Masochisme



L’Américain déteste que l’on par­le de ses échecs. Le Suisse y insiste.

Loei



A Loei, dans l’hôtel le plus imposant du nord de l’I‑san. La salle de petit-déje­uner a la taille d’un ter­rain de foot­ball, en cham­bre il faut élever la voix pour s’en­ten­dre. Quant au lit, il est princi­er, roy­al, on s’y perd. Mais surtout, nous sommes seuls ou à peu-près. Hier, j’ai croisé un natif du Min­neso­ta, ce matin un Indi­en, tan­tôt, à la piscine, deux Québe­cois­es. Et quelle piscine ! Bleu ciel sur un car­relage imprimé de dauphins, en décroche­ment au-dessus d’un parc aro­ma­tique. Les trois pre­mières heures, il n’y a que le gar­di­en. Il s’occupe du frig­ori­fique à bois­sons, du cof­fre à glace et des servi­ettes de bain. Nous par­lons vélo. Les Thaïs se sont entichés de ce sport. Equipés comme s’ils allaient gravir l’Alpe d’Huez, ils péda­lent dans le bord des artères citadines. La dis­cus­sion fait long feu. Il con­naît dix mots d’anglais, mon thaï est plus rudi­men­taire. Je retourne à ma table de tra­vail. Je prends ces notes devant trente chais­es longues vides. Le luxe c’est le luxe sans partage. 

Jeux d’adultes



Chaque fois qu’il bâtis­sait une maque­tte, gal­lion, tank, biplane, il la don­nait à ses enfants qui dans leurs jeux l’esquintaient. C’était un homme de pas­sion et de progrès.

Barbare



Qu’est-ce qu’un bar­bare ? Un indi­vidu qui en impose par la bêtise et la sim­plic­ité. Il ai ce qu’il est, ne peut ni plus ni moins, et pas autrement. Lorsqu’on amal­game du sim­ple, cela ne fait pas du com­plexe, mais de la force.

Frontière



Passé la fron­tière lao­ti­enne avec un cou­ple d’économistes alle­mands malades. Descen­dus à la gare d’Udon Thani. Sans argent, je glisse ma carte de banque dans une machine, me trompe, me trompe encore, la retire, l’enfile, tape une somme. La machine proteste, digère et s’éteint. Un tuk-tuk nous emmène dans le quarti­er du lac de Nong Khon Kwang qui est aus­si celui de l’hôpital. Nous sommes dimanche. Le marché cou­vert où se restau­re doc­teurs et infir­mières ferme. Attablé avec des chauf­feurs de tuk-tuk qui ava­lent du Whiskie. L’un des hommes demande d’où nous arrivons. Il retire une Léo du frigidaire, nous l’offre.

Bipartisme


Tout état dom­iné par un sys­tème bipar­tite aboutit à la con­fis­ca­tion du pouvoir.

Dialectique négative



A quoi bon voy­ager ? Je ne sais pas. Peut-être faut-il jus­ti­fi­er cette réponse par une rai­son a con­trario. Ce n’est pas ce qu’on trou­ve mais ce que l’on quitte. Ce n’est pas l’ailleurs, mais le refus de l’ici et du main­tenant. Une approche néga­tive comme est néga­tive la dialec­tique d’Adorno lorsque l’histoire, au sor­tir des guer­res, passés les derniers soubre­sauts, ren­con­tre le néant. Comme toute philoso­phie serait en fin de compte néga­tiv­ité, rejet du monde factuel. Le chercheur scrute le vide. Il entrevoit les yeux clos ce qui n’est nulle­ment vis­i­ble et, prob­a­ble­ment, n’existe pas. Il le pense pour que cela advi­enne. Voy­ager, c’est alors apercevoir ce que l’on quitte. Et quoique l’on quitte, dès lors qu’on le quitte, ne serait-ce qu’en fer­mant les yeux, on voy­age. 

Homme



Fon­da­men­tal­iste. Tous comptes faits, le terme me con­vient. Je crois dans l’homme. Son avenir est inscrit dans ses pos­si­bil­ités. Il n’est que de les met­tre en lumière. Mais il y a la société. Com­ment croire dans les hommes ? Dans la société qu’ils organ­isent et con­sen­tent à subir ? En son sein, l’homme est mis à mal. Il se défait, s’étiole, n’est plus que l’ombre de lui-même. Tel est le para­doxe : agir pour la vie, pour l’homme, c’est agir à la fois con­tre la mort et con­tre les hommes. 

Noël



De Noël, j’aime la sym­bol­ique et la fête, l’esprit de famille, l’intimité voulue, entretenue. Je n’écris pas cela pour man­i­fester une sorte de nos­tal­gie entouré que je suis de stu­pas, de mag­a­sins chi­nois et du sapin de guir­lan­des d’un hôtel. Ici, comme ailleurs, la veil­lée témoigne d’une inten­tion de bon­heur qui est au cœur des préoc­cu­pa­tions des hommes. Ain­si, je m’étonne des pro­pos dés­abusés, quand ce n’est hos­tiles, que profèrent con­tre l’esprit de Noël bien des gens de mon entourage, et plus volon­tiers les jeunes que les aînés. Pour ma part, j’ai tou­jours atten­du avec impa­tience le moment des pré­parat­ifs, la déco­ra­tion du sapin, puis le repas, les cadeaux. Enfant bien sûr, mais aujourd’hui encore.

Parking



Vien­tiane — Le soir venu, les moines du tem­ple de Chan­tanaburi louent leurs cours qui se trans­for­ment alors en park­ing. Le pré­posé installe son hamac à l’entrée, banche la musique tech­no et tout en guidant les voitures, joue aux cartes avec ses amis.