Mer

Ce qu’on a sans cesse sous les yeux perd son pou­voir d’at­trac­tion. La mer par exem­ple. Moi qui me jette à l’eau dès que j’aperçois un régime de vagues, main­tenant qu’elle est devant ma ter­rasse, c’est tout juste si je m’y baigne. Ce qui inter­roge sur l’heureuse longévité de cer­tains mariages. 

Acteurs

Deux acteurs géni­aux de ce début de siè­cle, cha­cun dans sa caté­gorie, Jake Gyl­len­haal (Pris­on­ers, Jar­head, Demo­li­tion) et Emnanuel Macron (gen­dre idéal, ban­quier privé, tech­ni­cien postlibéral).

Nubile

Cette fille, petite, jeune, sou­ple. Elle ne sourit pas. Sauf quand on lui par­le. Alors, elle s’al­lume. Ses yeux bleus vous cherchent, elle rit, hausse les sour­cils, s’é­tonne, par­le, écoute, par­le encore. Puis revient à elle-même. Plus un signe, plus un mot. Comme si le monde, avant que vous ne lui adressiez la parole et après que vous l’ayez fait, n’ex­is­tait pas.

Exposition

Cha­cun racon­te ce qui lui arrive. Y com­pris et surtout s’il ne lui arrive rien — ce qui est mon cas.

Besoins

A quoi sert la déduc­tion? Pas en sci­ences ou en philoso­phie, au quo­ti­di­en? A élim­in­er l’im­prob­a­ble. Ce qui per­met de mieux se con­cen­tr­er sur le prob­lème. Donc je suis dans ma cui­sine. En Espagne, les cuisines don­nent sur des patios. En face, une fenêtre. Pas n’im­porte laque­lle, celle d’un chiotte. Et les gens défi­lent. Pen­dant que je fait rous­sir mon poulpe, je vois défilé des pis­seux et des caceux — pré­cisons: avec un cer­tain flou puisque la vit­re est tavelée. Je me déporte, m’in­téresse à la poêle. Mais force est de revenir à la fenêtre, elle s’ou­vre au-dessus de l’évi­er. Or, il y a quelqu’un. Et ce quelqu’un par­ti, il en vient un autre. Et c’est là qu’in­ter­vient la déduc­tion. Laque­lle échoue. Car enfin, soit j’ai affaire à une famille très nom­breuse soit il s’ag­it d’un bureau et tous les secré­taires ont leurs règles (il ne s’ag­it pas d’un bureau). Mais alors? Une secte? Une loca­tion pour tour­nage de gonzos pornos?

Mieux

Un mot gen­til de votre femme et tout va mieux. Non pas que ça aille mal, mais enfin tout va mieux.

Torrents

Je note ceci pour m’as­sur­er que je ne me paie pas de mots: tan­tôt, je cherche au cat­a­logue des films à pirater, pra­tique qua­si quo­ti­di­enne. Soudain, je recon­nais le titre du film qui m’in­téresse alors que je le décou­vre à l’in­stant. Aus­sitôt s’en­suit une série d’im­ages rêvées: elles me mon­trent dans cet apparte­ment, au salon, devant le grand écran, jus­ti­fi­ant le piratage auprès des policiers qui vien­nent de faire irrup­tion, expli­quant à Gala, “mais enfin, en Espagne cela était tout à fait improb­a­ble!” Or, ces images, je les ai rêvées il y a six mois, je les ai rêvées bien avant que je vis­ite l’appartement.

Absurde

Génial, tor­du, et aber­rant, et ridicule, de l’avenir trans­for­mé en présent à la vitesse de la lumière, Michel Onfray annonce la sor­tie  à la date de valid­ité d’un livre qu’il n’a pas com­mencé à écrire et pour cause, il traite des six pre­miers mois d’Em­manuel Macron, lequel n’a pas encore pris ses fonc­tions… Mais je n’ai pas com­pris! Voilà qu’il annonce la couleur: le titre sera Zéro de con­duite.
-Donc vous savez déjà ce que vous en pensez? Demande la jour­nal­iste.
-Oui, bien sûr. Mais enfin, s’il y a lieu de démen­tir, je le ferai, je n’ai jamais craint de me tromper.

Labeurs

Aplo appelle sur le portable suisse. Je fouille mon bureau. La son­ner­ie vient de là, de ce fond de car­ton. J’ai oublié de trans­met­tre le sujet de dis­ser­ta­tion heb­do­madaire! Je m’ex­cuse: à rai­son de sept heures d’écri­t­ure par jour, j’ai la tête dans les choux (sauf un soir sur deux, au com­bat, où j’ai la tête dans le casque).
“Ah, ah, ah!, écrit Aplo, ne deviens pas fou!”
S’il savait ce que je traite (le monisme matéri­al­iste et les tech­no-prophètes des inter­faces cerveaux-machine), il renchéri­rait! En atten­dant, sur le pouce, je fab­rique son pen­sum: “Expliquez en quoi la notion d’ab­surde dans L’é­tranger de Camus et Huis-clos de Sartre… vous vous appuy­erez pour cela sur des exemples…”

Soleil

Mon­a­mi est fasciné par la physique du soleil. J’ad­mire et je m’a­muse car je ne songe jamais au soleil qu’en tant qu’ob­jet poé­tique et mystique.