, gagnant majeur du caviardage des libertés, semble plutôt mal prometteur). Après quoi, je me mets en contact avec une Birmane, chercheuse au CNRS, qui répond avec un grande amabilité aux questions de détail qui vont me permettre de boucler les corrections du manuscrit Naypyidaw. En soirée, sous la pluie toujours, je prépare cartouches et gilet, armes longues et courtes, pour aller demain, dans la montagne du Valais, soumettre mon peu d’habileté au savoir pratique des instructeurs du club de tir.
Dieu 4
Dieu ne sait rien, il est donc absolu. Du peu qui constitue sa réalité matérielle, l’animal sait tout. Sa survie est une compréhension. Il est donc relatif. L’homme n’est ni absolu ni relatif. Il crée Dieu, ou plutôt il nomme ainsi la limite supérieure. Et constate l’animal, dont il fait sa limite inférieure. C’est pourquoi il est progrès: possibilité d’une trajectoire entre un principe incompréhensible et un but changeant.
Dieu 3
Le dieu vivant, c’est l’homme. En tant qu’il est capable de penser un Dieu et de s’y assimiler, donc de devenir esprit. La force tant vantée par nos sociétés de fidèles de l’outil est une force nécessaire et insuffisante. Parvenue au meilleur degré de réalisation, elle n’est plus que le triste résultat d’une compétition vers l’absurde. Nous devons devenir ce que nous sommes, un individu fini qui tend à l’infini, un individu compénétré et conscient de se pouvoir lentement, très lentement, dépasser par le travail intérieur.
Dieu 2
Dieu est un phénomène d’expansion. Il est spirituel parce que produit par l’esprit. Il existe aussi longtemps que vécu, puis se contracte, se love dans la mémoire. Il reparaît à la faveur d’un moment de génie. Il est faussement dit que ce moment de génie est produit par un appel de Dieu. C’est l’inverse.
Milieu
Littéraire, non-criminel. Auquel j’appartiens par défaut. Et de ce fait, me parvient hier, comme à mil autres j’imagine, un message de Daniel de Roulet, lequel exhibe son refus de participer à une édition en ligne du Festival de Soleure (pour les profanes, un festival local de littérature). A la clef, pour défense et illustration, une lettre en forme de catalogue des conditions exigibles pour être, devenir, demeurer un écrivain par ces temps de contrôle numérique des corps et des esprits. Qu’il fustige. Je signe. Ce que je confirme aussitôt à Daniel de Roulet: “Bien vu!” — lui dis-je. Réaction augmentée de quelques phrase amènes et reconnaissantes. Il a raison. Ne faisais-je pas de même, il y a seulement trois jours, lorsque je j’apprenais que la plateforme Datasport nous vantait, à nous autres membres intéressés par la course de fond, une compétition de relance… en ligne? Cependant, doit être additionné ici au propos, concernant l’initiative écrite de Daniel de Roulet (dont j’aime le caractère, les textes, quoi que dubitatif sur l’écriture et hostile au positionnement politique sous-jacent, d’ordre muséal, et en phase accélérée d’obsolescence) une remarque que je n’ai formulée que par après, et dans le for intimet, une fois perçue la teneur générale de la démarche. L’écrivain entendant, si j’ai bien compris, déclarer impossible et non avenu un débat agendé par les Journées, avec des collègues-écrivains suisses-allemands, sur la question de l’engagement. Sous prétexte que: “cela ne peut se faire en ligne”. Engagement — en ligne. Contradictio in terminis. Soit. Je re-signe. Seulement j’objecte, du fond de la classe. Monsieur! Quelle ironie ce programme, alors que nous sommes tous à ramper comme des vermisseaux devant le pouvoir cathodique et policier. Car enfin, que peut bien vouloir dire, dans le domaine de la littérature ce mot grossier (du lexique militaire), “engagement”? Quel sens lui donner après la mise au formol des derniers épigones marxistes? De qui se moquent ces “engagés”? Ou plutôt ces professeurs d’engagement? Au lycée français de Mexico, avant la venue au pouvoir de l’énergumène de droite François Mitterrand, on me bassinait déjà avec les Eluards postérieurs et les Pablo Neruda onano-communistes (dans le cas du Chili, exemplifiant la limite d’intelligence libertaire d’un sud-américain doté d’un cerveau). Mais, aujourd’hui? S’il vous plaît! Et cela, en Suisse, en Europe, au mitan des technocraties, au moment où des individus sans l’ombre d’une importance comme Daniel de Roulet et moi-même en sommes réduits à gober les fadaises d’une coalition de pouvoirs dépassée par les événements, incapable de produire du sens et sous-commis à des experts sans jugeotte ni allant? Il n’y a pas! Il ne saurait y avoir! Il ne peut exister aucun engagement! A part l’action. Donc, ceci est une posture. Plus encore dans notre pays, formant comme aux périodes charnières de l’histoire, un “oeil du cyclone”. Ou plutôt, oui, il y a quelques hommes. Des courageux. Des engagés. Des croisés. Qui prévoient de recevoir des coups. Un liste de moins de vingt solides. J’admire. Ce qui montre assez mon dilettantisme. Je pense par exemple à cet homme qui va peut-être mourir en prison ces prochains jours, lynché par des musulmans mondialisés, et ce par la faute de la démocratie totalitaire des Anglais: Paul Golding. Sinon? Allez-allez! Suffit! Retournez vous asseoir à votre table d’écriture!