Obsession

Tous les jours du Gua­camole. Du Gua­camole, encore du Guacamole.

Z.

Travis, le per­son­nage homo­sex­uel de mon livre Forde­troit, apprenant mon départ pour le Mex­ique a dit : “ma soeur vit à Zipo­lite”. J’ig­no­rais que cette plage se trou­vait à une encâblure de Puer­to Ángel. Nous y sommes allés ce soir. De vieux Améri­cains promè­nent leur sexe bagué en fix­ant l’hori­zon, des les­bi­ennes à cheveux bleus roulent des patins, les Mex­i­cains regar­dent ou imi­tent, “et cela, déclare notre chauf­feur, ce sont les pré­parat­ifs pour le fes­ti­val de la nudité”.

Puerto Ángel 2

Etrange sen­sa­tion à la pen­sée que l’Alle­mand chez qui j’ai logé en hamac pen­dant une semaine, avec l’écrivain O.T., il y a de cela quar­ante ans, l’Alle­mand qui venait de s’établir, pren­dre une épouse indi­enne et menait à bien le chantier de con­struc­tion de sa future la Guest house est mort depuis longtemps.

Puerto Ángel

Hôtel de bois enfoui dans les feuil­lages, poules, coqs, chiens, leur con­cert noc­turne, inter­minable et dès l’aube un per­ro­quet qui crie (mille fois): “Mama!”.

Deux temps

Trois jours que nous prenons le petit-déje­uner dans le même étab­lisse­ment du marché cou­vert. Main­tenant que nos sacs sont chargés dans le colec­ti­vo pour Puer­to Escon­di­do, que le chauf­feur démarre, le garçon du Zasayam appelle par télé­phone, explique que le pre­mier jour il a eu un prob­lème avec son ter­mi­nal, que la carte de crédit n’a pas fonc­tion­né, que ce serait bien si nous pou­vions pass­er le pay­er (il y a seule­ment dix min­utes, nous étions devant lui).

A la nuit

Aplo fasciné par un garçon de dix ans qui niché dans le creux d’un arbre fait ses devoirs à la lumière d’un réver­bère tan­dis que la fête bat son plein devant la cathé­drale avec un défilé des morts, des sec­tions de tam­bour, des Mari­achis et des feux d’artifice.

Oaxaca

Le long de la route en cré­mail­lère qui con­duit à Monte Alban, un pan­neau vante les ser­vices que pro­pose le bidonville accroché à la mon­tagne, entre autres : chaman­isme toltèque, dia­logue avec les anges, sexothérapie libre et cet extra­or­di­naire « réflex­ion T.V. ». Notre bus est bleu. Sans fenêtres. A bord quelques touristes européens et une famille mex­i­caine. La dernière fois que je suis venu sur le site zapotèque, j’avais dix-huit ans. L’écrivain O.T. arrivait de New-York, nous fai­sions escale à Oax­a­ca avant de rejoin­dre Puer­to Ángel sur le Paci­fique. C’est le même pro­gramme que j’ai choisi pour Aplo. Puis une descente en direc­tion du Guatemala. Du haut des pyra­mides, nous regar­dons la ville. Depuis quar­ante ans, elle n’a pas beau­coup changé. Tapis de con­struc­tion inachevées qui pointent leurs fers tor­dus vers le ciel. Chaos tran­quille. Image des aggloméra­tions mex­i­caines dès que l’on quitte les quartiers bâtis par les Espag­nols ou les pôles de com­merce inspirés des Etats-Unis. En soirée, bière et rhum dans une can­ti­na et achat d’un nou­veau portable (le mien clig­note et s’éteint, et se ral­lume). Au vendeur, je dis : « je vous le prends à con­di­tion que vous trans­fériez tout le con­tenu de mon ancien appareil ». Mal m’en prend : quelques heures après la manip­u­la­tion, mes comptes son inac­ces­si­bles, mes pho­tos tombées dans un trou noir, mes codes volatil­isés enfin je m’aperçois que le vendeur, dis­trait, à gardé mon char­i­ot de cartes SIM.

Plaza Revolución

Depuis l’an dernier le récep­tion­niste pro­to­co­laire a cessé de reni­fler et s’il est tou­jours engoncé dans son costard trop grand sous le ven­ti­la­teur d’air con­di­tion­né, il est plus à l’aise, moins robo­t­ique, moins novice. La tête dans l’écran il nous fait dire nos prénoms, les note, les noms, les note, con­firme les cham­bre King (fenêtres sur l’ex­térieur) et une fois jetés les sacs à dos sur nos lits nous rejoignons par la rue des pros­ti­tuées le métro Rev­olu­ción pour dîn­er de Que­sadil­las avec les pas­sagers du bus de nuit D.F‑Oaxaca.

Che

Sur la rangée de trois sièges, à mon côté, un cou­ple qui lit. Quand je rem­poche ma tablette de lec­ture (la même que la leur), la con­ver­sa­tion s’en­gage. Ils arrivent d’An­gleterre après avoir été évac­ués de Tan­zanie par leur ambas­sade. Là-bas, ils enseignaient l’anglais aux Africains. “Est-ce que j’ai enten­du par­ler du coup d’é­tat et des vio­lences qui se sont abattues sur le pays?”. — Non. “Per­son­ne n’en a enten­du par­ler, con­firme Andrew, la pop­u­la­tion a dix-huit ans, c’est nulle part, cela n’in­téresse pas”. Puis il ajoute: “ensuite nous avons fait l’as­cen­sion du Kil­i­mand­jaro”. Sur mon télé­phone s’af­fiche le dra­peau européen frap­pé de la croix gam­mée. Osten­si­ble­ment, l’Anglais sort de sa pochette de siège un livre de Che Gue­vara (que j’ai aus­si lu). Pour enchaîn­er sur les tablettes et le con­fort de lec­ture de l’écran noir-blanc (et éviter le Che), je dis: “Sais-tu qu’en France, avant la mode anglo-sax­onne, les pre­mière pages des livres n’é­taient jamais col­orées, que c’est un truc d’Amérique?”. Quand j’au­rais pu dire: “Sais-tu que ce surnom de Ché vient de la Gruyères fri­bour­geoise (ce que je viens d’ap­pren­dre en réal­isant le Petit dic­tio­n­naire du Romand), mais alors il aurait fal­lu par­ler de l’homme à barbe.

Benito-Suarez

Aplo et moi voy­a­geons sur deux vols dis­tincts; j’ai pris mon bil­let en juin, le jour de sa mise en vente, il ne s’est décidé qu’à l’au­tomne. J’at­ter­ris le pre­mier dans la cap­i­tale mex­i­caine, m’in­stalle dans un bar tous publics, aus­sitôt saisi par l’am­biance, un man­ag­er à crête qui accueille un groupe punk de Tijua­na (logos sur les vestes de cuir), une famille des beaux quartiers qui s’empiffre de tacos et au ser­vice sept jeunes en uni­forme le sourire jusqu’aux oreilles quand ils ne sont pas morts de rire qui me ser­vent à tour de rôle des Doble XX, appor­tent les limes découpées et la salière .