Au bout de dix ans d’un chaos administratif sans nom dans la gestion de mon dossier fiscal ayant entraîné des frais arbitrairement mis à ma charge, j’ai saisi l’an dernier un fiduciaire, l’ai payé, me suis acquitté d’un droit de dépôt et j’ai enfin déposé un argumentaire complet prouvant que la gabegie de l’Etat de Genève assortie de l’incompétence de fonctionnaires aux noms exotiques qui ont autant de rigueur que leurs sociétés d’origine méritaient réparation pour tort moral (blocage des mes comptes, dénonciation pénale auprès de mes partenaires de travail, etc.) et financier. Or, par le courrier ce matin, je reçois une lettre non-recommandée m’indiquant que suite à mon recours auprès du Tribunal administratif l’incident et clos et que je n’ai qu’à signer le document ici joint puis à payer l’ensemble des frais qui me seront bientôt signifiés. Ainsi est-il prouvée que la malhonnêteté de l’Etat, loin d’être une contingence, est une méthode de gestion.
Libres chats de Fribourg
Sous le parking de l’hôpital des Bourgeois, en plein centre de Fribourg, cet aplat d’herbe que borde un taillis. Pendant deux ans, alors que nous vivions rue du Criblet, je l’avais sous les yeux et, comme il est naturel dans un appartement qui offre autant d’espace qu’une boîte à chaussures de chercher l’échappée, je le regardais souvent et longtemps. Or, il avait cette particularité d’être visité par des chats, au moins deux, l’un au poil roux et à son heure, chaque jour, venait une vielle dame une platée à la main, qu’elle déposait devant le taillis. De retour de la Basse-ville tout-à-l’heure, je traverse ce lieu avec les enfants quand un panneau nouvellement installée attire notre attention: “ce parc abrite des chats retournés à l’état sauvage. Les nourrir pourrait avoir des conséquences gaves pour leur santé. Toute dénonciation peut aboutir à une amende.”
Miel
J’aime ce paysan de la Broye qui sur la marché de Fribourg, alors que je lui demande comment est son miel, me répond sur un ton désarmant de sincérité:
- Mais enfin, il est excellent!
Et en effet, comment ne le serait-il pas? Ce sont ses abeilles, la ruche est installée dans son pré et il ne fabrique que quelques pots.
Mais ce que je voulais dire est: votre miel est-il doux ou corsé?
Voler
Glisser et voler sont les deux activités que je pratique en rêve. La glisse est imputable aux années de skate, pour ce qui est du vol, cela relève peut-être du vœu, de l’espoir. Et d’ailleurs, plutôt que voler ou encore planer, je nage en l’air, ramenant les bras contre les côtes dans un mouvement cadencé de brasse, ce qui indiquerait que l’espoir ainsi réalisé dans le rêve emporte avec lui une critique exprimée ici sous la forme d’un liberté relative qui sans cesse doit être soutenue par un effort physique.
Culottes
A mon retour de Bangkok, je trouve dans les publicités qui sont accumulées sur la table de la cuisine une annonce pour une paire de culottes. Vendues CHF 39,90, elles sont en promotion à CHF 29,90. Or, la veille, rue Rambuttri, j’ai payé cette même paire CHF 3.- Une fois déduit la somme qui revient à la marchande, le transport et quelques frais généraux, on établira intuitivement le coût de production d’une culotte à CHF 1.- , ce qui fournit une explication utile des mécanismes sociaux de la Suisse et de la Thaïlande. L’adulte suisse travaille à la création d’un pouvoir d’achat qui lui permet d’acheter en quantité des biens coûteux (voiture, frigorifiques, bateaux, skis, téléviseurs…) qu’il stocke dans un espace privé (appartement, maison ou les deux à la fois) et garantit la durée par un surcroît de travail ce qui aboutit à une posture paradoxale: il passe l’essentiel de son temps hors de l’espace privé et, tendanciellement, plus il rend cet espace accueillant, mois il en profite. Au contraire, le Thaï passe quinze heures quotidiennes dans la rue, avec les siens, fournissant à son travail une énergie qui relève plus de l’activité sociable que de l’effort réel et le bénéfice de ce travail a essentiellement pour fonction de lui assurer l’énergie de rester quinze heures parmi les siens (soupe, riz, fruits, habits). Par ailleurs, lorsqu’il retourne chez lui, dans son espace privé, celui-ci étant inconfortable, partagé, le Thaïe ne fait qu’y puiser l’énergie (sommeil) qui lui permet de retourner dans la rue. Malgré tout ce que cette opposition a de caricatural (il existe en Thaïlande une importante bourgeoisie dont le modèle est occidentale, des Chinois qui…), elle montre que l’idéal d’une existence selon la philosophie, si l’on entend par là qu’elle s’organise d’après les grecs post-socratiques entre des amis devisant du monde, est beaucoup mieux réalisé en Thaïlande que dans notre pays.
Ethique
Plus que jamais partisan de la morale et détracteur de l’éthique. Cette première, individuelle, construite en toute rigueur et mise à l’épreuve de l’existence, mais extensible au groupe, s’adosse nécessairement à une métaphysique ou par défaut (ce qui est fatal depuis Kant) sur une théorie de la valeur, alors que cette deuxième, instrument de promotion du vivre ensemble, épousant les contours fluctuant de la vie des sociétés, aboutit à une pragmatique, ce qui dit assez les raisons historiques de son adoption et de sa propagande dans le cercle des pays de tradition anglo-saxonne. In fine l’éthique se réduit à un fonctionnalisme. En cela elle est la caution morale du capitalisme le plus dévoyé.
Feux de la rampe
Julia Kristeva sur l’identité européenne. Femme de pouvoir qui brasse de grands problèmes avec de petites mains. L’exigence de se tenir toute l’année sous les feux de la rampe contraint ce type de caractère à glaner ses thèmes d’écriture au hasard de l’actualité. Ses consœurs, qui à son exemple sont présentées par les journalistes (ce qu’elles sont en réalité) moyennant une série de titres ronflants (Julia Kristeva… vous êtes écrivain, artistes, psychanalyste, philosophe… historienne) ont noms: Laure Adler, Elisabeth Roudinesco, Vibiane Forrester.