Perversion ultime du programme politique libéral que cette idée des maffias de gouvernement européennes de connecter les objets usuels à un centre d’enregistrement afin de surveiller leur circulation donc les individus.
Augure
“Défaite de la pensée”, titre pamphlétaire déjà ancien. La conformation erratique, naïvement prétentieuse faute de savoir construire une opinion, la fonder, la vérifier, devient cependant la norme. De ce fait les discussions vont à vau-l’eau, n’apportent à ceux qui encore les courtisent qu’insatisfaction.
Mimizan
Moi qui pensais qu’il suffirait de rouler dans les rues pour trouver le numéro de téléphone d’une chambre ou d’un appartement à louer. Mais l’époque est à l’internet et je suis naïf, d’autant plus naïf que je reviens d’Amérique centrale, population encore sensée qui rit et parle et renseigne. Puis en cette saison la station de Mimizan est courue des vents, vide, close. Excédé, je menace de repartir pour Agrabuey. L’Office du Tourisme indique à Gala une Résidence des sables. Peu après un retraité vient nous chercher avec sa Renault, il nous fait visiter un bungalow insérer entre dix autres bungalows. Billets de ma main à sa poche, confort de grande surface, le tout brinquebalant mais calme, sans voisin et la mer est juste là, aux vagues déchaînées, j’y vais mon surf sous le bras, en revient pareillement, courant trop fort, danger, je passe à la bière. Splendide côte cependant, inchangée depuis vingt ans quand nous y venions avec les enfants alors petits, d’ailleurs c’est le même quartier, entre dunes et pinède, près de la zone militaire, mais société française au ralenti, et ce n’est pas que la saison, c’est le socialisme, la misère.
Zarautz 2
L’employée chilienne explique comment ouvrir la porte-fenêtre du balcon. Elle lit le mode d’emploi affiché sur le côté de mur, pousse et tire, perd ses forces. Je prends le relais. J’ouvre, nous ne pouvons refermer. Elle appelle l’agence. Qui explique. A grand peine, nous fermons. Demi-heure plus tard, j’ouvre: la porte se coince. J’insiste. Gala insiste. Pas moyen. Nous appelons l’agence. Ils envoient quelqu’un. Un type demande la permission d’entrer, il entre, il théorise, s’essaie sur la porte, montre, démontre. Et repart. Un heure plus tard la porte-fenêtre menace de s’écrouler, elle est ouverte, nous n’osons plus pousser ni tirer et il fait froid. Gala se plaint. Chauffage au maximum, bruit de ventilation. Derniers ouvriers sur le départ. Nous rappelons l’agence. Les heures de bureaux sont dépassées, l’agence est fermée. Alors le numéro de secours. Ils envoient quelqu’un. Même gars que la fois précédente. Visiblement excédé. Comme a fait la Chilienne, il lit le mode d’emploi sur le côté de mur, résume les gestes l’un après l’autre, nous demande de le filmer, se lance: il fait, fait encore, c’est ouvert, puis défait et re-défait, c’est fermé. A notre tour. J’y arrive plus ou moins. Précisons: avec son aide. Avant de s’en aller il avertit: je ne viendrai pas une troisième fois. Mais il se veut rassurant: “nous vous avons envoyé une vidéo qui détaille les gestes d’ouverture et de fermeture, voilà, bonsoir!”. Je n’ose plus toucher à la porte seulement voilà: mon surf est sur le balcon. J’ouvre, la porte se bloque.
Zarautz
La seule place de stationnement en bord de mer où attendre l’employée qui vient ouvrir l’appartement de vacances est numérotée, exige un macaron et voici un automobiliste, voisin, ayant-droit, impatient, qui tape à la vitre, réclame la place, veut m’en chasser, il téléphone, nous dénonce, appelle la patrouille — merde. Rejoint par la femme de l’agence, j’entre alors le van dans le garage souterrain de la location où il reste coincé. Aussi gentille qu’incapable l’employée chilienne a d’abord jugé, de l’extérieur alors que je suis au volant, que pour le vélo monté à l’arrière, c’était sans problème. Bien fait de sortir: il serait à mettre à la poubelle. Maintenant je suis coincé: garage a colonnes, places étroites, palettes sur la trajectoire, pénombre et poussière. Je me concentre, je sue, je n’y arrive pas. Retour dans la rue, feux de positions enclenchés à bonne distance de l’entrée de l’immeuble: je porte valises et sacs, surf et combinaisons, vélo et bière. Puis je vais me garer- loin, un, deux kilomètres. Revenu dans l’appartement de vacances au pas de course, le constat s’impose: il est entouré de trois immeubles aux façades couvertes d’échafaudages sur lesquels travaillent au marteau-piqueur cent ouvriers.
Au carrefour
Parking immense, désert. Les portes coulissantes du hangar de nourriture chuintent. Couloirs de boutiques sans clients. Sur des tabourets, contre la caisse, des gamines ennuyées jouent sur leur téléphone. Des annonces de solde résonnent dans les haut-parleurs, aux étals picorent les moineaux volubiles. Le cabas à roulettes que je traîne derrière moi je vise les prix, prends ou ne prends pas. Ambiance de décompression. En périphérie de ce hangar sans qui la région mourrait de faim, il est quinze heures, les vivants ont dîné, ils digèrent.
Commande
Près d’une année que je prends des avis, compile des catalogues, étudie des tutoriels, je viens de jeter mon dévolu sur un vélo de voyage au cadre en titane, à la géométrie “hard-tail”, de marque Sonder et de fabrication anglaise équipé du système de dérailleur automatique Pinion 12 vitesses déclaré inusable et incassable, mais surtout sans entretien (sans en avoir fait l’essai sur le terrain, ce qui en regard du prix signifie prendre un risque) .
Cursus
Jours heureux à Agrabuey. Grand ciel au-dessus des toits, bleu lointain, ni nuages ni avion. Réveillé tard, Gala plus encore, parfois après midi, Gala que j’attends à l’étage avec un déjeuner selon l’envie suisse-allemand, espagnol ou mexicain. Descendre en plaine: très peu — juste pour les achats. Nous vaquons aux occupations favorites, écrire, lire, écouter des conférences, et si le cinéma n’était pas devenu un produit sans saveur nous regarderions plus souvent un film en soirée, en général je suis le premier à décrocher, quelques minutes passées le générique, visant les livres qui m’attendent en chambre, Miguel Torga, Max Jacob, Ivan Illich, une Histoire de la littérature française pour les écoliers et l’étonnant Georges Poulet avec “Les métamorphoses du cercle” qui sans cesse me fait demander: “comment accumule-t-on une telle érudition?”.