Etats-Unis (2)

Inca­pac­ité guer­rière des Améri­cains. Peur, pré­ten­tion, gabe­gie, chaos. Le ciné­ma est leur seule arme.

Est 21

Palais des Ceauces­cu. Aux alen­tours de cette colos­sale  pâtis­serie, le néant. Nous sommes same­di.  Depuis l’hô­tel, pas croisé une âme. La Dambovi­ta char­rie les eaux jaunes de l’or­age à tra­vers une ville fan­tôme.  Pourquoi? Le jour est-il férié? Je désigne les arcades. Celles qui devraient être ouvertes sont fer­mées. Les autres sont aban­don­nées, démolies, brûlées, effon­drées. De même que les immeubles. Deux sur trois sont borgnes. A l’hori­zon, le Palais. Presque ras­sur­ant. Evola l’a vis­ité il y a vingt ans. Nous entrons par la petite porte. Vingt vis­i­teurs, tous étrangers. Nous prenons la file pour obtenir un tick­et. Devant nous, un Français au pro­fil Guide Miche­lin. Sans un bon­jour, une grosse femme lui aboie dessus: “avez-vous réservé! Vous com­prenez ce que je dis! Alors, de côté!”. Le Français va rejoin­dre le groupe des refoulés que cha­peaute un bon­homme en uni­forme qui lui aus­si aboie. Evola à ce mot: “c’est pour nous met­tre dans l’am­biance”. Or ce sont juste des fonc­tion­naires. Frus­trés. Un same­di. Dans Bucarest. Fin du pro­jet de vis­ite. Le Français reste. Nous lui souhaitons bonne chance. Retour dans le parc Izvor. Jeux d’en­fants sans enfants. Kiosque à glace au rideau à demi tiré. Der­rière un bosquet, une tente de camp­ing. Puis, fran­chissant les grilles du parc, à nou­veau ces immeubles verts de mouss­es, bar­i­olés de graf­fi­ti, éven­trés, tombants. Evola annonce qu’il se réfugie dans sa cham­bre. Je fais pareil, aligne des pom­pes, prend une douche, bois une bière, aligne d’autres pom­pes. A la faveur d’une accalmie je sors, arpente les rues du dis­trict rouge, regarde les filles se pré­par­er, attends Evola sur la ter­rasse du Oktoberfest. 

Est 20

 Cris hor­ri­bles des chats.

Est 19

Coups de ton­nerre au-dessus de Bucarest. Des éclairs de chaleur stri­ent le gris du ciel. A nou­veau, grande dif­fi­culté à trou­ver l’hô­tel. Le Old Bucuresti. Les pho­togra­phies sont trompeuses. Notre époque de mar­ket­ing général abuse du grand angle. Les cham­bres ressem­blent à des salons, les bâti­ments à des build­ings, les jardins à des ter­rains de foot. Puis il y a la fatigue. Pour entr­er en Roumanie depuis Sofia, j’ai roulé sur la plus dan­gereuse des routes. La voie est étroite, bom­bée, brisée, mais rec­tiligne. Sur le côté, des putains gitanes, des paysans, des car­cass­es de voitures. Tout le monde dépasse. Le rétro­viseur? A quoi bon? Le cal­cul de la dis­tance? Inutile. L’an­tic­i­pa­tion? Pour les mau­vi­ettes. Ici, la con­duite est une affaire d’hon­neur. Il faut défi­er la mort. Quand je peux, je me cache der­rière un camion, quand c’est impos­si­ble je serre les dents. D’où cette fatigue à l’ar­rivée, après qua­tre heures d’ef­froi. Et la journée n’est pas finie. Main­tenant que nous avons repéré l’hô­tel, il s’ag­it de gar­er la Dodge. Le géomètre était amoureux. Les cas­es dess­inées au sol sont naines. J’es­saie. J’es­saie encore. Je renonce. L’or­age éclate. Le récep­tion­niste accourt avec un para­pluie. Il désigne  un ter­rain vague. “Un park­ing offi­ciel”, dit-il. Je m’y rends. Une paire de Roms m’ac­cueille. Trop heureux de me débar­rass­er de la voiture, je paie. Nous man­geons chez un Ital­ien. Avec la nuit, la pluie cesse. Nous sor­tons: mille per­son­nes dansent dans la rue au son de la tech­no, des filles a demi-nues aguichent depuis les estrades, les stro­bo­scopes tour­nent. Pas de virus dans cette cap­i­tale sauf à l’hô­tel où les restric­tions sont appliquées à la let­tre, pour les touristes, dès fois que ceux-ci se met­tent en tête de cri­ti­quer le plan san­i­taire de l’étab­lisse­ment (le délire est tout occi­den­tal). Le lende­main, Evola me réveille: “le gar­di­en du park­ing men­ace d’ap­pel­er la police”. Les Roms, rien à voir avec le ter­rain vague. De passage. 

Est 18

Bucarest — accordéon­iste assis sur un banc auquel manque une planche. La pluie cesse. Il déballe son instru­ment, pose une boîte de con­serve sur la  chaussée. Il joue pen­dant trois longs quart d’heure le pre­mier cou­plet du chant des partisans. 

H+ (2)

Plus besoin d’amis, d’amour, de Dieu. L’in­di­vidu est maître des trans­for­ma­tions. Il sur­mod­i­fie le corps et l’e­sprit. Au moyen d’outils psy­chiques et tech­niques, il cherche à attein­dre à chaque instant la jouis­sance la com­plète. Dynamique et obses­sion­nel, ce régime est néces­saire­ment soli­taire. L’homme est une entre­prise qui pro­duit du surhu­main (et du sous-humain). Gageons qu’une fois atteinte la lim­ite des pos­si­bil­ités de trans­for­ma­tion, l’in­di­vidu tran­shu­man­iste ressem­blera à ces usines aban­don­nées des ex-pays communistes. 

H+

La sépa­ra­tion (des sociétés, des familles, des sex­es, des races) est au cœur du culte tran­shu­man­iste. En cela, l’idéolo­gie qui informe cette pseu­do-reli­gion est fon­da­men­tale­ment anti-chrétien.

Etats-Unis

Com­ment se fait-il qu’au moment de la plus grande déca­dence des Etats-Unis son pro­jet d’im­péri­al­isme par les valeurs soit à son acmé?

Grippe 2020

Les vieux ne com­pren­nent rien parce qu’ils sont vieux et jeunes les jeunes. Les bour­geois adorent l’ar­gent et font pro­fil bas. Les intel­lectuels forte­ment assistés aiment l’as­sis­tance. Ils se con­fondent et se taisent. Au besoin ils fer­ont — font- police. Les immi­grés, éner­gumènes selon la rai­son, touchent du bois, prient, comptent leurs mai­gres acquis d’esclaves. Nous voici entre de bonnes mains. 

Est 17

Longue prom­e­nade dans les rues de Sofia. Habi­tants aimables, calmes, résignés. En dehors du cen­tre mon­u­men­tal, ses bâti­ments admin­is­trat­ifs et ses basiliques, les immeubles ont l’air de tartes affais­sés et sales. Pour la déco­ra­tion, des couch­es de graf­fi­tis. Beau­coup de chiens et de mag­a­sins pour chiens. Des clochard­es fouil­lent les poubelles, les ménagères trans­portent des cabas d’al­i­men­ta­tion, les hommes fument, con­duisent, pérorent, per­son­ne ne sem­ble avoir d’ac­tiv­ité définie. Les habi­tants se promè­nent, s’as­soient, se relèvent, se promè­nent. Comme moi. Passe un tramway jaune. Un autre est vert. Des jou­ets. L’u­nique wag­on freine devant un car­refour. Les roues de métal crissent. On dirait que le con­duc­teur arrête sa machine avec la semelle de sa chaus­sure. Je jette un œil aux pas­sagers. Des gens seuls, ils regar­dent devant eux. Gar­dent le silence. Atten­dent. Le wag­on s’ébran­le. Une cloche reten­tit. Les voitures déga­gent la voie. Le tramway accélère. Au loin se trou­vent ces immeubles blancs-gris avec le linge qui pend le long de la façade. Entre deux take-away améri­cains, dans un jardin jonché de détri­tus un anti­quaire vend des copies renais­sance, un ange doré et un ser­vice à thé en argent lourd. Le dessin est des années 1950, type mod­ern-style. Le vendeur demande 150 Euros. Je reviendrai. Puis cette décou­verte, une anci­enne galerie marchande de l’époque Tcher­venkov. Acces­si­ble par un pas­sage sous immeu­ble elle aligne une quar­an­taine de bou­tiques et deux cours où sont instal­lées des cafés. Le pla­fond est bas, les néons brisés, l’at­mo­sphère évoque le train-fan­tôme, la grotte, la con­spir­a­tion, l’ar­ti­sanat, le clan, le ter­ri­er — on trou­ve des con­struc­tions iden­tiques en Espagne, ves­tiges de la péri­ode fran­quiste. Dans les cours, des fontaines de pierre maçon­nées. L’eau du robi­net est audi­ble à plusieurs mètres. Par­mi les com­merces, un répara­teur d’hor­loges, un tra­duc­teur instan­ta­né, une mer­cerie, un salle de backgam­mon et une bou­tique de vielles stéréos (Marantz, Sony, Fis­ch­er) et de vinyles rock (pres­sion bul­gare d’un album de May­hem). Pour le reste, je ne peux racon­ter ici dans quelles con­di­tions nous avons franchi la fron­tière macé­dono-bul­gare, mais le douanier, les douaniers, l’in­fir­mière et le médecin, après délibéra­tion, ont pris pour mon­naie comp­tant notre expli­ca­tion et nous ont lais­sé passer.