Catégorie : Inconsistance

Siècles

Au vil­lage, odeurs des foy­ers et des bêtes, élé­ments de mémoire prim­i­tifs. Pins chauf­fés au soleil, fumées des poêles, par­fum des soupes. En hau­teur, au-dessus des toits des maisons, mou­tons dans les pacages.

Position

Il ten­tait dés­espéré­ment d’at­tir­er l’at­ten­tion mais il y a longtemps que tout le monde l’avait vu.

Lire

Mon vélo sta­tique est instal­lé dans la bib­lio­thèque. C’est égale­ment la pièce qui donne sur la jardin donc un pas­sage obligé (la mai­son est petite). Lorsque les voisins vien­nent dîn­er, ils passent par la bib­lio­thèque, voient les livres, posent des ques­tions, deman­dent ce que je fais avec cette quan­tité de livres. Ques­tions qui gênent Gala. Elle dit: c’est immod­este d’ex­pos­er ain­si ses livres! Mais à quoi sert une bib­lio­thèque, n’est-ce pas? Et puis je les lis ou je les ai lu, témoin mes ini­tiales et l’an­née que je place en pre­mière page après lec­ture. D’ailleurs, il n’y en a que mil cinq cent, en tout cas moins de deux milles. Quelques années encore et un livre posé sur la table du salon (ce lui qui vous lisez) vous vau­dra d’être qual­i­fié de pré­ten­tieux! Je me félicite de cette note décou­verte hier dans le Jour­nal de Calaferte: … que je ne retrou­ve pas, mais il dit en sub­stance: quit­tant l’ap­parte­ment de Lyon, j’ai dû hélas me sépare de mes 45’000 livres, la nou­velle mai­son étant trop petite. 

Conformation

La touche ‘répéti­tion’. Faire advenir une répéti­tion. A con­sid­ér­er dans le sens indus­triel et psy­chologique mais aus­si, mais néces­saire­ment, dans le sens inverse — psy­cho-indus­triel — puisque tout proces­sus exige d’être conçu. Donc con­for­ma­tion du pro­jet puis pas­sage à l’acte. Or cette répéti­tion dev­enue le thème tout-puis­sant de notre Occi­dent con­tem­po­rain est prin­ci­pale­ment une façon de s’as­sur­er de la per­fec­tion du faire, autrement dit, une façon d’obtenir que le futur soit expurgé de ses aléas en répé­tant le présent — lequel prend la place du futur en tant qu’éter­nel présent. 

1977

Sou­venir net de l’en­chante­ment ressen­ti à se promen­er seul dans les rues de la grande ville. Con­join­te­ment, perte de cette fac­ulté, faute de dis­po­si­tion, peut-être d’e­sprit; à moins que la ville nou­velle, plus syn­thé­tique que dans le passé, désor­mais se refuse. Main­tenant que les prob­lèmes d’ar­gent liés à la liq­ui­da­tion de l’en­tre­prise dimin­u­ent et lim­i­tent la pol­lu­tion intime, je ten­terai de renouer avec ces diva­ga­tions. Seule expéri­ence récente en ce domaine, Détroit. Mais une aggloméra­tion aus­si dénuée d’his­toire ne peut pro­duire l’ef­fet de nos cap­i­tales du pre­mier monde. Quoiqu’il en soit: mes par­ents ont fait l’an­née de mes douze ans un tra­vail de libéra­tion dont je leur sais encore gré en m’en­voy­ant me balad­er seul dans Madrid les mer­cre­dis, jour où nous n’avions pas école. Mon­ter dans un bus après le repas, je roulais vingt min­utes pour attein­dre l’arc de Tri­om­phe de la Mon­cloa après quoi je n’avais plus qu’à marcher au hasard des rues ne m’ar­rê­tant que pour deman­der un verre d’eau aux comp­toirs des bistrots.

Vol

Trente ans que dans mes rêves je vole, tal­ent que je retrou­ve dans les Jour­naux que de quelques-uns de mes auteurs favoris.

Pli

Capa­bles d’aimer ni de détester. Détester ils voudraient bien, mais la crainte les en dis­suade; aimer ils voudraient bien, mais n’y parvi­en­nent pas. 

Cynisme

Sur un ton péremp­toire, don­ner en exem­ple le médiocre pour se pré­val­oir d’être meilleur que lui.

Créer

Trans­former les pesanteurs.

“Berrea” 2

Mon­père m’ap­prend que pour la femelle, plutôt que ‘brâmer’ l’on dit ‘réer’ . Ce que le dic­tio­n­naire ne con­firme pas. Il indique en revanche que ‘brâmer’ serait la forme vieil­lie, ‘raire’ ou ‘réer’ la forme mod­erne qui vient à la fois de ‘créer’ et de ‘crier’. Égale­ment appris un autre mot hier, en espag­nol cette fois: la louche de cui­sine m’ex­plique María se dit ‘cazo’. Le paysan cor­rige: “ici, nous dis­ons ‘cuillera’ ”. Je fais remar­quer que le pre­mier vil­lage français est à quar­ante kilo­mètres. Ce matin, je véri­fie. Pas trace de ces mots dans la dic­tio­n­naire. L’A­cadémie enseigne que l’on dit: ‘cucharón’ ou ‘cacil­lo’. Ce qui me rap­pelle que j’ai promis il y a trois ans à un habi­tant de Sav­i­gny de frap­per à sa porte dès que la fausse épidémie aurait pris fin pour qu’il me mon­tre sa bib­lio­thèque de patois vau­dois. Je me réjouis­sais, puis j’ai oublié. Main­tenant je regrette. Je me demande cet homme est tou­jours vivant.