Longue conversation avec un adolescent qui joue de la guitare et veut devenir pilote. Intelligence en éveil mais caractère sans audace, limité par son milieu d’origine. Nous rejoint alors sa mère, volubile, péremptoire, bête. Elle bouscule la conversation, s’impose. Seule réponse face à cette bêtise, l’approbation — dire “oui” et encore “oui”. L’adolescent s’aperçoit-il du manège?
Nourriture bas de gamme des étudiants de Fribourg dont les circuits de puissance — de la Gare à Pérolles et de la Gare à St-Michel — sont ponctués de kiosques à kebab, hamburguers, paninis et pizzas. Sous mes fenêtres, une vente de pâtes que les étudiants dégustent debout à même un gobelet. Rançon de ce commerce, le jeune homme qui en est le propriétaire conduit un coupé Mercedes.
Précipité dans un couloir tapissé de souriceaux que j’écrase lorsque je pose pied. Je gagne la porte opposée et tombe dans une rivière tumultueuse. Soudain un mécanisme inverse le courant et une vague de merde me propulse aux bras de mon amoureuse vers l’amont où m’accueille un archipel miniature faits de criques. Je nage alors sans entrain, découragé par l’étendue des lieux et le désagréable sentiment d’explorer les pages d’un prospectus pour touristes.
A mes yeux l’Espagne a longtemps été le pays des terrains vagues, des terres brûlées et des hameaux, des parcelles vides et des pâtures sans bétail. S’y ajoutent aujourd’hui les chantiers arrêtés. Ces espaces communiquent un fort sentiment de liberté. Dès l’age de douze ans je plaçais plus haut que tout autre loisir la promenade à travers ces lieux et les mercredi, jours sans école, j’achetais des bonbons pour inciter mes amis à me suivre jusque dans ces parages où je les égarais. Pour quitter un village en Castille, il suffit de suivre une rue à son terme: à la dernière maison commence la nature. Je suscitais alors une discussion et nous allions ainsi pendant des heures, personne ne songeant à rentrer à la maison, où il eut fallu inventer un jeu, ce comble de l’ennui.