Dans les bois du Valais, en altitude, le matin, avec des armes. Les mieux doués que moi ont un équipement modeste mais efficace. J’ai un équipement efficace et immodeste. Ce n’est pas faute de vouloir, de tenter, de travailler. J’y consacre hélas un temps marginal et achète parfois ce matériel au titre de l’investissement; quant à mes connaissances pratiques, elles sont maigres. Disons-le, en regard des spécialistes, j’ignore plus que je ne sais. Or, dans ce milieu d’amateurs, l’amateurisme ne pardonne pas. Ainsi, dès que nous prenons place sur le terrain (550 mètres de dévers au-dessus de la broussaille, interdit de trébucher), l’instructeur s’emploie à me rabrouer. Il me renvoie, m’isole, demande à son assistant-tueur de me faire réptéter les régimes de souplesse, “dégainé, contact press-touch”, les intitiés s’y reconnaîtront. Bonne nouvelle, l’homme qui est affecté à mon examen, en dépit de son air de motard viellissant, bandana sur le front, muscle rebondis, pattes, est un personnage: calme, bienveillant, direct — lentement il me remet en place. A la fin de l’entraînement (entre temps j’ai été réintégré dans le groupe), comme nous regagnons par un sentier suspendu nos voitures, il me dit son métier: “tiger”. C’est à dire Marshall embarqué sur les avions de ligne pour assurer la sécurité armée à bord.