Eté

Au dernier jour d’août, le soleil s’est retiré, la tem­péra­ture, chaude et lumineuse depuis six semaines, a bais­sé. Comme nous pas­sions d’un mois à l’autre, ce change­ment inquié­tait: que la nature s’aligne brusque­ment sur le cal­en­dri­er, voilà ce qui inquié­tait. Hasard, mais au vil­lage, les habi­tants scru­taient le ciel, con­statant : c’est l’au­tomne. Le lende­main et le jour d’après, dans les con­ver­sa­tions de rue, cha­cun annonçait le retour de l’été. Il a plu. Quelques gouttes après des heures de ton­nerre et de gri­saille. Le soleil n’est pas revenu. Il passe au-dessus de la val­lée. S’en va. A l’in­stant, les cloches de la chapelle ont son­né. Trois pétards ont éclaté. Ain­si démarre la fête de San­ta Cil­ia. En soirée, les habi­tants iront au bar, à dix heures tout le monde s’a­chem­inera vers la salle com­mu­nale pour manger du mou­ton. Ensuite, si je com­prends bien, l’été est fini, tout est silence jusqu’à Noël.

Fidélité

La femme espag­nole est fidèle, me dit Mon­père, car elle ne voudrait pas que l’on dise qu’elle a un mari cocu.

Secret

Sa façon de défendre le secret était d’en dire le plus possible.

Amis

Trois fois j’ai aidé des amis. Ils le demandaient. L’un avait des prob­lèmes de femme, l’autre des prob­lèmes de femme et d’ar­gent, le dernier des prob­lèmes d’ar­gent. Remis, tous m’en ont voulu. Et ont cessé de de me parler.

Musique

La musique tourne à l’é­tage, je suis au rez; l’un après l’autre, je nomme les groupes et les styles; là, c’est de la tech­no. Youe­wan, ou Dj Anna… non, plus mécanique… Plas­tik­man. A moins que ce soit de l’Alle­mand: Mono­lake. Je monte. C’est la machine à laver.

Julian

Assange dit: il faut fuir tout de suite, avant que l’on vous pour­suiv­re. Une pré-fuite. Alors peut-être, le moment venu, vous serez encore en mesure de réagir.

Village

Ce soir, ven­dre­di, entre voisins. Les portes de maisons s’ou­vrent, un petit air cir­cule, les gens sor­tent dans la rue, vont sur la place. Paco ver­nit ses cadres de fenêtres; Ale­jan­dro revient de la plaine où “il y avait trop de vent pour s’asseoir sur une ter­rasse de bistrot” et la Famélique (une fille de trente ans, qui ne par­le, ne vous toise ni ne mange, par ailleurs belle, un pro­fil de Sainte — on la con­naî­tra quand elle sera morte) s’in­téresse à l’él­e­vage des cour­gettes. Nous allons vers le bar. Plutôt que de rester au comp­toir où l’on cause vach­es et mod­èles de voitures tout en lorgnant sur le pro­gramme de télévi­sion de la chaîne “Alto-Aragon”, je rejoins les jeunes dehors. Ale­jan­dro me mon­tre un clip vidéo de son groupe tourné à Saragosse, titres hard entre Lynyrd Skynyrd et AC/DC. Sa femme, géo­logue, enseignante, évoque Total, les pétroliers de France, qui ont mis sous tutelle son départe­ment d’U­ni­ver­sité cepen­dant que l’ou­vri­er chargé des chèvres, après une journée à s’oc­cu­per de chèvres, dit: “On est ven­dre­di, c’est pas trop tôt!”.

Misère

Plus d’aléas et d’imag­i­na­tion! Des esprits flot­tants mais chercheurs, un car­naval véri­ta­ble de la race humaine. Les mains vul­gaires cherchent à ramen­er au sol pour appli­quer l’or­dre? Quand il n’y a que boue, il le faut. Quand il y a des con­sciences gavées de lumière — c’est aujour­d’hui — il ne faut pas. Ce décor dans lequel nous évolu­ons en morts-vivants per­suadés de faire des­tin, n’est que faux désor­dre, illu­sion vitale, morti­er. Un réel auquel ne par­ticipent pas ceux qui font souf­frir, ceux qui n’ont qu’am­bi­tion de pou­voir, est une misère.

Anarchisme

Le cauchemar, c’est l’é­gal­ité. Bien sûr, cela n’ex­iste pas. Il faut l’im­pos­er. Une fois créés, les égaux ne pour­ront être main­tenus dans cet état con­tre-nature qu’au moyen d’une force tierce traduite en norme légale, celle dont les faibles s’ar­ro­gent la ges­tion, habituelle­ment coal­isés dans un appareil de com­mande qui sert leurs intérêts au nom de l’in­térêt général. Voilà où nous en sommes. Voilà où, sans cesse, et de façon récur­rente, quand bien même l’his­toire va, nous en sommes. L’E­tat. Auquel il con­vient d’op­pos­er un droit pre­mier, lui authen­tique­ment naturel, celui de ne jamais soumet­tre son corps ni son esprit quand les rela­tions au sein du groupe n’im­pliquent pas un degré de lib­erté sup­plé­men­taire à ce qui est pour­voi de nature.

Présence

Cette nuit dans ma cham­bre, Gala.
“Non! Je dois rêver.“
Réveil­lé, je vois: tout est noir — je rêvais.