Gestion

Le rel­a­tivisme cul­turel est un dan­ger majeur pour nos société libres. En plaçant sur le même plan des valeurs incom­pat­i­bles il signe, con­tre la morale d’abord, con­tre la loi ensuite, le retour en force des règles. Or celles ci for­ment l’ap­pareil des pou­voirs ges­tion­naires et sont par nature indiscutables.

Poésie

J’ai écrit dix-huit recueils de poésie qui ne valent peut-être pas une bonne cale de bois, puis plus rien, pas un vers.

Squat

Evac­u­a­tion du squat de Can Vies dans le quarti­er de la gare de Sants à Barcelone. Des émeutes sont en cours. Insup­port­able poli­tique de l’E­tat. Il veut sub­ven­tion­ner, pater­n­er, embar­ri­cad­er et réclame en out­re les applaud­isse­ments. Que la vie échappe à son con­trôle, il se cabre et fait don­ner les forces de l’or­dre. Mais cette fois les habi­tants ont rejoint les mil­i­tants. Ensem­ble, ils ont bouté le feu aux bull­doz­ers qui entre­pre­naient de démolir la bâti­ment occupé. Quand on pense qu’un quart des loge­ments d’Es­pagne sont vides ou à l’abandon.

vendredi soir

Chaque ven­dre­di soir il repeignait les murs de son apparte­ment en rouge vif.

Deux meubles

Tout à l’heure je tombe sur des plans de meubles réal­isés dans les années 1990. Par­mi ceux-ci, le lit dou­ble-sim­ple. Mon­té sur rails, il per­me­t­tait de join­dre les deux mate­las pour les moments d’in­tim­ité, puis, au moment du som­meil, de pro­duire la sépa­ra­tion par glisse­ment sans besoin de se relever. Cet autre, inabouti: un écritoire coulis­sant afin d’écrire ou lire con­fort­able­ment sans quit­ter son lit ni avoir a dis­pos­er à nou­veau ses affaires. C’é­tait une sorte de table en forme de pont pas­sant au-dessus de l’é­dredon et qui, le tra­vail fini, retour­nait se loger au bas du lit, au-dessus des pieds.

Jalousie

La jalousie est un mal­heur. L’autre est ce que je ne suis pas. Que je le regarde et le fiel coule dans mon corps, pour­rit mes moelles. A la longue, l’é­tat devient chronique. Mes volon­tés se noient. Je deviens un être imper­son­nel, aliéné. Ici n’a de valeur que l’a­n­ar­chie. Peu importe les autres. Qu’ils ail­lent dans leur direc­tion et n’in­ter­rompent pas la mienne.

Illetrés

Que tant d’illettrés du tiers-monde arrivent sur la place per­met l’ine­spéré: une par­tie de la pop­u­la­tion indigène jusqu’i­ci inéli­gi­ble à la langue décou­vre qu’elle a le don de s’ex­primer. En coulisse, les chefs d’orchestre coudoient et rient.

Chêne

Le chêne de la rue Verneil gran­dis­sait la nuit et à l’aube, juste avant le pas­sage du posti­er, pre­mière per­son­ne à cir­culer dans l’av­enue, ren­trait dans son gabarit.

Feux de la rampe

Celui qui écrit sans peine bien­tôt ne se donne plus la peine d’écrire. Affir­mant cela je pense à un auteur dont le pre­mier livre m’a fasciné. J’al­lais partout et van­tais ses mérites, je ne man­quais pas une occa­sion d’en­gager à sa lec­ture. A Paris je con­nus l’au­teur. Sa per­son­nal­ité me déçut agréable­ment. C’é­tait un homme joyeux, sans enver­gure ni morale, loin de toute recherche, dés­in­volte, oppor­tuniste. C’est lorsqu’on entrevoit ce qu’on veut sans le pou­voir que les éner­gies afflu­ent. Alors sont réu­nies les con­di­tions pour faire l’œuvre. Celui qui écrit, peint ou com­pose sans peine et avec l’air de se jouer est loin de cette fois du créa­teur. Je ne pou­vais me douter de quoi que ce soit avant que ne parais­sent de cet auteur de nou­veaux titres. Or, ce que j’avais réus­sit à son con­tact se véri­fia: à grands ren­forts de sourire, ils se pous­sait sous les feux de la rampe.

Ne rien faire

Les rares fois où je réus­sis à ne rien faire, je me félicite.