Dans une grande mai­son vide un télé­phone se met à vibr­er, il tombe de la table sur laque­lle il est posé et vibrant se promène dans la maison.

Ce que l’homme mau­vais peut obtenir par le coup-mon­té c’est de l’ar­gent et du pou­voir — de l’il­lu­sion. Ce qu’il ne peut obtenir, c’est l’homme. Il se met à dis­tance de lui-même. Le prob­lème est que sur cette dis­tance il sème des ombres dans lesquelles les autres hommes se noient.

Etan se plaint de l’His­toire. Toutes ces pier­res! Ces mon­u­ments, ces églis­es! Asphyxi­ants! Je ne me plains pas, je les aime. Leurs formes bru­tales, imposées, nous font un fardeau et s’il faut s’é­vad­er, c’est par le bas, en creusent le savoir, en creu­sant l’e­sprit, image inver­sée de la montagne.

Bien sûr je suis replié sur moi-même, bien sûr j’aimerais l’être plus encore, bien sûr l’é­tant j’aimerais accéder à l’universel.

Gala s’en­dort devant le film. Je luis dis d’aller se couch­er. Elle ne veut pas. Va te couch­er! Mais non, je regarde ! Elle s’en­dort. Je la réveille. Elle se ren­dort. Des mois plus tard, je cite une scène du film. Elle cherche à se sou­venir. Sou­viens-toi, on l’a vu ensem­ble! Je ne l’ai jamais vu. Mai si! Mais non, assure Gala, ce n’é­tait pas avec moi!

On ne voit pas ce qu’on vit, on voit ce qu’on a vécu et comme pour la résur­rec­tion, cela relève de la croyance.

Je sur­veille de très près mon foie ce qui revient à fer­mer les yeux pour savoir si je ressens un pince­ment là où on m’a dit qu’il était.

L’in­tel­li­gence est ce qui per­met de don­ner un sens à ce que nous voyons, enten­dons, ressen­tons et de for­mer une opin­ion. La pen­sée, dont la con­di­tion est l’in­tel­li­gence, est la con­fronta­tion de l’opin­ion avec la vérité.

Le dimanche je lavais la Mus­tang au jet rue Arcos de la Fron­tera. Pour ce ser­vice mon père me don­nait 100 pese­tas, soit Fr. 1,50, une somme qui per­me­t­tait d’aller au ciné­ma sur la rue prin­ci­pale d’Ar­ava­ca. Les com­merces du vil­lage étaient alignés de part et d’autre de la route pour Tolède et à chaque extrémité se trou­vait un ciné­ma. La pre­mière salle, plus petite, pre­nait place dans une salle basse, en pro­lon­ga­tion d’un bar. Ordon­nés sur le même plan les sièges for­maient des rangées plus larges que l’écran et deux piliers de béton oblig­eaient le spec­ta­teur mal placé à se pencher pour suiv­re l’ac­tion. L’autre salle, dotée d’un foy­er, d’une galerie, de bal­cons et d’une scène à rideau était un véri­ta­ble paque­bot des heures de gloire du ciné­ma. Deux guichets de bois nous accueil­laient dans l’en­trée, pour gag­n­er nos sièges nous mar­chions sur un tapis rouge qui grim­pait un escalier d’ap­pa­rat. Un ouvreur déchi­rait nos tick­ets et nous guidait avec une lampe de poche.  Le tick­et à 150 pese­tas don­nait droit à deux long-métrages, la séance durait qua­tre heures. Pen­dant l’en­tracte nous restions dans la salle. Je ne me sou­viens pas d’avoir vu un adulte assis­ter aux pro­jec­tions. Les gamins venaient des deux par­ties du vil­lage que délim­i­tait la route de Tolède: en par­tie basse les espag­nols des quartiers pop­u­laires, en par­tie haute les enfants de bonne famille logés dans des vil­las avec piscines. Per­son­ne ne s’in­quié­tait de ce que nous voyions dans ce ciné­ma. A l’ex­cep­tion de films ouverte­ment pornographiques (dont per­son­ne n’eut songé à nous inter­dire l’en­trée), nous voyions tout. Un cer­tain dimanche il y eut une séance gra­tu­ite et la salle se rem­plit d’es­pag­nols des quartiers bas. Un homme en cos­tume mon­ta sur scène et par­la longue­ment tan­dis que défi­laient sur l’écran des dia­pos­i­tives. Lorsque le chahut était trop fort, il inter­rompait son dis­cours et jetait des Chu­pa Chups dans la salle. Je me sou­viens des sucettes et de l’at­ti­tude gauche de l’an­i­ma­teur pas du pro­duit van­té dans ce qui devait être, en 1977, l’une des toutes pre­mières opéra­tions de mar­ket­ing de la nou­velle Espagne. Les jours de West­ern, nous nous empor­tions nos armes au cinéma.

L’E­tat vole l’in­di­vidu tra­vail­lant pour inve­stir dans des sociétés privées qui sont la pro­priété d’af­fairistes proches des hauts représen­tants de l’Etat.