Prospective

Quand je ne pour­rai plus rap­porter ce que je fais ni dire ce que je pense, ce sera le signe que ma lib­erté aug­mente. Elle aug­mente. Après quoi, écrire devien­dra un devoir.

Régles et tricherie

Sup­primé.

Outils

Chaque matin et chaque soir, à la même heure, passe un camion d’ou­vri­ers. Les out­ils posés sur le pont saut­ent au pas­sage du gen­darme couché. Même son, même vitesse, heures iden­tiques. Inquiétant.

Verracos miniatures

Je marche dans Sala­manque à la recherche d’un coif­feur. Un salon pour hommes du périphérique pour­rait con­venir, mais deux clients atten­dent leur tour. J’en cherche un autre. N’en trou­ve pas. Je reviens sur mes pas. Si j’ai de la chance les deux clients ont été servis et le coif­feur m’at­tend. Je ne  retrou­ve plus le salon. Or, nous devons rejoin­dre Madrid où l’avion pour la Suisse décolle en soirée. Après le repas, halte à Ávi­la. Les enfants par­courent la muraille avec ma mère, nous allons à la bou­tique des touristes. Depuis mon dernier pas­sage, il n’y a que deux nou­veaux ver­ra­cos minia­tures à l’é­ta­lage. Je fais remar­quer à Mon­frère que quand le vieux sculp­teur qui crée ces fig­urines mour­ra, nous n’en trou­verons plus. Qui voudrait tailler dans le gran­it des répliques d’une ani­mal dont les gens ignorent tout?  Mon­frère achète un ver­ra­co cochon. De nuit, dans les halles du ter­mi­nal 1 de Bara­jas, les écrans télévi­sion dif­fusent les images de man­i­fes­ta­tions en Ukraine: des émeu­tiers sai­sis­sent par le col­let des hommes d’af­faire en cos­tume et cra­vate et les bal­an­cent dans des bennes.
- Ils jet­tent des gens impor­tants, dit Aplo.

Castillo de Buen Amor 2

Con­tre un mur du château, entre la récep­tion de l’hô­tel et la salle des tableaux, une cein­ture de chasteté. Tri­an­gle avant et arrière en métal dédoré, jeu de clefs, ouver­ture pour les besoins naturels, dou­blure intérieur de feu­tre rouge. 

Castillo de Buen Amor

Castil­lo de Buen Amor, aux portes de Sala­manque. Mon­frère et moi y avons passé la nuit il y a trois ans au mois de juin alors que nous roulions à vélo d’Oviedo à Mala­ga. Château for­ti­fié du XVème qui tient son nom de deux cou­ples d’a­mants, l’archevêque de San­ti­a­go et sa maîtresse Doña María de Ulloa et plus tard l’évêque de Cuen­ca et sa maîtresse Doña Tere­sa de las Cuevas. Ironie de l’his­toire, l’archevêque et l’évêque por­taient le même nom: Don Alon­so de Fon­se­ca Qui­ja­da. En grande par­tie intacte, on y accède par un pont ten­du sur les dou­ves et les salles comme les cham­bres, dont cer­taines dans les tourelles de guet, ont été con­servées dans leur état orig­i­nal: blocs de pierre jaunes, pla­fonds-voûtes, march­es d’un ten­ant. Nous par­tons courir une douzaine de kilo­mètres sur la route de terre qui mène au proche vil­lage de Topas où les vieil­lards nous con­sid­èrent effarés. Sur une petite place, un vieil­lard  en jaque­tte de laine et bleu de tra­vail, canne en main, béret sur la tête fait les cent pas. Il va et vient entre un pré où pais­sent des mou­tons et le porche de sa mai­son où sa femme tri­cote. Plus loin, il y a une dis­cothèque. Bâti­ment imposant, néon brisé, pein­ture effacée. Au sol, de la bouse. Ce vil­lage invis­i­ble depuis la N630, la route qui relie les Asturies à l’An­dalousie. , est mar­qué par une telle soli­tude qu’on en vient à se deman­der si ses habi­tants savent que Fran­co est mort. Nous filons dans les champs, puis sur le chemin de retour pas­sons une nou­velle fois par le cen­tre de Topas. Une dame nous crie des mots que nous ne com­prenons pas. Nous répon­dons ami­cale­ment avec des mots qu’el­lene peut com­pren­dre. Ce qui me rap­pelle cette scène, en 1991, un matin, alors que nous pre­nions le départ de notre étape du jour le long du chemin de Saint-jacques, quelque part sur la place d’un vil­lage de la Rio­ja: Mon­frère et moi, les mains appuyées con­tre un mur, faisons des étire­ments. Une paysanne se place dans notre dos, observe et s’in­quiète. Elle appelle un voisin. Celui-ci pour la ras­sur­er explique que nous ne sommes pas des fous en lib­erté: nous faisons du stretching. 

Economie

Au petit-déje­uner, dans la salle de l’Hô­tel Corazón de Arribes, sous l’écran de télévi­sion qui dif­fuse les chiffres du chô­mage (en hausse) et l’é­tat de la cor­rup­tion des milieux dirigeants (con­stant), cet homme de soix­ante ans qui déclare à ses amis:
- Pour dur­er, il faut manger cor­recte­ment. Moi, ma maman me pré­pare un en-cas sur le coup des onze heures. Et puis, c’est le plus impor­tant, il faut tra­vailler le moins possible.

Aldeadávila

Paysage déser­tique de pier­res, de ronces, de prés, de cac­tus. J’ad­mire les murs de pierre sèche. Des années, des dizaines d’an­nées, des siè­cles de tra­vail pas­toral, de tra­di­tion, de patience pour dis­pos­er ces pier­res plates. Notre camion­nette emprunte des routes sin­ueuses, mon­tantes et descen­dantes. Les vil­lages sont rares, le kilo­mé­trage qui nous sépare de la fron­tière por­tu­gaise dimin­ue. En fin d’après-midi, nous atteignons Aldead­ávi­la, et par ma faute, faisons fausse route. Mon­frère plonge dans les gorges. Virages en épin­gle, long déclin et enfin, amar­ré sur l’eau plate d’un canyon, un bateau-mouche. Qua­tre madrilènes nous ont précédé. Sur l’ar­doise, un départ est annon­cé pour 12 heures.
- Il n’a pas eut lieu, m’ex­pliquent-ils, il n’y avait per­son­ne.
Nous croyions trou­vé l’hô­tel, nous aurons vu le bateau. Demi-tour. Nous voici au vil­lage. Immeu­ble de pierre avec sa façade gali­ci­enne: chaux blanch­es, pier­res rus­tiques. La patronne indique une bar-restau­rant, le Paraí­so. Saut qu’il n’y a pas de ser­vice. Instal­lés sur la ter­rasse, nous atten­dons. Les tables sont sur la route. Aucune voiture ne passe. Quand il en vient une, je dis à l’homme qui pénètre dans le bar:
- Il n’y a per­son­ne!
Peu après, une gamine s’ex­cuse:
- J’é­tais ailleurs.
Mais à dix-neuf heures, alors que maman et les enfants nous rejoignent, que la nuit tombe, que nous prenons place autour d’une table ronde, la salle se rem­plit brusque­ment. Dix, vingt, vingt-cinq hommes. La gamine saisit une télé­com­mande, un écran descend, les buveurs tour­nent leur chais­es. Tous regar­dent dans notre direc­tion. Notre table est sous l’écran. Le match com­mence, nous sor­tons. Et mer­veille de l’Es­pagne, dans ce vil­lage endor­mi, sans tra­vail, sans touristes, du moins en hiv­er, dans ce vil­lage de nuit, il y a un autre bar, celui de la piscine et une autre gamine, pas plus haute que Luv , fine comme un cure-dent, qui nous sert de la salade, du fro­mage de chèvre, du jam­bon, de la bois­son, des glaces en riant et virevoltant.

Faux-monnayeurs

La dureté des sanc­tions dont l’E­tat frappe les faux-mon­nayeurs ma tou­jours lais­sé inter­dit: je com­prends aujour­d’hui seule­ment que le crime porte sur la pos­si­ble décrédi­bil­i­sa­tion de la monnaie.

Fordetroit

Allia va pub­li­er Forde­troit. L’heureuse nou­velle! Easy­Jet, c’est une chose: un livre pro­gramme. Le sec­ond vol­ume de la trilo­gie com­mencé avec Ogro­rog, c’est ce que je sais faire en lit­téra­ture. Et, sat­is­fac­tion sup­plé­men­taire, la cri­tique que m’adresse Gérard Berré­by après la pre­mière lec­ture énumère une à une les idées que véhicule le texte telles que j’ai souhaité les com­mu­ni­quer. Excel­lent, excellent!