“Les jours se suivent et se ressemblent”. Phrase romanesque, idée fausse. Sauf à donner dans la métaphysique, nul ne niera que les jours se suivent, mais ils ne se ressemblent pas. Ou alors, c’est que l’observateur a l’esprit obtus et ne juge que par l’activité la plus extérieure. Or, celle-ci ne saurait épuiser la variété des jours. Leibnitz a raison: chaque chose est absolument individuelle et a fortiori chaque configuration de choses, ce qu’il est convenu d’appeler un événement. Quand je me tiens à la plus stricte des routines, je vois que je ne fais qu’essayer de m’y tenir. Le réel déborde, le détail fausse, la nuance colore.
Bébés
Dans la cour, des amis des voisins venus garder leurs jumeaux de quelques jours. J’essore le linge sorti de la machine. Au bout d’un moment, je m’étonne: le couple n’a pas bougé. La poussette est au milieu du chemin, la porte de la maison fermée. Lui, elle, dans la cour, chantonnent. Un enfant dans les bras chacun, ils gardent.
Marché
Marché à l’esprit familial sur la place à l’obélisque. Des couples descendus des collines tiennent les stands maraîchers, un Chinois vend de la confection, les gens de la ville s’occupent de la vaisselle. Gala achète une robe et des raisins, je fais l’acquisition d’un sèche-salade. Je remplis nos bouteilles d’eau à la fontaine municipale, nous prenons du vin au tonneau.
Pain
Au milieu de l’après-midi, près du marché de Sant’Ambriogio, par une chaleur de trente degrés, une femme blonde et belle, grands cils, fort décolleté, sert, pour accompagner une salade de tomates et de “mozzarella de buffala” un pain chaud. Gala s’éclipse. De retour, elle a convenu d’un rendez-vous. La nuit, elle viendra faire le pain avec la patronne.