Muotathal

Mar­di dernier je suis allé voir Fom­mel dans le Muo­tathal. Sa vil­la au toit brun fait par­tie d’un ensem­ble con­stru­it dans les années 1980. Les voisins se con­nais­sent, me dit-il. Lui vit à la cave. En ce jour d’été, il m’ac­cueille habil­lé d’une four­rure polaire. Le jardin, explique-t-il, per­me­t­tra de cul­tiv­er des patates. Pour l’in­stant, il est envahi d’herbes folles. Fom­mel conçoit des machines qui ressem­blent à des aspi­ra­teurs. Ce sont des robots arti­ficiers munis de che­nil­lettes et de bras à pinces. Leur mis­sion est de faire explos­er les voitures piégées sur les ter­rains de guerre. Dans les sous-sols de la vil­la, Fom­mel a instal­lé une pompe à chaleur et un moulin. Il stocke son blé, son orge et le maïs dans des ton­neaux pres­surisés. Il me fait la démon­stra­tion: com­ment moudre ses céréales et faire son pain. Fom­mel boit beau­coup d’eau et prend de l’acide le ven­dre­di. Il m’in­stalle sur la ter­rasse et affiche sur son télé­phone portable la cou­ver­ture d’un livre en libre accès de trois cent pages. — Tout est là, tu dois lire! L’e­scro­querie remonte aux Sum­mériens!
- Au fait, Mon­a­mi a chercher à ter join­dre.
- Je ne sais pas.
- Il a écrit un mail.
- Oh, oui! Tu m’ex­cuseras. Il est le bien­venu, mais répon­dre à un mail, ça non, c’est trop risqué.

Saisons

La tête posée sur la boîte à bis­cuits je regarde les saisons défil­er. Tan­tôt c’é­tait plein soleil, j’é­tais assis dans la chaise en veste et bon­net, main­tenant les prés frémis­sent sous la pluie, les pier­res circulent.

Touristes

Les touristes souf­frent et racon­tent, les Sher­pas por­tent et se taisent.

Trou

L’ar­mail­li est aux champs. Je récupère les derniers sacs. — Ich bin oben, am Lohegg.Bist im Loch! Je ne lui dis pas que je compte rester un mois.

Froid

Des bour­rasques écrasent la tente. Le matin mes dix-huit plaques de choco­lat flot­tent. Je récolte des cail­loux pour con­stru­ire des sup­ports, je fais fonc­tion­ner le réchaud. Il a fait froid. Dormir habil­lé ne suf­fit pas et mon sac à vingt ans. A l’aube, grelot­tant, je me suis répété ce mes­sage: peux-tu m’en­voy­er en poste restant le sac blanc et vio­let qui se trou­ve sur le meu­ble de notre cham­bre. Reste à savoir com­ment le faire par­venir à Gala.

Voyages

En trois voy­ages, je monte cent kilos de matériel. Lorsque je retourne rem­plir le bidon à la fontaine de l’al­page, les oies ont mangé la housse de ma chaise. Sur le bord du sen­tier qui mène au bivouac j’a­ban­donne le mate­las gon­flable, des boîtes de con­serve, les haltères, le pét­role et un mot: das nehme ich Mor­gen.

Cochons

Les cochons reni­flent mes sacs. Pour regag­n­er Ober­wil, Gala doit rouler sur les précipices. Inquiète, elle dit adieu, la voiture dis­paraît. Je chas­se un cochon, vien­nent deux oies. La pluie cesse.

Début

De retour de Morges où se tenait de la man­i­fes­ta­tion Le livre sur les quais, j’a­joute un veste à mes pré­parat­ifs. Il pleut. Je prévois d’at­tein­dre la mon­tagne de Hömadeli en fin de matinée.

Cheveux

Du bout des ciseaux, plusieurs fois par jour, elle coupe ses cheveux. Elle les coupe un peu, de sorte que jamais la coif­fure ne change.

Progrès

Accepter ce qui était hier inac­cept­able? Est-ce un pro­grès? Qu’en­tend-t-on par là? Ce qui est n’é­tait pas, ce qui fut n’est plus. Par­le-t-on de qual­ité? Mais alors? De quoi par­le-t-on? Savoir ses valeurs et savoir les amender pour jus­ti­fi­er de celles qui les rem­pla­cent. Ajou­tons: s’il y a lieu. Mais cet exa­m­en se pro­duit-il? N’a-t-on pas affaire plutôt à de la veu­lerie? Pren­dre la fuite du temps pour indice suff­isant d’une amélio­ra­tion, le mod­erne étant par déf­i­ni­tion plus juste, ne revient-il pas à démet­tre l’e­sprit pour légitimer ce qui sou­vent n’est qu’imposture?