En route pour l’Aragon

Pour un Espag­nol, être autre c’est faire la même chose autrement.

Destroyer

Si j’en­reg­is­trais de la tech­no, j’aimerais attein­dre par la même ironie cri­tique au degré de néga­tiv­ité d’un Destroy­er dans Musi­cal Trashcan.

Terrorisme

La guerre au fan­tasme. Ter­ror­iste par exem­ple. Je ne dis pas que ces demi-fous n’ex­is­tent pas, qu’ils ne sèment pas la mort. Je dis que l’essen­tiel pour les tireurs de ficelles est le poten­tiel fan­tas­ma­tique du ter­ror­iste. Pour faire la guerre, il faut des moyens et ces moyens, ven­du par les tireurs de ficelle, sont fac­turés au peu­ple. Et puis une fan­tasme, ça aveu­gle. Com­bi­nai­son gagnante.

Les maîtres

“Il n’y a pas de maîtres! Il ne doit pas y avoir de maîtres! Le peu­ple doit choisir son des­tin!”, dis­ent les maîtres. Puis ils vont en coulisse et pren­nent les décisions.

Bar

Cinquième étage de l’Hô­tel. Le bar vit­ré donne sur l’aéro­port. Un cou­ple devant moi. En gris. Solide gail­lard de cinquante ans et sa femme, non sans lour­deurs. Il sont assis face à l’écran de télévi­sion qui dif­fuse les résul­tats du crick­et. Et silen­cieux. Résul­tats du foot­ball, silen­cieux. Nou­velles poli­tiques, silen­cieux. Vieux cou­ple, me dis-je. Puis la femme se tourne vers son gail­lard et lui par­le mains devant. Ils sont muets.

Oxymores

Nous pen­sons la lib­erté, nous pen­sons l’ab­sence de lib­erté. Ou du moins, nous croyons le faire. En réal­ité, nous ne pou­vons ni penser la lib­erté ni penser l’ab­sence de lib­erté. Ce que nous faisons c’est ressen­tir l’ab­sence d’un état que nous nom­mons lib­erté. Là encore, une con­tra­dic­tion: com­ment ressen­tir l’ab­sence de quelque chose dont nous ignorons tout? Et si l’on dis­ait que la mort est la lib­erté? Que l’ab­sence de toute con­tra­dic­tion saisie par la pen­sée et ressen­tie par le corps est la lib­erté? Si l’on dis­ait que la lib­erté est l’ab­sence de contradiction?

Londres (fin)

L’hô­tel où nous logeons à Southend présente les avan­tages courants d’un qua­tre étoiles et un avan­tage spé­ci­fique: il est à côté d’un mag­a­sin de sport. Rai­son prin­ci­pale de son choix. Mais après avoir rem­pli la valise de gants de boxe, de chaus­sures à coques, de shorts et de chaus­settes, il restait à faire quelque chose d’in­tel­li­gent. Par exem­ple ce que font des touristes bien élevés, se ren­dre à la Tate Gallery. Nous avons longue­ment hésité. Le train, le métro… La cohue. Nous nous sommes décidés. N’é­tions-nous pas dimanche? A peine débar­qués à Strat­ford, nous voyons notre erreur. Même désor­dre hal­lu­ciné des corps que le soir du con­cert. Que dis-je? Pire! Car, fêtes de Noël oblige, c’est un dimanche ouvrable. Toute la ban­lieue se répand dans la gare et part à la con­quête des galeries com­merçantes. Haut le cœur instan­ta­né. Je fais signe à Gala. Avec cette boule au ven­tre, je ne vois pas com­ment je trou­verai la disponi­bil­ité d’e­sprit pour con­tem­pler de la pein­ture. Et nous ren­trons. Deux heures de train, voilà notre dimanche.

O2-Arena 4

Le dimanche 11 décem­bre se pro­dui­sait sur une des scènes du O2-Are­na le groupe de hard­core new-yorkais Every Time I Die. Com­ment font les punks lorsqu’il passe entre les pan­neaux de détec­tion.
-Mon­sieur le punk, pou­vez-vous me garan­tir que vos chaînes en métal sont en tissu?

Effets spéciaux

Dans un super­marché de Southend j’achète une brosse à dents élec­trique. La moin­dre de ses ver­tus n’est pas de repro­duire au con­tact avec la bouche le bruit d’un avion à hélices roulant sur le tar­mac avec toutes les nuances liées à l’ori­en­ta­tion et à la force du vent. Cet effet spé­cial qui ne fig­ure pas par­mi les qual­ités van­tées du pro­duit rap­pelle que le hasard fait bien les choses, ce qu’a décou­vert, il m’en sou­vient, le réal­isa­teur Jack Arnold, auteur en 1957 du film L’homme qui rétréc­it  — film inspiré du roman du même nom de ce grand auteur d’épou­vante qu’est Richard Math­e­son (la mai­son des damnés!) — quand, ne sachant com­ment don­ner l’il­lu­sion que les gouttes de pluie qui s’a­bat­taient sur la tête d’un Grant Williams rétré­ci étaient de taille anor­males, s’est vu pro­posé par un ouvri­er présent sur le plateau de tour­nage une capote qu’il sug­gérait de rem­plir d’eau.

O2-Arena 3

La ques­tion est alors de savoir s’il l’on con­sent à une série impor­tante et, sem­ble-t-il poten­tielle­ment crois­sante, de sac­ri­fices pour partager un moment de grâce. Si l’on s’en­gage dans ce pari pour être plus exact, car la grâce, moment supérieur, n’est jamais offerte en principe, mais réservée et dis­tribuée au hasard. Pour moi, la réponse est non. Ce con­cert mag­nifique don­né par Richard Aschcroft dans une ville de Lon­dres amon­celée d’ob­sta­cles, mon esprit ne peut y ten­dre sachant ce que le corps aura à endur­er. Ajou­tons que l’artiste qui occu­pait ce ven­dre­di 9 décem­bre 2016 la scène de l’O2-Are­na a, lui, don­né à cette même ques­tion, la réponse inverse. Il a survécu en tant qu’artiste à la sépa­ra­tion de The Verve, survécu en tant qu’homme aux rav­ages de la drogues et, fran­chissant un à un les obsta­cles, il s’est présen­té avec un micro devant sept mille per­son­nes. Rédemp­tion et trans­fig­u­ra­tion. Si la grâce est le fruit de la souf­france, le vocab­u­laire de la reli­gion est le mieux adap­té pour exprimer les con­di­tions bru­tales de la moder­nité en phase d’auto-destruction.