Ionesco: “Je crois que l’histoire des hommes est divinisable [] Et si Dieu, comme on l’a déjà dit, était un homme?”
Bloc
Après deux heures d’endormissement, réveil brutal, une évidence me frappe: Gala vit avec un autre homme. Mon rêve est sans appel. Les mains sur les hanches, devant une maisonnette, Gala me défie. A ses côtés l’amant. Et bien entendu, il ne s’agit pas de n’importe quel autre:
- Lui? Comment est-ce possible! Pas lui!
Assis dans le lit, j’essaie de me défaire de ce rêve. Trop tard, la raison s’emballe, furète, trouve des indices, échafaude. En parallèle , je me sermonne comme on fait d’un gosse: “tu es ridicule! arrête! d’ailleurs, quelle importance?” Quelle importance? Jamais il y a encore six moi , je n’aurais pu sans tricherie poser cette question. Je le peux. Signe d’un épuisement. Mais le rêve est là, il pèse: impossible de s’en débarrasser sur le coup. De plus, la dernière fois que j’ai fait un tel rêve — contenu identique, même lucidité — je suis parti dans la campagne, j’ai découvert une maison et dans cette maison Gala, chez un homme.
Atomisme
Le professeur S., pour illustrer l’aspect réducteur du mécanisme cartésien, dit: “l’homme a besoin de manger, de boire et de temps à autre de sexe”. Va pour la métaphore, mais quant au sexe, ce n’est pas mon avis. Pas “de temps à autre”. Parce que cette société épouvantable, la notre, rentrée et masochiste, ne recherche ni le sang ni le sexe ne veut pas dire que l’homme est généralement asexué et occasionnellement en demande de sexe, généralement inerte et occasionnellement en demande de combat. Que le schéma coercitif, en sacrifiant au confort, condamne l’intime aussi bien que l’expansif, est vérifiable. Mais ces traits sont constitutifs: ils sont et font l’homme.
Masses importées
Musulmans d’Europe: inféodés à des valeurs rétrogrades et fondamentalement antirévolutionnaires. Celles-là même qui les ont amené à fuir les économies défaillantes et des mœurs coercitives de leurs pays. Et nous autres, héritiers de la grande critique, nous croyons donner dans la tolérance alors que nous contribuons à saper les acquis de l’histoire occidentale.
Géographie
Quand on a ni femme ni métier, le temps est disponible pour l’effort réel qui chez l’homme consiste à se pencher sur soi pour établir une géographie de l’existence. Ce n’est pas ce que je me souhaite mais c’est ce que je fais. Je m’achemine à travers sens et signes tout en reconnaissant que c’est un grand malheur puisque je ne fais que répéter le geste dérisoire de ceux qui ne se contentent pas du quotidien et, à la fin, ne trouveront rien de mieux.
Progrès
Imaginons que l’angoisse face à la mort soit un problème de conservatisme. Je refuse de me séparer de mon état présent, la vie. Je cherche à le conserver, alors que la mort est à la vie ce que la vie est aux limbes: une étape, une progrès. Intuition qui a inspiré une partie des religions orientales et que le rationalisme grec dans son information de la doctrine chrétienne a battu en brèche.
Asile dans les arbres
A Belle-Idée, l’asile d’aliénés de Genève, pour le travail. Devant l’un des bâtiments du parc, un jeune homme assis dans une chaise fume. Par moments, il annonce des arrêts de tram. On croirait entendre la bande-enregistrée bien connue des genevois: Place du Cirque — Rue de la Terrassière — Cornavin… Dess phrases venues d’ailleurs le traversent, qu’il répète, hébété.
Routines
Quand Tatlin me quittait à minuit, je pensais qu’elle feignait. Il n’en est rien. “Ses routines”, comme elle dit, ne sont pas fictives. Levée à 5h45, elle fait une heure d’astronomie, puis se rend au réfectoire et mange son petit-déjeuner à l’écart afin que personne ne lui parle. Elle se rend ensuite en bibliothèque et passe la journée à étudier l’histoire et la littérature. En fin d’après-midi, elle fait trois heures de combat, Kick-boxing puis Krav Maga.