Au Lac noir par Marly et Pfaffein. Martin pédale sur mon VTT, je vais devant à vélo de course. Montée facile, bien que j’aie encore les jambes raides suite à la course de dimanche. Nous pique-niquons en compagnie d’écoliers suisse-allemands sur le ponton de bois qui forme un demi-cercle au-dessus de l’eau, puis Martin veut faire le tour du lac. En passant devant une ferme, je remarque des pots de miel. Un vieille boîte à biscuits trouée permet de déposer la somme d’argent, mais je n’ai pas le change et vais chercher la propriétaire qui arrache les mauvaises herbes dans son jardin. La propriétaire appelle son mari. Arrive un homme massif et jeune encore, mais chancelant. Il marche avec une telle peine que Martin s’avance pour l’empêcher de tomber.
- J’ai la maladie de Parkinson.
Quand il franchit enfin le pas de la porte, il bascule. Pour retrouver l’équilibre, il étend les bras comme on ferait au moment de franchir un précipice. Nous entrons dans la ruche. Il enfume un essaime d’abeilles, le saisit à l’aide d’une pince et nous le montre. Avant de repartir, la dame nous prend en photo (plus tard, je constaterai qu’elle n’a pas appuyé sur le bouton; elle a pourtant fait le geste de me tendre l’appareil pour que je voie si la pose me convenait).
- Eh oui, il y a dix-huit ans que cela dure, dit l’apiculteur Mais j’ai eu de belles années…
Nous traversons Holzbau lorsque je me souviens que je dois annuler un rendez-vous au tribunal pris pour le lendemain matin à 9h00, mais qu’il me faut, pour ce faire, vérifier qu’une certaine somme m’a été remboursée. Je tire le vélo sur le bord de la route, appelle la greffière et lui explique que je suis à vélo, que je n’ai pas accès à un ordinateur.
- Bien, je vous donne une heure, foncez!
J’abandonne Martin et fonce. Trente-cinq minutes plus tard, ruisselant, je suis à mon bureau, vérifie les comptes, joins la banque, obtiens des garanties, décommande le tribunal. Je rappelle la greffière.
- Je vous félicite! s’exclame-t-elle en riant.
Schwarzsee
Tatlin
A Fribourg m’attend Martin, un biologiste allemand de Weimar à qui j’offre pour quelques jours l’hospitalité d’un canapé (dans mon cas, la chambre des enfants). Même système d’échange via l’internet qui me permettra d’être accueilli à Detroit. Le soir venu, comme je vais partir pour l’entraînement de Krav Maga, il apparaît qu’il connait une certaine Allemande. amateur se sports de combats. D’après la description, je comprends qu’il s’agit de Tatlin. Or, tous deux ont logé au foyer d’étudiants St-Justin. Un peu plus tard, je tends mon téléphone à Tatlin qui n’en revient pas de la coïncidence.
Valais
Après le demi-marathon de Fribourg (couru sans peine mais dans un temps plus long que l’an dernier) les enfants sont repartis pour Genève et je suis allé en Valais rencontrer les agriculteurs avec qui aurait lieu le projet d’installation dans la montagne. Ce matin, à Derborence pour vérifier des détails élaborés de mémoire dans le roman. Surpris de voir que ma seule visite du site qui remonte aux années 1990 a permis d’écrire les différentes scènes sans grande erreur. Nous venions ce jour-là, Olofoso et moi, de la Barboleuse près de Villars, puis étions redescendus sur Ardon par les tunnels abandonnés de l’Ouest de la vallée — une balade de 10 heures. Ne m’étant jamais rendu sur place en voiture, je ne me doutais pas de l’état de la route: étroite, remplie de point aveugles, filant par des tunnels en zigzag. La BMW occupait toute la place. Les véhicules de touristes roulaient au pas, mais sur le chemin du retour, comme il venait d’être midi, un habitué manqua m’emboutir. Revenu en plaine, j’ai repris mon problème: dans les parties corrigées ces derniers jours, je place les éoliennes d’Evionnaz après le relais du St-Bernard. Or, inverser la chronologie implique de toucher au contenu.
Luxe
Avoir un ami, être son ami, c’est aussi supporter ses reproches. L’amitié ne perdure qu’à ce prix. Pour cela, il faut faire preuve de courage et de force. La lente érosion que subissent les relations d’amitié ne fait donc pas mystère. Débiles que nous sommes, le plus souvent nous confondons l’amitié et le partage raisonné de nos égoïsmes. Ce faisant, à la moindre remarque blessante, nous nous retirons du jeu. Nous le pouvons parce que, comme tout ce qui autrefois était naturel, la solidarité est aujourd’hui artificielle, un luxe. A cet égard, l’expérience vécu avec l’écrivain O.T. m’a servie de leçon. Un après-midi je croise sa femme en ville. Habituellement taciturne, elle ne touche pas terre. C’est le bonheur, m’annonce-t-elle, j’ai rencontrée un homme, je vais me marier! Je fais toutes sortes d’hypothèses sur son état. Or, je me trompe: elle persiste.
- Et qu’en dit O.T.?
- Oh, il est d’accord! Je ne vivrai plsu avec lui, mais je continuerai de l’entretenir.
Le lendemain, je suis l’invité du couple. O.T. est effondré, livide. Il fume cigarette sur cigarette. Sa femme danse plus qu’elle ne marche, joue avec leur enfant, mène trois conversations de front. Lorsque m’est donnée l’occasion de me retirer avec O.T. il m’explique avec une mauvaies foi évidente:
- Elle rejoint son amant après le repas, puis revient se coucher à mes côtés. C’est mieux pour le gosse.
Les jours suivants, je lui adresse une lettre où je lui déclare qu’être entretenu par une femme qui est mariée à un autre homme est une forme de prostitution. Qu’à la rigueur on peut vouloir vivre ainsi, mais que se laisser imposer pareille situation relève du suicide moral. On devine ce qu’il advint de notre amitié.
Qu’on ne juge pas que je joue les purs. J’ai eu des revers, et douloureux, que j’affrontais parfois bien mal. Ainsi avec Mara. La nuit où quittant le lit, elle me jeta à la figure:
- Tu me dégoûtes!
Au moral, va, on s’emploie à se grandir, on se rachète, mais au physique! Et le ton employé indiquait assez que la sentence était définitive. Or, j’éprouvais pour cette femme une passion dévorante. La fin de la relation me trouva à la fois hagard, furieux et désemparé. Ce que je ne pouvais imaginer, c’est que mon dépit durerait plus de dix ans.
Théâtre
Ce metteur en scène qui s’intéressait à moi pour que je m’intéresse à lui — ce que je ne compris pas aussitôt, étranger que je suis à ce travail de recrutement. J’assistais à la première de sa pièce sans arrière-pensée bien qu’avec ennui le théâtre étant souvent cela, de l’ennui et, particulièrement pour une protestant atavique de mon espèce, une forme mondaine d’obscénité. A la fin du spectacle, je ne dis pas un mot au metteur en scène choisissant de rester honnête plutôt que de le vexer. Jamais plus il ne me parla.
Prendre date
A l’époque, la journée finie, venait l’heure de recevoir. Excellente tradition. Et qu’il serait mal venu de juger réservée à la bourgeoisie. Les paysans, les ouvriers partageaient leurs soirées sur le porche. Maintenant, pour user d’une expression surannée, il faut prendre date. Seulement personne n’est disponible. Pire, les gens font entendre leur enthousiasme à l’idée d’être conviés — à preuve qu’ils le sont peu — et au dernier moment, prétextant je ne sais quoi, se décommandent. L’échange va à veau-l’au.
Robots
Depuis que je lui ai demandé s’il pouvait me renseigner sur les robots de high frequence trading le banquier me bat froid. A moins qu’il ne s renseigne? Etonnants châteaux forts des compétences que tous défendent, y compris les plus amènes. Vous frappez à la grande porte, il consentent à vous recevoir — c’est leur rôle. Vous entrez par la petite porte, ils s’offusquent.