Sur la rangée de trois sièges, à mon côté, un couple qui lit. Quand je rempoche ma tablette de lecture (la même que la leur), la conversation s’engage. Ils arrivent d’Angleterre après avoir été évacués de Tanzanie par leur ambassade. Là-bas, ils enseignaient l’anglais aux Africains. “Est-ce que j’ai entendu parler du coup d’état et des violences qui se sont abattues sur le pays?”. — Non. “Personne n’en a entendu parler, confirme Andrew, la population a dix-huit ans, c’est nulle part, cela n’intéresse pas”. Puis il ajoute: “ensuite nous avons fait l’ascension du Kilimandjaro”. Sur mon téléphone s’affiche le drapeau européen frappé de la croix gammée. Ostensiblement, l’Anglais sort de sa pochette de siège un livre de Che Guevara (que j’ai aussi lu). Pour enchaîner sur les tablettes et le confort de lecture de l’écran noir-blanc (et éviter le Che), je dis: “Sais-tu qu’en France, avant la mode anglo-saxonne, les première pages des livres n’étaient jamais colorées, que c’est un truc d’Amérique?”. Quand j’aurais pu dire: “Sais-tu que ce surnom de Ché vient de la Gruyères fribourgeoise (ce que je viens d’apprendre en réalisant le Petit dictionnaire du Romand), mais alors il aurait fallu parler de l’homme à barbe.