Bidules

Van­ité poussée jusqu’à l’hys­térie par l’emploi des nou­velles tech­nolo­gies ancil­laires et qui accroit la soli­tude augu­rant hélas d’une fatale reprise en mains.

Trémulation

Chanteurs de var­iété, bateleurs, comé­di­ens, romanciers, pein­tres sans réelle foi dans l’art, ils ‘agi­tent sur quelques mètres et ce faisant com­mu­niquent locale­ment au groupe social une tré­mu­la­tion qui lui per­met de percevoir de manière fugace comme se perçoivent les pois­sons par reflets lorsqu’un rai de lumière tra­verse l’aquarium.

Manwell 2

Sur cette façon heureuse de remar­quer la nature et de la don­ner à voir aux autres en rehaus­sant ses qual­ités, ce que fai­sait hier, je l’ai dit, Man­well alors que nous cou­ri­ons sur les crêts de la Sarine, je puis dire que je n’ai pas ce tal­ent. Quand je cours, lutte, me débats, je ne con­tem­ple pas. Et quand bien même je ver­rais ce ciel, sa lumière, son cortège de nuages, c’est sans vision; pour cela, il faut que je m’at­tarde, arraisonne le temps, perce les couch­es. Ain­si je vois jusque dans les grandes pro­fondeurs. Plus pos­si­ble alors de s’ex­clamer:
- Regardez, c’est joli!

Caravane

Je vais con­stru­ire une car­a­vane, ou plutôt, un cabane qui se puisse déplac­er sans néces­sité de démon­tage. L’in­té­gra­tion des par­ties dans le tout, la con­ve­nance esthé­tique, qui de plus est dans un milieu con­traint. m’a tou­jours fascinée. Retour peut-être à l’or­gan­i­sa­tion de la pre­mière cham­bre, lieu d’in­cu­ba­tion des éner­gies vitales pour l’adolescent.

Manwell

Hier avec Man­wel et deux goss­es de bel allure, gravis­sant d’un pas accéléré le chemin de Lorette, alig­nant des exer­ci­ces sur le parvis de la Chapelle puis zigza­guant sur les sen­tiers de la forêt du Bour­guil­lon en batail­lant à coups de pieds et de poings, équipée qui lais­sait inter­dits les rares ran­don­neurs venus se balad­er en cette soirée de veille de fête. Or, ne voici pas qu’après ces débauch­es, Man­well, comme nous regagnions la basse-ville, ralen­tit le rythme et s’ex­tasie sur la beauté du couch­er de soleil, la forme des nuages, l’é­clairage rougeoy­ant des édi­fices mod­ernes qui se détachent au loin et lâche ce com­men­taire:
- Quand je pense qu’on a man­qué rester à l’intérieur!

Pommes

Il ramas­sait des pommes, les dis­tribuait sur un lit de car­ton dans l’om­bre fraîche de la cave et, dès cet instant, red­outait la venue de l’hiv­er qui de l’in­térieur agis­sait sur les fruits pour les dimin­uer et les noircir.

Innocence

Véri­ta­ble cadeau qu’une nuit d’un seul ten­ant qui tôt com­mencée empiète sur le jour. Une relâche dans le rythme con­stru­it de l’ex­is­tence. L’in­tro­duc­tion d’un ailleurs qui per­met, parce qu’elle rend à une pro­vi­soire inno­cence, de renouer avec la matière de la vie.

Envers-avers

Pourquoi tous ces efforts?
Oui, c’est enten­du: pourquoi?
Mais à ceux qui posent la ques­tion:
Pour quoi cette absence d’efforts?

Igloo

L’hiv­er 1972, à Helsin­ki, le concierge de notre immeu­ble entas­sait des paque­ts de neige con­tre un mur du park­ing extérieur. Au fil des semaines, dur­cie par un froid con­stant, la masse devint glace et c’est avec des fourchettes et des couteaux pris dans le tiroir de la cui­sine que Frère et moi creusâmes la sur­face pour fab­ri­quer un igloo. Le tra­vail était si pénible que je me crus, une fois la cav­ité ouverte, que jamais les paque­ts de neige ne fondraient. 

Solidarité

La leçon de boxe comme sub­sti­tut à la classe d’é­cole au moment d’é­clair­cir par la métaphore le fonc­tion­nement des sociétés — vécu hier. Dix per­son­nes batail­lent con­tre elles-mêmes tout en demeu­rant sol­idaires puisque présentes dans la même salle et coopérant pour la bonne réus­site de l’ex­er­ci­ce. L’un donne sa force en partage, l’autre son intel­li­gence, un troisième sa capac­ité de con­cen­tra­tion qui, en dépit de la fatigue, est intacte. Pra­tique­ment, cela veut dire que le pre­mier, durant les quelques sec­on­des de récupéra­tion, réa­juste les obsta­cles, que le sec­ond, doué d’une vision glob­ale, se meut sans entraver les autres, que le dernier, ren­seigne ceux à qui échap­pent soudain la nature d’un exer­ci­ce. Juste dif­fu­sion des moyens à l’in­térieur du groupe qui per­met l’en­tente et la sta­bil­ité sans lesquelles l’ex­er­ci­ce deviendrait impos­si­ble. Mais l’é­gal­ité n’é­tant pas de ce monde, il y a néces­saire­ment par­mi les par­tic­i­pants un boxeur qui réu­nit les trois qual­ités; la force, l’in­tel­li­gence, la con­cen­tra­tion. Que celui-ci, con­va­in­cu de s’en sor­tir mieux que les autres agisse en égoïste et survient un pre­mier trou­ble au bon ordre. Qu’il s’al­lie avec un ou plusieurs autres boxeurs de sa trempe et tout en pré­ten­dant jouer le jeu de la sol­i­dar­ité dupe le groupe pour prof­iter de la sit­u­a­tion à ses dépends et la société est en péril.