La femme de ménage, de retour de Londres où elle a rendu visite à sa soeur.
-J’ai adoré, mais tu sais… ils n’ont pas d’huile d’olive les pauvres!
Relativisme 2
Vitesse
Selon la vitesse des changements, il y a histoire ou politique. A Paris, les boutiques de tailleurs du Sentier cèdent la place à des ateliers de confection rapide, puis à des grossistes; peu à peu la zone réservée à la prostitution gagne du terrain, il y a histoire. L’ensemble des restaurants d’un quartier des faubourgs de Glasgow est fermé pour faire place à un centre commercial, il y a politique. Comment qualifier la vitesse de changement qui affecte nos sociétés?
Déchaînements
Les grands déchaînements de violence sont dû au refus d’affronter la réalité ou, ce qui revient au même, à l’acceptation de principes contre-nature. L’accumulation de frustration qui découle de ces attitudes déclenche puis alimente les violences. Leur direction politique ou sociale est secondaire, elle n’est que rationalisation a posteriori.
Parage
Ce débat lancinant, au repas, à l’apéritif, le soir, au petit-déjeuner: où allons-nous vivre? Gala proteste qu’elle n’aime pas entendre l’espagnol, que les gens d’Espagne sont dépourvus de curiosité, qu’il n’y a rien à faire… Mais quand je demande où elle veut aller, elle se tait. Elle évoque la Suisse, je refuse. La France? Qu’on ne me parle pas de cette société en processus de liquidation! Alors l’Allemagne? Pour Gala veut dire Munich. Parce qu’on peut y faire du vélo à plat et que les bavarois sont cordiaux. Une fois de plus, me voici donc devant l’ordinateur, triant des offres d’appartements. Obergiesing, Berg Am Laim, West-Schwabing. Surface de l’appartement? 60, 70, 80 m². Trop petit. Quand c’est assez grand, trop cher. Quand c’est à la bonne taille, au juste prix, la location est de six mois minimum. Nous cherchons alors dans les montagnes. En Haute-Savoie. Et qu’y voit-t-on? Des villageois qui ont investi à la va-vite dans des architectures médiocres pour toucher une rente à bon compte. Ou alors de bon gros chalets de madriers dans leur jus — à prix d’or. La vérité est que je ne veux aller nulle part. Qu’on me donne un endroit avec du bon air, des arbres, une vue, du soleil, peu d’hommes et aucune société.
Noria 3
Aux enfants j’ai remis le questionnaire que j’avais préparé l’an dernier pour de jeunes amis de Fribourg. Une demande de commentaires portant sur la perception de l’environnement. “A quelles choses t’intéresses-tu quand tu marches?” “Est-ce que tu entends les sons de la ville?” “La ville est-elle quelque chose de vivant (qui change, des immeubles apparaissent, disparaissent…)?” Des réponses amusantes. “Comment te représentes-tu l’espace autour de toi?” Luc répond: des murs. “Au-delà de la ville où tu habites, te représentes-tu le pays, le continent, la planète?” Aplo: Non, absolument pas. Ou encore: “Quelle appréhension (approche, sentiment…) as-tu des personnes avec qui tu partages cet espace (les autres piétons)?” Aplo toujours: Rien, je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas.
Noria 2
Les dialogues et les situations viennent spontanément, pas les personnages. Je peine à commencer par les personnages. Ils ne m’intéressent que pris au piège des situations ou forcés au dialogue. Comme je descendais à la plage pour y faire une promenade utile (Gala m’ayant reproché de sortir seul, j’ai expliqué qu’il s’agissait de résoudre une question de travail), c’est-à-dire obtenir une ébauche des faits à raconter, il m’a donc fallut trancher: allais-je écrire, ainsi que je le fais toujours (ce qui marche plus ou moins bien), à la première personne ou, ainsi que je le fais parfois (ce qui marche plutôt mal que bien), à la troisième personne? Mais je retombais sans cesse sur ce sentiment lié à ma faible capacité de projection: comment parler avec conviction de choses vécues à la troisième personne? Et puis toute la vision paranoïaque du personnage (qui dans les deux cas sera mon alter ego) se développe à partir de son observation à la jumelle, de l’intérieur de son appartement, de l’hôtel particulier bâti de l’autre côté de la rue. En même temps, je voyais bien les contraintes qu’exercerait sur le cours des événements le récit à la première personne. Le risque du solipsisme. Après avoir marché une demi-heure dans le sable, il a fallut s’asseoir. Ces questions doivent être tranchées dans la position assise. Ce qui a emporté la décision est la crainte de me retrouver, comme cela s’est produit en d’autres occasions, face à des personnages qui ne m’intéressent plus. Obligé dès lors à poursuivre mécaniquement ou renoncer à achever le récit. Et donc va pour le récit à la première personne!