Relativisme 2

La femme de ménage, de retour de Lon­dres où elle a ren­du vis­ite à sa soeur.
-J’ai adoré, mais tu sais… ils n’ont pas d’huile d’o­live les pauvres!

Relativisme

Un Espag­nol à qui vous deman­der le meilleur restau­rant , la meilleure boulan­gerie, le meilleur pois­son­nier. C’est le restau­rant, la boulan­gerie, le pois­son­nier le plus proche de chez lui. Ils sont meilleurs que tout autre parce qu’il les fréquente.

Style

Le style n’est que la maîtrise de moyens qui répon­dent à l’in­ten­tion esthé­tique; le style est absence de style.

Perfection

D’où vient cette nos­tal­gie de la per­fec­tion qui s’ex­prime dans des sen­sa­tions fugaces ou s’in­car­ne dans les fig­ures des rêves? Un instant, nous avons accès à l’u­nion mys­tique, à l’idéal féminin ou à la con­nais­sance absolue?

Vitesse

Selon la vitesse des change­ments, il y a his­toire ou poli­tique. A Paris, les bou­tiques de tailleurs du Sen­tier  cèdent la place à des ate­liers de con­fec­tion rapi­de, puis à des grossistes; peu à peu la zone réservée à la pros­ti­tu­tion gagne du ter­rain, il y a his­toire. L’ensem­ble des restau­rants d’un quarti­er des faubourgs de Glas­gow est fer­mé pour faire place à un cen­tre com­mer­cial, il y a poli­tique. Com­ment qual­i­fi­er la vitesse de change­ment qui affecte nos sociétés?

Déchaînements

Les grands déchaîne­ments de vio­lence sont dû au refus d’af­fron­ter la réal­ité ou, ce qui revient au même, à l’ac­cep­ta­tion de principes con­tre-nature. L’ac­cu­mu­la­tion de frus­tra­tion qui découle de ces atti­tudes déclenche puis ali­mente les vio­lences. Leur direc­tion poli­tique ou sociale est sec­ondaire, elle n’est que ratio­nal­i­sa­tion a posteriori.

Algérien

Mon col­lègue algérien me dit: “chez nous, quand un étranger vio­le, on le ren­voie chez lui… dans un cer­cueil”. Nous faisons autrement en Europe: nous impor­tons des étrangers et nous les met­tons en con­di­tion de vio­l­er. Une poli­tique nataliste.

Parage

Ce débat lanci­nant, au repas, à l’apéri­tif, le soir, au petit-déje­uner: où allons-nous vivre? Gala proteste qu’elle n’aime pas enten­dre l’es­pag­nol, que les gens d’Es­pagne sont dépourvus de curiosité, qu’il n’y a rien à faire… Mais quand je demande où elle veut aller, elle se tait. Elle évoque la Suisse, je refuse. La France? Qu’on ne me par­le pas de cette société en proces­sus de liq­ui­da­tion! Alors l’Alle­magne? Pour Gala veut dire Munich. Parce qu’on peut y faire du vélo à plat et que les bavarois sont cor­diaux. Une fois de plus, me voici donc devant l’or­di­na­teur, tri­ant des offres d’ap­parte­ments. Obergiesing, Berg Am Laim, West-Schwabing. Sur­face de l’ap­parte­ment? 60, 70, 80 m². Trop petit. Quand c’est assez grand, trop cher. Quand c’est à la bonne taille, au juste prix, la loca­tion est de six mois min­i­mum. Nous cher­chons alors dans les mon­tagnes. En Haute-Savoie. Et qu’y voit-t-on? Des vil­la­geois qui ont investi à la va-vite dans des archi­tec­tures médiocres pour touch­er une rente à bon compte. Ou alors de bon gros chalets de madri­ers dans leur jus — à prix d’or. La vérité est que je ne veux aller nulle part. Qu’on me donne un endroit avec du bon air, des arbres, une vue, du soleil, peu d’hommes et aucune société.

Noria 3

Aux enfants j’ai remis le ques­tion­naire que j’avais pré­paré l’an dernier pour de jeunes amis de Fri­bourg. Une demande de com­men­taires por­tant sur la per­cep­tion de l’en­vi­ron­nement. “A quelles choses t’in­téress­es-tu quand tu march­es?” “Est-ce que tu entends les sons de la ville?” “La ville est-elle quelque chose de vivant (qui change, des immeubles appa­rais­sent, dis­parais­sent…)?” Des répons­es amu­santes. “Com­ment te représentes-tu l’e­space autour de toi?” Luc répond: des murs. “Au-delà de la ville où tu habites, te représentes-tu le pays, le con­ti­nent, la planète?” Aplo: Non, absol­u­ment pas. Ou encore: “Quelle appréhen­sion (approche, sen­ti­ment…) as-tu des per­son­nes avec qui tu partages cet espace (les autres pié­tons)?” Aplo tou­jours: Rien, je ne les con­nais pas, ils ne me con­nais­sent pas.

Noria 2

Les dia­logues et les sit­u­a­tions vien­nent spon­tané­ment, pas les per­son­nages. Je peine à com­mencer par les per­son­nages. Ils ne m’in­téressent que pris au piège des sit­u­a­tions ou for­cés au dia­logue. Comme je descendais à la plage pour y faire une prom­e­nade utile (Gala m’ayant reproché de sor­tir seul, j’ai expliqué qu’il s’agis­sait de résoudre une ques­tion de tra­vail), c’est-à-dire obtenir une ébauche des faits à racon­ter, il m’a donc fal­lut tranch­er: allais-je écrire, ain­si que je le fais tou­jours (ce qui marche plus ou moins bien), à la pre­mière per­son­ne ou, ain­si que je le fais par­fois (ce qui marche plutôt mal que bien), à la troisième per­son­ne? Mais je retombais sans cesse sur ce sen­ti­ment lié à ma faible capac­ité de pro­jec­tion: com­ment par­ler avec con­vic­tion de choses vécues à la troisième per­son­ne? Et puis toute la vision para­noïaque du per­son­nage (qui dans les deux cas sera mon alter ego) se développe à par­tir de son obser­va­tion à la jumelle, de l’in­térieur de son apparte­ment, de l’hô­tel par­ti­c­uli­er bâti de l’autre côté de la rue. En même temps, je voy­ais bien les con­traintes qu’ex­ercerait sur le cours des événe­ments le réc­it à la pre­mière per­son­ne. Le risque du solip­sisme. Après avoir marché une demi-heure dans le sable, il a fal­lut s’asseoir. Ces ques­tions doivent être tranchées dans la posi­tion assise. Ce qui a emporté la déci­sion est la crainte de me retrou­ver, comme cela s’est pro­duit en d’autres occa­sions, face à des per­son­nages qui ne m’in­téressent plus. Obligé dès lors à pour­suiv­re mécanique­ment ou renon­cer à achev­er le réc­it. Et donc va pour le réc­it à la pre­mière personne!