Rappel

Sans nou­velles de Gala depuis qua­tre jours. Une des choses qui encore me perturbe.

Détail 10

Fan­fare de fifres et trompettes Plaza Rev­olu­ción à deux heures du matin. Je rêve. En tout cas, je ne dors pas. Aux pris­es avec des insom­nies ces nuits, je cale pré­cisé­ment autour des 2 heures. Or le silence vient de se bris­er. Oreille ten­due, je crois à un char musi­cal. Sauf qu’il n’y a pas cir­cu­la­tion. Et le son est per­sis­tant. A la fin je tire le rideau de la cham­bre d’hô­tel, je coulisse la porte-fenêtre. La rue Taba­calera est trans­ver­sale, pas de vis­i­bil­ité en direc­tion de la place. Mais dans la tour vit­rée du Barceló, vers le 90ème étage, l’om­bre d’un cou­ple, il sont aux aguets, ils se posent la même ques­tion: com­ment est-il possible?

P.R.I.

Filles aux cheveux vio­lets, anneau dans le nez, tatouées comme des tapis­series. Elles man­i­fes­tent “pour la femme” en hurlant, pein­turlurent façades et mon­u­ments, brisent les vit­res. Dans mon quarti­er de la délé­ga­tion Cuauhté­moc, celles des mag­a­sins d’habits pour hommes.

Hypnagogie 2

Image d’un paysage défi­lant, ce pour­rait être depuis l’in­térieur d’un train ou d’une voiture (avec les quelques cent heures de bus que j’ai roulé depuis le 21 jan­vi­er, ce serait plutôt un bus) à laque­lle s’a­joute le notion de “trav­el­ling” car j’ai con­science que je crée cette image qui défile en même temps que je la vois défil­er ce qui me per­met d’y mêler des élé­ments anachroniques: une troupe de dinosaures, un chalet enneigé, un quarti­er de New-York, un morceau de bataille napoléoni­enne, con­statant ensuite que cela est du plus bel effet, qu’il faudrait en tir­er une œuvre d’art cinétique.

Hypnagogie

Tra­vail du cerveau, dans la demi-som­meil, pour don­ner du sens à des élé­ments mis en mémoire mais demeurés en deçà du niveau de la con­science. Entre­vu chez Tok’s sur un écran d’am­biance un joueur de base­ball qui arme sa bat­te. A Mali­nal­co, dans la cham­bre où m’hébergeait Tol­do, il y avait une boule-héris­son (anti-ner­vosité). Rêve: le lanceur envoie la balle, je la rat­trape au moyen d’un gant de chantier (c’est la paire que j’u­tilise pour mon­ter le bois de chem­inée à Agrabuey) , une fois, deux fois, jusqu’à six fois. Avant de ren­voy­er la boule-héris­son au lanceur, je com­mente pour un équip­i­er imag­i­naire: “fais atten­tion à la posi­tion du gant!”, “tu as vu le gant?”, “observe encore ma main”. Or, jamais je n’ai joué au baseball.

Yucatán

S’agis­sant de la monot­o­nie du paysage yucate­ca. l’ex­pli­ca­tion que me donne Tol­do éclaire bien des choses. Au 18e et 19e, dit-il, les bois pré­cieux util­isés en Europe venaient presque tous des coupes pra­tiquées dans la pénin­sule si bien qu’au début de ce siè­cle il fal­lut rebois­er. Ce que l’on voit aujour­d’hui, petite jun­gle qui de Hol­box à Campeche cou­vre de mousse le ter­ri­toire dans son exten­sion, est repiquée. D’où son manque de diver­sité, d’où sa tristesse. Con­trepar­tie, les navires de com­merce reve­naient de Hol­lande chargés de Gou­da, pro­mu ingré­di­ent incon­tourn­able de la cui­sine nationale.

Reste

En dépit de la sit­u­a­tion pré­caire de notre lib­erté, quelque part entre déter­min­isme géné­tique et axi­olo­gie religieuse, et cela même s’il faut s’aveu­gler sur la nature de notre con­di­tion, la dig­nité de l’homme ne peut repos­er que sur l’ef­fort et la volonté.

Futuribles

Et si le posthu­man­isme n’é­tait qu’une pro­lon­ga­tion tech­ni­ci­enne du pro­jet uni­ver­sal­iste d’É­tat-prov­i­dence? Soit le dépôt des charges de souf­france liées au corps avant libéra­tion de l’e­sprit. Mais pour faire quoi? Qui peut aujour­d’hui pré­ten­dre savoir diriger son esprit? Et lequel serait capa­ble de démar­rer un effort indi­vidu­el dans un champ d’ac­tion que toutes les valeurs ont déserté? Plus encore quand y man­querait le corps?

Général

Com­plète indé­ci­sion devant l’é­tat de la société. D’abord et surtout là où cha­cun revendique la rai­son. Com­porte­ments à terme insup­port­a­bles, atti­tudes spec­tac­u­laires sans béné­fice, absence de vue sur l’avenir. Non pas que je me préoc­cupe tant du des­tin des per­son­nes mais bien que je m’in­quiète de la via­bil­ité générale de notre milieu de vie. 

Capitale

Tôt ce matin dans une gare routière de la périphérie de Puebla. Con­traste entre le chaos urbain des bidonvilles et l’éd­i­fice de béton aux quais si larges qu’ils pour­raient accueil­lir des sous-marin atom­iques. Sur l’e­s­planade, des caméras, des écrans, des flics. Plus de flics que de clients. Départ à 9h30. A l’heure dite un bus orange décom­presse ses portes, un chauf­feur en chemise et plas­tron vise nos bil­lets. Je m’en­dors. Réveil dans le traf­ic de la cap­i­tale. Ce dimanche comme tous les jours spec­ta­cle baroque des col­por­teurs, des men­di­ants, de fast-food et des trous noirs, du métro aériens et des par­ties de foot, mais le besoin de piss­er gâche la médi­ta­tion. Miguel, l’homme à tout faire de Tol­do, m’at­tend à Tex­co­co. Au bureau de la com­pag­nie des Monts-de-piété, colonie des Lomas de Cha­pul­te­pec, nous char­geons des bam­bous sur une camion­nette puis Miguel grimpe les pentes du vol­can en direc­tion de Tolu­ca. Une fois longé le canal puant de Ler­ma, une mélasse de détri­tus qu’évi­tent mêmes les canards de lagune, tra­ver­sée de la val­lée des carottes, aux envi­rons de San­ta Cruz Tezon­te­pec (dix kilos pour Fr. 2,50) . Fin d’après-midi, Tol­do me reçoit à l’in­térieur d’une urban­i­sa­tion privée avec golf, piscine et restau­rants, devant une mai­son digne d’un livre d’ar­chi­tec­ture. A peine arrivé, nous sommes à table, goû­tant des mets raf­finés au-dessus du jardin de style ori­en­tal qu’il a conçu et dess­iné (arrondis savants, herbe rase, pier­res échouées, cas­cades, étangs, arbustes). Sur l’hori­zon mon­tagnes en pains de sucre et brumes ouatées. Au cré­pus­cule, ham­mam puis immer­sion dans une bas­sine de glaçons.