Biergarten du Prater

Bier­garten du Prater, lieu pop­u­laire où se réu­nis­sent autour de longues tables dis­posées à la manière des foires des buveurs de toutes sortes qui éclusent de la blonde, de la blanche, de la noire, dans un bruit joyeux qui, sans exclure les trans­ports, ne crée pas cette ambiance volatile à laque­lle notre société suisse mât­inée d’in­flu­ence française et arbi­traire­ment mélangée de faux exo­tismes et de vrais étrangers con­fine par agres­siv­ité refoulée.

Amie

Amie écrivain, exces­sive, d’une intel­li­gence ravageuse le soir, la nuit; voix ren­trée, blanche le jour, selon un rythme dou­ble, ani­mal et chimique.

Ce que je sais

Ce que je sais ou crois savoir de l’autre devient, au moment où je l’assène dans la forme d’un juge­ment, vérité et me met à la mer­ci de l’Histoire.

Le travail

Avoir ten­té d’obtenir par le tra­vail le max­i­mum matériel qu’au­tori­saient mes capac­ités tout en n’y con­sacrant qu’une par­tie de mon énergie me réjouis et je suis désolé d’avoir affaire, plus sou­vent que je ne l’au­rais cru pos­si­ble, à des amis avec qui j’ai partagé et qui, au lieu de don­ner voix à leur hon­nêteté pour établir comme cause pre­mière de leur rel­a­tive indi­gence matérielle la paresse, inven­tent des faux-fuyants et se réfugient dans des idéolo­gies passéistes.

Un des complexes

Un des com­plex­es les plus dan­gereux inscrit dans la nature humaine, mais désor­mais manip­ulé, est celui qui con­siste, lorsqu’on se fait par soi-même une opin­ion, de juger de sa recev­abil­ité en cher­chant à savoir ce qu’en pensera l’en­tourage (et aujour­d’hui la “société”, réal­ité sans con­tenu) avant que de la dire.

Nous

- Nous sommes telle­ment heureux, dit Lore.
Je m’en réjouis. Pour elle, pour eux. Mais aus­si, cela m’effraie.

A l’héroïsme

A l’héroïsme du noble de la Renais­sance devant l’in­con­nu répond aujour­d’hui l’héroïsme de l’homme du quo­ti­di­en devant le trop connu.

Dans le Crépuscule des idoles

Dans le Cré­pus­cule des idol­es, Niet­zsche fustige la con­som­ma­tion immod­érée de bière des Alle­mands, sen­tence que je pen­sais rhé­torique ou liée à son état de mal­adie chronique quand bien même il me sou­vient qu’il don­nait pour motif l’amol­lisse­ment de l’e­sprit que provoque les excès d’al­cool, or, cir­cu­lant depuis 15 jours dans Berlin, je vois qu’il s’ag­it d’un con­stat : les Alle­mands boivent de la bière à toute heure et partout, mamans berçant des pous­settes une bouteille à la main, jeunes en bande, ouvri­ers à la pause, familles au parc.

Les marins du Victoria

Les marins du Vic­to­ria, l’un des vais­seaux de Mag­el­lan, cou­vrent de cadeaux le Pata­gon puis, s’av­isant que Charles Quint leur a ordon­né de ramen­er des spéci­mens à Séville, déci­dent de le cap­tur­er. Ils prof­i­tent de la con­fi­ance gag­née en trois jours pour lui charg­er les mains de col­ifichets et, au moment où il veut quit­ter le bord, lui passent un dernier jou­et autour des chevilles, des entrav­es. Duplic­ité de l’homme blanc qui le rend étranger à la morale supérieure qui, dans cette affaire, est du côté du sauvage: celui-ci, une fois accordée sa con­fi­ance, ne saurait la recon­sid­ér­er par intérêt.

Tel ami

Tel ami, fort, grand, et beau, et fort, qui mange, court, nage, organ­ise, tra­vaille, quit­té de sa femme, est soudain égaré comme un enfant, perd ses couleurs, sa joie, l’ap­pétit et le som­meil. A l’époque, Gala et moi avons un peu aidé, con­seil­lant et con­solant. Or un an plus tard, le voici accom­pa­g­né de la même femme, revenu à lui-même, solide, droit, jovial; phénomène certes con­nu dont j’ai eu à faire la douloureuse expéri­ence lors de la sépa­ra­tion avec Gala mais qui dans son aspect car­i­cat­ur­al (ici, parce que cet ami que je vois peu offre un pré­cip­ité de la sit­u­a­tion) ouvre sur la dimen­sion mys­térieuse de la rela­tion d’amour.