Le vrai problème aujourd’hui, théorique, car je ne vois pas que l’on puisse faire mieux que d’accompagner le phénomène, est la dissociation factuelle des mondes confrontée à l’acharnement du pouvoir à demeurer monopole. Ce mouvement contradictoire, centripète et centrifuge, devrait être le motif d’étude central des chercheurs en cybernétique. Reste à trouver le chemin du réel pour asseoir une solution humaine.
Futur
Nous aurons un monde rénové, plus lent, filé, beau. Le cerveau, exponentiel, plastique, enveloppera et développera le corps de lieu en lieu. Ce futur, déjà théorisé, aujourd’hui privé de représentations mentales satisfaisantes tenus que nous sommes pour quelques années encore par les idées conscientes de vie et de mort, n’informera la matière sociale qu’après une guerre d’extermination (dont les causes sont sans rapport avec le projet) le personnel technoscientifique prévoyant de réaliser la mutation sur, au plus, quelques milliers s’agents.
Château
Ni grèves de la faim ni grèves du travail ni grèves spéciales, une grève de l’existence; chacun, en tout honneur, et splendide, traîne durant une ou deux semaines, reste chez lui, mange ses fonds d’armoire, laisse sa voiture sur place, éteint son téléphone. Bon début. Assez de ce château de cartes!
Proverbes
A quand une commission de réforme des proverbes? “Nul n’est prophète en son pays” — l’exemple, il est vrai, est facile: il y a le mot pays. Poursuivons: tout alignement des actes d’un individu, aussi médiocres soient-il, sur le modèle révéré, prétendu universel, dès lors qu’il n’appartient pas à la société instigatrice du modèle, vaudra à son auteur un distinction, ce qui mesure l’effet dévastateur de la norme d’empire. Proverbes liés au comportement, à la probité, à la ruse, proverbes autres, enracinés et ici promus, après déracinement, parangons.
Futurs simples
La simplification active de nos futurs politiques étant, selon le phénomène de l’effet-boomerang, fondée sur l’imaginaire pauvre des parias européens qui, sectaires ou délinquants, fondèrent les Etats-Unis d’ Amérique, la logique voudrait que les éléments les plus réactionnaires de l’Europe dégénérée (je m’inscris), trois siècles après les colonies débutantes, dégoûtés, émigrent a leur tour afin de prendre sur un mode maffieux et dans un esprit nihiliste, les rênes d’un réseau de pouvoir marginal, n’importe lequel, dans les villes américaines en déliquescence, et je pensais dans l’immédiat, compte tenu de ma maigre expérience des souterrains de l’Amérique, à mettre mes moyens intellectuels au service d’un gang de nègres dealers à Detroit dans Petosky-Otsego.
Navarre
Huit heures de route pour reconduire les enfants à Bilbao. Pris de panique, ou plutôt, luttant contre la prise, j’ai comparé pour Luv les camions semi-remorques, dinosaures de l’ère industrielle, aux applications des téléphones portables, souhaitant que l’on passe au plus vite du hard au soft. Sur le retour, empruntant l’autoroute de Navarre à hauteur du lac de Yesa, j’ai compté vingt minutes sans une voiture. Si pourtant, une patrouille de la garde civile surveillait ce grand paysage.
Théâtre romain
Un set de Dj Solomun (dans ce cas deux heures aux platines devant le théâtre romain d’Orange) présente la même structure qu’une expérience d’éthologie sur des souris: une alternance d’attentes conditionnées et de satisfactions frustrées. Là où le rock donne et s’épuise, la techno appâte et prolonge. Dans le registre des musiques digitales, tout jugement esthétique mis à part, la Trance me semble mentalement moins corrompue.