En route pour la Navarre

Dans les con­tre­forts pyrénéens, der­rière deux mon­tagnes de sap­ins, Agrabue. Don Gabriel Gon­za­lez de Aragon Ramirez de Espara fait la vis­ite. La mai­son de pierre est au cœur du vil­lage, la porte basse, le soleil frais. Nous entrons. Une pre­mière pièce amé­nagée dans la grange à foin est tra­ver­sée de lour­des solives. Un poêle de tôle rumine.
-Je suis désolé pour les pho­tos, me dit le pro­prié­taire.
-Elle sont excel­lentes.
-Oui.
Je tâte les meubles de planch­es.
-Vous savez, je n’ai pas besoin d’une cui­sine d’ex­po­si­tion.
Nous cir­cu­lons dans les étages. Il y en a deux. En par­tie basse, les cham­bre. Des lits de fer, des madones dans leurs cadres, une chaudière de cuiv­re. L’escalier est bon. Bois et car­relage. Le jardin étroit a son herbe et un arbre. Sur les toits alen­tour, les chem­inées ron­des typ­iques de la région. L’une d’elle sur­mon­tée d’une croix, l’autre d’un crâne. Appuyé à la bar­rière qui mar­que la lim­ite du jardin, je regarde l’église. Sa tour car­rée domine le vil­lage. Puis nous mar­chons dans des rues pavées et rebondies. Les maisons de pierre gris­es sont petites, fortes, belles. De la fumée s’échappe dans le ciel. Com­bi­en d’habi­tants. Vingt-huit. Je cherche la riv­ière. Elle coule juste là, à quelques pas de la place prin­ci­pale. Lit large, maquil­lé de galets. Une femme bêche un potager. De gross­es mottes de terre noire. Des cloches réson­nent. Je lève les yeux. Le trou­peau est éparpil­lé dans la hau­teur. Il broute des sen­tiers accrochés à la mon­tagne. La mai­son a un nom, Casa Nieves. 
 

En route pour l’Aragon

Pour un Espag­nol, être autre c’est faire la même chose autrement.

Destroyer

Si j’en­reg­is­trais de la tech­no, j’aimerais attein­dre par la même ironie cri­tique au degré de néga­tiv­ité d’un Destroy­er dans Musi­cal Trashcan.

Terrorisme

La guerre au fan­tasme. Ter­ror­iste par exem­ple. Je ne dis pas que ces demi-fous n’ex­is­tent pas, qu’ils ne sèment pas la mort. Je dis que l’essen­tiel pour les tireurs de ficelles est le poten­tiel fan­tas­ma­tique du ter­ror­iste. Pour faire la guerre, il faut des moyens et ces moyens, ven­du par les tireurs de ficelle, sont fac­turés au peu­ple. Et puis une fan­tasme, ça aveu­gle. Com­bi­nai­son gagnante.

Les maîtres

“Il n’y a pas de maîtres! Il ne doit pas y avoir de maîtres! Le peu­ple doit choisir son des­tin!”, dis­ent les maîtres. Puis ils vont en coulisse et pren­nent les décisions.

Bar

Cinquième étage de l’Hô­tel. Le bar vit­ré donne sur l’aéro­port. Un cou­ple devant moi. En gris. Solide gail­lard de cinquante ans et sa femme, non sans lour­deurs. Il sont assis face à l’écran de télévi­sion qui dif­fuse les résul­tats du crick­et. Et silen­cieux. Résul­tats du foot­ball, silen­cieux. Nou­velles poli­tiques, silen­cieux. Vieux cou­ple, me dis-je. Puis la femme se tourne vers son gail­lard et lui par­le mains devant. Ils sont muets.

Oxymores

Nous pen­sons la lib­erté, nous pen­sons l’ab­sence de lib­erté. Ou du moins, nous croyons le faire. En réal­ité, nous ne pou­vons ni penser la lib­erté ni penser l’ab­sence de lib­erté. Ce que nous faisons c’est ressen­tir l’ab­sence d’un état que nous nom­mons lib­erté. Là encore, une con­tra­dic­tion: com­ment ressen­tir l’ab­sence de quelque chose dont nous ignorons tout? Et si l’on dis­ait que la mort est la lib­erté? Que l’ab­sence de toute con­tra­dic­tion saisie par la pen­sée et ressen­tie par le corps est la lib­erté? Si l’on dis­ait que la lib­erté est l’ab­sence de contradiction?

Londres (fin)

L’hô­tel où nous logeons à Southend présente les avan­tages courants d’un qua­tre étoiles et un avan­tage spé­ci­fique: il est à côté d’un mag­a­sin de sport. Rai­son prin­ci­pale de son choix. Mais après avoir rem­pli la valise de gants de boxe, de chaus­sures à coques, de shorts et de chaus­settes, il restait à faire quelque chose d’in­tel­li­gent. Par exem­ple ce que font des touristes bien élevés, se ren­dre à la Tate Gallery. Nous avons longue­ment hésité. Le train, le métro… La cohue. Nous nous sommes décidés. N’é­tions-nous pas dimanche? A peine débar­qués à Strat­ford, nous voyons notre erreur. Même désor­dre hal­lu­ciné des corps que le soir du con­cert. Que dis-je? Pire! Car, fêtes de Noël oblige, c’est un dimanche ouvrable. Toute la ban­lieue se répand dans la gare et part à la con­quête des galeries com­merçantes. Haut le cœur instan­ta­né. Je fais signe à Gala. Avec cette boule au ven­tre, je ne vois pas com­ment je trou­verai la disponi­bil­ité d’e­sprit pour con­tem­pler de la pein­ture. Et nous ren­trons. Deux heures de train, voilà notre dimanche.

O2-Arena 4

Le dimanche 11 décem­bre se pro­dui­sait sur une des scènes du O2-Are­na le groupe de hard­core new-yorkais Every Time I Die. Com­ment font les punks lorsqu’il passe entre les pan­neaux de détec­tion.
-Mon­sieur le punk, pou­vez-vous me garan­tir que vos chaînes en métal sont en tissu?

Effets spéciaux

Dans un super­marché de Southend j’achète une brosse à dents élec­trique. La moin­dre de ses ver­tus n’est pas de repro­duire au con­tact avec la bouche le bruit d’un avion à hélices roulant sur le tar­mac avec toutes les nuances liées à l’ori­en­ta­tion et à la force du vent. Cet effet spé­cial qui ne fig­ure pas par­mi les qual­ités van­tées du pro­duit rap­pelle que le hasard fait bien les choses, ce qu’a décou­vert, il m’en sou­vient, le réal­isa­teur Jack Arnold, auteur en 1957 du film L’homme qui rétréc­it  — film inspiré du roman du même nom de ce grand auteur d’épou­vante qu’est Richard Math­e­son (la mai­son des damnés!) — quand, ne sachant com­ment don­ner l’il­lu­sion que les gouttes de pluie qui s’a­bat­taient sur la tête d’un Grant Williams rétré­ci étaient de taille anor­males, s’est vu pro­posé par un ouvri­er présent sur le plateau de tour­nage une capote qu’il sug­gérait de rem­plir d’eau.