Anticapitalisme

Per­ver­sion ultime du pro­gramme poli­tique libéral que cette idée des maf­fias de gou­verne­ment européennes de con­necter les objets usuels à un cen­tre d’en­reg­istrement afin de sur­veiller leur cir­cu­la­tion donc les individus.

Augure

“Défaite de la pen­sée”, titre pam­phlé­taire déjà ancien. La con­for­ma­tion erra­tique, naïve­ment pré­ten­tieuse faute de savoir con­stru­ire une opin­ion, la fonder, la véri­fi­er, devient cepen­dant la norme. De ce fait les dis­cus­sions vont à vau-l’eau, n’ap­por­tent à ceux qui encore les cour­tisent qu’insatisfaction. 

Mimizan

Moi qui pen­sais qu’il suf­fi­rait de rouler dans les rues pour trou­ver le numéro de télé­phone d’une cham­bre ou d’un apparte­ment à louer. Mais l’époque est à l’in­ter­net et je suis naïf, d’au­tant plus naïf que je reviens d’Amérique cen­trale, pop­u­la­tion encore sen­sée qui rit et par­le et ren­seigne. Puis en cette sai­son la sta­tion de Mimizan est cou­rue des vents, vide, close. Excédé, je men­ace de repar­tir pour Agrabuey. L’Of­fice du Tourisme indique à Gala une Rési­dence des sables. Peu après un retraité vient nous chercher avec sa Renault, il nous fait vis­iter un bun­ga­low insér­er entre dix autres bun­ga­lows. Bil­lets de ma main à sa poche, con­fort de grande sur­face, le tout brin­que­bal­ant mais calme, sans voisin et la mer est juste là, aux vagues déchaînées, j’y vais mon surf sous le bras, en revient pareille­ment, courant trop fort, dan­ger, je passe à la bière. Splen­dide côte cepen­dant, inchangée depuis vingt ans quand nous y venions avec les enfants alors petits, d’ailleurs c’est le même quarti­er, entre dunes et pinède, près de la zone mil­i­taire, mais société française au ralen­ti, et ce n’est pas que la sai­son, c’est le social­isme, la misère.

Zarautz 4

Plainte par télé­phone et par écrit assis au salon tan­dis que des ouvri­ers per­forent sur le bal­con et à l’heure du repas nous pas­sons la fron­tière après avoir réem­bar­qué surf, vélo et valise en direc­tion des Lan­des et de Mimizan.

Zarautz 3

Rester chez soi. Dans une société où cha­cun cherche à gag­n­er de l’ar­gent sans tra­vailler (nou­velle économie de la dis­tri­b­u­tion type Uber), il faut rester chez soi.

Zarautz 2

L’employée chili­enne explique com­ment ouvrir la porte-fenêtre du bal­con. Elle lit le mode d’emploi affiché sur le côté de mur, pousse et tire, perd ses forces. Je prends le relais. J’ou­vre, nous ne pou­vons refer­mer. Elle appelle l’a­gence. Qui explique. A grand peine, nous fer­mons. Demi-heure plus tard, j’ou­vre: la porte se coince. J’in­siste. Gala insiste. Pas moyen. Nous appelons l’a­gence. Ils envoient quelqu’un. Un type demande la per­mis­sion d’en­tr­er, il entre, il théorise, s’es­saie sur la porte, mon­tre, démon­tre. Et repart. Un heure plus tard la porte-fenêtre men­ace de s’écrouler, elle est ouverte, nous n’osons plus pouss­er ni tir­er et il fait froid. Gala se plaint. Chauffage au max­i­mum, bruit de ven­ti­la­tion. Derniers ouvri­ers sur le départ. Nous rap­pelons l’a­gence. Les heures de bureaux sont dépassées, l’a­gence est fer­mée. Alors le numéro de sec­ours. Ils envoient quelqu’un. Même gars que la fois précé­dente. Vis­i­ble­ment excédé. Comme a fait la Chili­enne, il lit le mode d’emploi sur le côté de mur, résume les gestes l’un après l’autre, nous demande de le filmer, se lance: il fait, fait encore, c’est ouvert, puis défait et re-défait, c’est fer­mé. A notre tour. J’y arrive plus ou moins. Pré­cisons: avec son aide. Avant de s’en aller il aver­tit: je ne viendrai pas une troisième fois. Mais il se veut ras­sur­ant: “nous vous avons envoyé une vidéo qui détaille les gestes d’ou­ver­ture et de fer­me­ture, voilà, bon­soir!”. Je n’ose plus touch­er à la porte seule­ment voilà: mon surf est sur le bal­con. J’ou­vre, la porte se bloque. 

Zarautz

La seule place de sta­tion­nement en bord de mer où atten­dre l’employée qui vient ouvrir l’ap­parte­ment de vacances est numérotée, exige un mac­aron et voici un auto­mo­biliste, voisin, ayant-droit, impa­tient, qui tape à la vit­re, réclame la place, veut m’en chas­s­er, il télé­phone, nous dénonce, appelle la patrouille — merde. Rejoint par la femme de l’a­gence, j’en­tre alors le van dans le garage souter­rain de la loca­tion où il reste coincé. Aus­si gen­tille qu’in­ca­pable l’employée chili­enne a d’abord jugé, de l’ex­térieur alors que je suis au volant, que pour le vélo mon­té à l’ar­rière, c’é­tait sans prob­lème. Bien fait de sor­tir: il serait à met­tre à la poubelle. Main­tenant je suis coincé: garage a colonnes, places étroites, palettes sur la tra­jec­toire, pénom­bre et pous­sière. Je me con­cen­tre, je sue, je n’y arrive pas. Retour dans la rue, feux de posi­tions enclenchés à bonne dis­tance de l’en­trée de l’im­meu­ble: je porte valis­es et sacs, surf et com­bi­naisons, vélo et bière. Puis je vais me gar­er- loin, un, deux kilo­mètres. Revenu dans l’ap­parte­ment de vacances au pas de course, le con­stat s’im­pose: il est entouré de trois immeubles aux façades cou­vertes d’échafaudages sur lesquels tra­vail­lent au marteau-piqueur cent ouvriers.

Au carrefour

Park­ing immense, désert. Les portes coulis­santes du hangar de nour­ri­t­ure chuin­tent. Couloirs de bou­tiques sans clients. Sur des tabourets, con­tre la caisse, des gamines ennuyées jouent sur leur télé­phone. Des annonces de sol­de réson­nent dans les haut-par­leurs, aux étals picorent les moineaux vol­u­biles. Le cabas à roulettes que je traîne der­rière moi je vise les prix, prends ou ne prends pas. Ambiance de décom­pres­sion. En périphérie de ce hangar sans qui la région mour­rait de faim, il est quinze heures, les vivants ont dîné, ils digèrent. 

Commande

Près d’une année que je prends des avis, com­pile des cat­a­logues, étudie des tuto­riels, je viens de jeter mon dévolu sur un vélo de voy­age au cadre en titane, à la géométrie “hard-tail”, de mar­que Son­der et de fab­ri­ca­tion anglaise équipé du sys­tème de dérailleur automa­tique Pin­ion 12 vitesses déclaré inus­able et incass­able, mais surtout sans entre­tien (sans en avoir fait l’es­sai sur le ter­rain, ce qui en regard du prix sig­ni­fie pren­dre un risque) . 

Cursus

Jours heureux à Agrabuey. Grand ciel au-dessus des toits, bleu loin­tain, ni nuages ni avion. Réveil­lé tard, Gala plus encore, par­fois après midi, Gala que j’at­tends à l’é­tage avec un déje­uner selon l’en­vie suisse-alle­mand, espag­nol ou mex­i­cain. Descen­dre en plaine: très peu — juste pour les achats. Nous vaquons aux occu­pa­tions favorites, écrire, lire, écouter des con­férences, et si le ciné­ma n’é­tait pas devenu un pro­duit sans saveur nous regarde­ri­ons plus sou­vent un film en soirée, en général je suis le pre­mier à décrocher, quelques min­utes passées le générique, visant les livres qui m’at­ten­dent en cham­bre, Miguel Tor­ga, Max Jacob, Ivan Illich, une His­toire de la lit­téra­ture française pour les écol­iers et l’é­ton­nant Georges Poulet avec “Les méta­mor­phoses du cer­cle” qui sans cesse me fait deman­der: “com­ment accu­mule-t-on une telle érudition?”.