Hôtel Top North. La patronne chinoise caresse son chat. Elle n’arrête de le caresser que pour encaisser de l’argent ou rendre de la monnaie. Quoi que vous fassiez ou disiez, pas une expression ne passe sur son visage. Je demande les toilettes. Sans arrêter de caresser le chat ni détourner le visage, elle dit:
- Derrière.
Et je jurerais que ses lèvres n’ont pas remuées.
Je traverse un salon où trônent les portraits des ancêtres, puis un pont qui enjambe un canal. Les toilettes font partie de l’immeuble, le canal coule donc sous l’hôtel.
L’Anglais me renseigne:
- Des touristes passent parfois, mais en général, la police impose la présence d’un guide. D’ailleurs, c’est plus facile dans l’autre sens, en venant de Mandalay.
- Pourquoi?
- La route est ouverte dans un sens un jour, dans l’autre sens le lendemain. Et il y a plus de trafic en direction de Tachileik.
Hôtel Top North 2
Route de Mae Sai
A bord d’un vieux bus. Quant à la date de fabrication, je parierais pour 1950. Mais il faut voir qu’en un demi-siècle, il a roulé. Il ahane sur la quatre pistes qui relie Chiang Rai à Mae Sai. Ce qui est d’autant plus frustrant que les autres véhicules sont flambants neufs. Minibus blancs aux verres fumés, cars plats partis de Bangkok. Il faut dire qu’à compter de la dixième heure de bus, les nerfs sont agacés. Et puis les arrêts. Six passagers: chacun est déjà descendu deux ou trois fois, à moins que je confonde. Enfin, nous atteignons la destination. C’est-à-dire une gare de périphérie. Comme d’habitude, je ne sais pas où je vais. Je monte sur le pont d’un camion. Trois-quart d’heures plus tard, apparaît enfin ce que je cherchais, la porte blanche, un stuc, du poste-frontière avec la Birmanie.
Saucisson
Il vous arrive deux ou trois choses, le plus souvent anecdotiques, dont vous aimeriez tenir l’explication même des années après qu’elles soient survenues. Je me demande par exemple, comment m’étant arrêté en Italie, dans une épicerie en bord de route, alors que je roulais à vélo de Genève à Damas, afin de demander s’il existait une auberge au village, la commerçante a emballé un saucisson, me l’a fourré sous le bras et m’a mis à la porte. Un peu plus tard, j’arpentais les pièces d’une maison privée, cherchant la réception puisqu’on m’avait indiqué un hôtel dans cette direction avant de me résoudre à considérer qu’il s’agissait d’une maison privée.
Ludwig Hohl
Ludwig Hohl. Toujours, j’ai voulu savoir où il habitait, dans quel cave du quartier de La Jonction, puisqu’on dit que c’est une cave. Il suffirait de demander. Or, c’est parce que je crois le savoir, que je ne demande pas. Chaque fois que me vient son nom, je vois un soupirail grillagé et petit au-dessus du trottoir qui borde rue David-Dufour l’immeuble squatté où j’ai passé une nuit à la veille d’un examen de philosophie.