Biergarten du Prater, lieu populaire où se réunissent autour de longues tables disposées à la manière des foires des buveurs de toutes sortes qui éclusent de la blonde, de la blanche, de la noire, dans un bruit joyeux qui, sans exclure les transports, ne crée pas cette ambiance volatile à laquelle notre société suisse mâtinée d’influence française et arbitrairement mélangée de faux exotismes et de vrais étrangers confine par agressivité refoulée.
Le travail
Avoir tenté d’obtenir par le travail le maximum matériel qu’autorisaient mes capacités tout en n’y consacrant qu’une partie de mon énergie me réjouis et je suis désolé d’avoir affaire, plus souvent que je ne l’aurais cru possible, à des amis avec qui j’ai partagé et qui, au lieu de donner voix à leur honnêteté pour établir comme cause première de leur relative indigence matérielle la paresse, inventent des faux-fuyants et se réfugient dans des idéologies passéistes.
Un des complexes
Un des complexes les plus dangereux inscrit dans la nature humaine, mais désormais manipulé, est celui qui consiste, lorsqu’on se fait par soi-même une opinion, de juger de sa recevabilité en cherchant à savoir ce qu’en pensera l’entourage (et aujourd’hui la “société”, réalité sans contenu) avant que de la dire.
Dans le Crépuscule des idoles
Dans le Crépuscule des idoles, Nietzsche fustige la consommation immodérée de bière des Allemands, sentence que je pensais rhétorique ou liée à son état de maladie chronique quand bien même il me souvient qu’il donnait pour motif l’amollissement de l’esprit que provoque les excès d’alcool, or, circulant depuis 15 jours dans Berlin, je vois qu’il s’agit d’un constat : les Allemands boivent de la bière à toute heure et partout, mamans berçant des poussettes une bouteille à la main, jeunes en bande, ouvriers à la pause, familles au parc.
Les marins du Victoria
Les marins du Victoria, l’un des vaisseaux de Magellan, couvrent de cadeaux le Patagon puis, s’avisant que Charles Quint leur a ordonné de ramener des spécimens à Séville, décident de le capturer. Ils profitent de la confiance gagnée en trois jours pour lui charger les mains de colifichets et, au moment où il veut quitter le bord, lui passent un dernier jouet autour des chevilles, des entraves. Duplicité de l’homme blanc qui le rend étranger à la morale supérieure qui, dans cette affaire, est du côté du sauvage: celui-ci, une fois accordée sa confiance, ne saurait la reconsidérer par intérêt.
Tel ami
Tel ami, fort, grand, et beau, et fort, qui mange, court, nage, organise, travaille, quitté de sa femme, est soudain égaré comme un enfant, perd ses couleurs, sa joie, l’appétit et le sommeil. A l’époque, Gala et moi avons un peu aidé, conseillant et consolant. Or un an plus tard, le voici accompagné de la même femme, revenu à lui-même, solide, droit, jovial; phénomène certes connu dont j’ai eu à faire la douloureuse expérience lors de la séparation avec Gala mais qui dans son aspect caricatural (ici, parce que cet ami que je vois peu offre un précipité de la situation) ouvre sur la dimension mystérieuse de la relation d’amour.