Une thèse à l’u­ni­ver­sité de Mont­pel­li­er sur les pièces de Nord­mann et les miennes. Invi­ta­tion à une lec­ture suiv­ie d’un débat. Je pay­erais pour échap­per à cette soirée. Au lieu de quoi je cherche le moyen de ne froiss­er per­son­ne. Ecrire des pièces pour les voir jouées, et les voir étudiées, et ain­si enterrées.

Frap­pé par le dif­fi­culté qu’il y a à trou­ver dans le lit une posi­tion favor­able au som­meil. Lorsque le corps est enfin artic­ulé de façon à repos­er, une démangeai­son au genou ou un sim­ple pli fait tout bas­culer. Et puis j’ai vécu avec des femmes qui s’a­soupis­saient aus­sitôt la tête sur l’or­eiller. A six ans déjà, dans locatif du quarti­er rési­den­tiel de Kaïvopouis­to, à Helsin­ki, où j’avais ma cham­bre, je me réveil­lais lorsque mes par­ents sta­tion­naient la voiture sur l’av­enue. Puis mon som­meil est devenu plus léger. Une feuille tombe, du poiri­er, dans le jardin, j’ou­vre l’oeil.

Avoir rai­son tou­jours, atti­tude épuisante qui exige son lot sac­ri­fi­ciel et rend à la fin inac­ces­si­ble la soli­tude, lieu des sources intérieures.

Deux amis se veu­lent com­mu­nistes. Ils ne l’é­taient pas. Etre com­mu­niste, dans leur esprit, cela sig­ni­fie: défendre le droit du citoyen à con­som­mer l’E­tat-Prov­i­dence sans con­trepar­tie. Ils ont quar­ante ans. C’est leur paresse qu’ils rachè­tent par cette illu­sion volontaire.

En moins de dix ans le vol est devenu en ville de Genève pra­tique courant. Des esprits tor­dus trou­vent cela explicable.

En lit­téra­ture le réal­isme mag­ique est une ten­ta­tive païenne de vivre l’é­tat de grâce.

L’in­spi­ra­tion est la cause et le motif de l’oeu­vre — sa néces­sité.
Sans inspi­ra­tion, l’oeu­vre est le moyen d’un statut.
Lorsqu’elle vise le statut, je m’é­tonne qu’elle soit seule­ment possible.

En 1995, Hal­das, au Café de la Paix, au bout d’une con­ver­sa­tion qu’il ori­en­tait à sa guise, esquiv­ant les ques­tions sus­cep­ti­bles de le dérouter, me lais­sa enfin par­ler et je lui demandais pourquoi il n’avait jamais répon­du aux let­tres que lui adres­sait Fran­cis Giauque, le poète sui­cidaire qui, se plaig­nant de ne pas obtenir de réponse, se sui­ci­da.
- Mais! Je le voy­ais tous les jours chez ses parents…

Les chiens errants cro­quent des noix sous notre lit.

L’escalier sem­blait sans fin. Je le véri­fi­ais en mon­tant et descen­dant la volée de march­es: dans les deux direc­tions, les issues étaient dans l’ob­scu­rité. Puis, lev­ant les yeux, je remar­quai le cadre. Il était sus­pendu à quelques mètres, mais, faute de recul, je voy­ais mal ce que représen­tait la toile. A force de scruter, il me sem­bla qu’on voy­ait un escalier et appuyée sur l’une des march­es de cet escalier, une échelle. J’a­ban­don­nais le cadre et descendis l’escalier dans le noir. A la fin de l’après-midi, j’aboutis dans une salle. Elle con­te­nait une échelle et un cof­fre. Dans le cof­fre, trois bobines de fil et une aigu­ille à coudre. Le lende­main, de retour sous le cadre, je voulus dress­er mon échelle. Très vite, il devint évi­dent que le pein­tre avait triché — je ne pou­vais plac­er les mon­tants de l’échelle en équili­bre sur un escalier en pente. Ayant retiré tous mes habits, je les tas­sais sous le mon­tant de gauche et grim­pais nu, le cof­fre sous le bras. Arrivé à hau­teur de cadre je décou­vris qu’il s’agis­sait non pas d’un pein­ture sur toile mais d’une tapis­serie. Pour le reste, ma vue ne m’avait pas trompé. Etait représen­té une échelle en équili­bre sur un escalier, celui-là même où je me tenais. Et au-dessus, un cadre. Dans ce cadre on voy­ait une salle con­tenant une échelle et un coffre.