Yoga

La semaine dernière, je vais faire du yoga. Dans le principe, rien qui ne m’in­sup­porte plus. C’est tout à fait con­traire à mon esprit, mes formes, mes blocages — et ces derniers sont innom­brables — pire, je ne tiens pas du tout à être déblo­qué (au même motif, ma défi­ance envers la psy­ch­analyse). Bref, je prends la pos­ture, je me glisse dans le rôle et dans l’onde, je m’ini­tie au courant. Comme je suis, en ce moment un être per­du, une pau­vre homme de cinquante ans sans femme qui essaie de tenir la tête hors de l’eau, au moment où la sauce prend (je par­le du yoga), je me redresse cerveau en main et appa­raît… un chou. Un joli chou blanc et vert, d’un poids cer­tain, dis­ons deux kilos comme un gros bébé. Il est au Mex­ique, à Xala­pa, au milieu d’une société de légumes et dans ma vision, je vois que ce sont, ces légumes, les pro­tégés de Tol­do, mon ami qui a crée dans la couronne de la cap­i­tale des fer­mes biologiques et, tou­jours dans cette ouate minus­cule que pro­duit l’hyp­nose légère du yoga, je me dis: “Alexan­dre, c’est là que tu dois aller! Tol­do va te faire une faveur, il va te remet­tre entre les mains du chef des péons qui t’en­seign­era à cul­tiv­er ces légumes for­mi­da­bles, sains comme le paradis!”

Luyckx

Enon­cé par Marc Luy­ckx Ghisi, ce pro­pos fasci­nant qui m’as­somme et je pré­cise, de pareil effet de lumière suite à une asser­tion idéologique je n’ai que deux, au plus trois expéri­ences dans ma vie, laque­lle n’est déjà plus si courte: “ce n’est pas l’al­go­rithme mais le choix de valeurs qui est der­rière qui compte”.

Changement d’heure

Il me sem­ble que j’au­rais besoin de tomber malade. Un peu comme on grimpe sur une échelle pour chang­er l’heure en mod­i­fi­ant la posi­tion des aigu­illes. Au fond du lit, l’homme grelotte, perd ses par­a­sites et cherche la lumière. Lorsqu’il se relève, c’est l’heure zéro, il relève le menton.

Grand livre

Le grand livre, pen­sé-je, impos­si­ble à faire ou presque pour la rai­son que je dirai, est celui qui mon­tr­era le rétré­cisse­ment de la vie biologique et morale de l’homme occi­den­tal, et c’est que (voici la rai­son) il faudrait pour illus­tr­er l’his­toire de ce déficit avoir appartenu à deux voire trois généra­tions dévi­dant ain­si une pelote d’ex­péri­ences qui rendraient le fait incontestable.

María Zambrano

En atten­dant le train pour Madrid, je rôde autour de la gare de María Zam­bra­no, sur­pris de retrou­ver autour de cette des­ti­na­tion l’am­biance qui tant de fois m’a accueil­lie lorsque j’ar­rivais à Mala­ga; j’avais oublié, main­tenant que j’y accoure en voisin, les odeurs de café, le mar­bre clair de la prom­e­nade, les per­ro­quets dans les palmiers ou encore les effluves d’eau de Cologne au bas des immeubles de bureaux, toutes ces impres­sions liées à un quarti­er qui fut longtemps mon point d’en­trée dans la ville.

Sortir

“Quand j’ai com­mencé à sor­tir, il y a quelques années… “, dit cet homme qui va sur les soix­ante ans.

Sans fin

Extra­or­di­naire puis­sance com­bi­na­toire de la langue qui per­met de par­ler sans fin de rien ou de presque rien.

Travail

Partout dans le monde des gens sim­ples, hon­nêtes, par­lent d’ar­gent, le visu­alisent, en tas, se deman­dent “com­ment, mais com­ment font-ils ?” et ce “ils” en dit long sur leur incom­préhen­sion, sur la dis­tance absolue entre le lieu actuel de la con­ver­sa­tion et le tas d’ar­gent, à leurs yeux une image de la for­tune, et alors qu’ils retour­nent au tra­vail dont ils venaient avant de com­mencer la con­ver­sa­tion, ils pensent encore à ce tas con­statant jour après jour avec dépit que leur tra­vail ne les en rap­proche pas d’un centimètre.

Courageux

Ces courageux qui après que vous avez fait votre choix et subit ses con­séquences affir­ment péremp­toires: “j’ai tout de suite vu qu’il en serait ainsi!”

Reconnaissance

Mon­frère de retour d’un repas en soirée chez des amis : “c’é­tait ennuyeux, j’ai préféré jouer avec les enfants!” Ce qui me vaut la nuit venue de nom­mer en rêve, un à un, tous les cama­rades d’é­cole et de jeux que j’ai fréquen­té depuis l’âge de douze ans. Leurs por­traits appa­rais­sent, je nomme. Puis ceux de l’ado­les­cence, de l’u­ni­ver­sité et de Mex­i­co, quelques autres enfin, con­nus à Fri­bourg il y a trois ans. Par exem­ple, des pho­togra­phies pris­es lors d’une fête tenue en 1986 appa­rais­sent et j’i­den­ti­fie les vis­ages dont celui de ce Français que je n’ai croisé qu’une fois dans ma vie, ce soir-là.