Aux enfant j’explique qu’ils ne doivent jamais obéir à un ordre parce qu’il émane d’un autorité. Pour avoir obéit à l’équipage qui leur intimait d’attendre les secours dans le cabines du ferry en voie de chavirer deux cent soixante enfants sud-coréens ont péri noyés hier.
Rentrer
Installé dans le bureau. Il pleut. De la maison, sensation agréable. Il y a moins d’espace. Le rideau que forme la pluie resserre la ville, l’enferme. Hélas, il me faut sortir. Pour la première fois depuis des années je renonce au vélo. Ayant négligé d’installé des pare-boues j’aurais vite le fond du pantalon détrempé. Je prends un parapluie. Je marche. Je voudrais rentrer. Je n’attends rien de cette scène qu’offre la ville. Tout se passe dans le halo réduit que la lampe projette sur la table de travail.
Anormal
Gala dit:
- Tu es fou!
C’est habituel.
- Tes amis pensent que tu es fou!
Habituel.
Quant à savoir ce qu’elle pense, je l’ignore.
- Tu es fou, répète-elle.
Désormais ces déclarations me laissent indifférent. Jusque là, tout est normal. Mais tout-à-l’heure, comme j’étais installé en compagnie de camarades de sport dans un fast-food turc, une sorte de salle de bains éclairée au néon dans laquelle tourne un pain de kebab, l’un d’entre eux, réagissant à l’un de mes propos qui n’était pas une provocation mais une opinion à contre-courant, dit:
- Tu es un psychopathe!
Il est jeune, agréable, je l’apprécie, je crois que c’est mutuel.
“Comment se fait-il que la situation devienne jour après jour aussi normale?”, pensé-je alors à part moi.
Car à la différence de Gala et de ces jeunes, ce que je trouve fou, inquiétant, mortifère, est l’adaptation naïve des uns et des autres à une situation qui n’a rien de normale.
Photo
Un anthropologue a photographié des membres d’une tribu de Nouvelle-Guinée qui ne connaissaient pas le miroir et leur a donné les clichés. Lorsque ceux-ci les ont montré a leurs familiers ces derniers ont confirmé qu’ils ressemblaient bien à ce que montraient ces clichés. Le lendemain, ces hommes et femmes sont sortis avec les clichés collés sur leur front.
Epicière
- Il y a vingt-huit ans, me confirme l’épicière, que je suis à ce coin de rue, nous ne vendons plus rien. Heureusement que les clients connaissent mes légumes, les patates tenez, je les fais dans mon jardin, elles n’ont pas ce goût comme dans les supermarchés. Nous sommes allés manger dans l’arrière-boutique de la librairie russe, il y a un restaurant caché là, eh bien ma fille a eu un menu de riz et de poisson pour 2,50 Euros.
Et sans transition:
- Moi, pour ce qui est de mon mari, vous savez, il est tellement jaloux, je le garde que pour ma fille.
Génie de la langue
Chez l’épicière. Elle n’a pas de change sur un billet de 20 Euros. Me laisse seul. Revient bredouille. Ni le voisin, ni la boutique d’habits n’a de change.
- Prenez tout, vous reviendrez payer demain.
- Non, non, je vais vous envoyer les enfants.
Entre alors une vielle dame, une habituée. Elle regarde mon billet de 20 Euros comme si je tenais un lingot d’or dans la main, et paie ses tomates avec du menu fretin.
- Vous comprenez, j’étais à l’église
- Ah, c’et bien ça, il faut sortir.
- Oui, oui.
- Et qu’est-ce que vous êtes venus faire?
- He venido a estar un poco (je suis venu pour être là un peu).