Ludwig Hohl

Lud­wig Hohl dont j’ai apporté autre­fois le vol­ume de notes De la nature non-réc­on­cil­iée à un édi­teur de Paris qui un temps m’avait sem­blé hon­nête, m’ap­pa­raît a pos­te­ri­ori comme forte­ment influ­encé par Niet­szche. Je ne saurai dire si cela le rabaisse. Mon impres­sion  de lecteur est mit­igée : une forte curiosité, un début d’en­t­hou­si­asme, puis la per­plex­ité. Car ces recherch­es por­tant sur la morale, la philoso­phie, l’esthé­tique, servies par un lan­gage péremp­toire et obscur, échap­pent sou­vent à l’en­ten­de­ment. En revanche, sans que je puisse l’ex­pli­quer, leur car­ac­tère protes­tant, et peut-être suisse, me plaît. Le style hiéra­tique et sans con­ces­sion évoque une péri­ode révolue où l’artiste attaquait les prob­lèmes avec la fougue de l’ar­ti­san. De même faudrait-il ajouter que la fonc­tion spécu­la­tive de ces notes, vraisem­blable­ment à usage pro­pre et sans égard pour l’œuvre, en font un exer­ci­ce plein d’en­seigne­ments. Autant dire que l’édi­teur, une femme qui  m’a fait cadeau en échange du for­mi­da­ble John Bar­l­ey­corn de Lon­don, n’a pas dû en faire grand cas. Par ailleurs, per­son­ne dans mon entourage ne sem­ble pou­voir me ren­seign­er sur la cave genevoise où dit-on l’écrivain aurait vécu. A la fin des années 1980 je la situ­ais rue David-Dufour, au pied d’un immeu­ble squat­té où je dor­mais par­fois lorsque je pré­parais mon entrée à l’université.

Tradition

Tra­di­tion du masque mor­tu­aire. Existe-t-elle tou­jours? A lires les remar­ques que fait l’en­tourage sur son défunt se mêle à cette tech­nique de fix­a­tion de l’autre une bizarre impro­vi­sa­tion phys­iog­no­monique qui per­me­t­trait d’établir une sorte de por­trait moral du dis­paru à par­tir  du vis­age qu’il offre au moment du trépas.

Un bon projet

Un bon pro­jet serait d’ap­pren­dre le français. A intérêt égal, l’en­traîne­ment mil­i­taire et la retraite religieuse. Si on y ajoute le vélo, l’amour, la bière et le voy­age, bref, ce qui fait la vie de cha­cun d’en­tre nous, il y a du pain sur la planche.

Conquête

Con­quête, la fin des horaires. J’en avais peu, je n’en ai plus. N’ayant plus les enfants à charge les jours d’é­cole depuis que j’ai quit­té Lhôpi­tal, je n’ai plus à con­sul­ter ma mon­tre. En m’in­stal­lant à Fri­bourg dans un stu­dio qui a les dimen­sions d’une boîte à chaus­sures et par­fois son odeur, j’ai brisé de sup­plé­men­taires liens de puis­sance, mais tout de même, com­bi­en il en faut pour s’ex­tir­p­er! Vivre  à la façon d’un ani­mal par­qué, au cen­tre d’une ville riche, entre des murs.

La justice

La jus­tice m’a tou­jours paru la plus dan­gereuse des insti­tu­tions (et la police, mais quand on par­le de trou­peau on ne s’at­tarde pas aux piquets.)

Mon copain

Mon copain. Fatigué il établit un mag­a­sin et vend les arti­cles qui lui ont per­mis de devenir ce qu’il fut: un com­bat­tant d’élite.

Jésus

Un homme devient Jésus. Par la pen­sée, la médi­ta­tion, les paroles et les actes. La société le tue. L’Église ramène la paix par­mi les hommes et recrée son efficace.

Sentiment

Brusque sen­ti­ment d’avoir “dépassé tout ça”. Quant à savoir ce que ça veut dire.

La pluie

Quand la pluie s’ar­rête, c’est pire — les hommes sor­tent de sous la terre.

Content

Con­tent d’avoir de l’ar­gent mais écœuré. Que puisse s’ef­fon­dr­er le petit château con­fort­able­ment matériel que j’ai érigé de mes mains depuis vingt ans, me pro­cure un malin plaisir. J’en attend plus de lib­erté et sais qu’il n’en sera rien. D’ailleurs cela pour­rait don­ner le départ d’une cat­a­stro­phe générale. Quoiqu’il advi­enne, dans la société que nous avons, jamais je n’i­rai tra­vailler au quo­ti­di­en. Je le sais comme je le savais à l’âge de quinze ans. Cer­tains préjugés ori­en­tent notre vie. Ce qui prou­ve que je ne suis pas tiré d’af­faire. Roman­tique, exces­sif et raison­né, irréal­iste, mal adap­té, et con­va­in­cu d’as­sis­ter, pour ce qui fait l’ac­tiv­ité des hommes au jour le jour, à une comédie. Là n’est pas le sérieux. Et donc, je le cherche. Mais avec moins de force et surtout, moins d’e­spoir. Réap­pa­raît alors le pro­jet de la cabane. La cabane est un jeu pour l’en­fant, un lieu pour l’adulte. Et un point de vue dou­ble: extérieur, intérieur.