Sortie officielle du livre le 15 novembre. Aucune nouvelle de l’éditeur. Rendez-vous pris avant cette date, je devais être, sur son invitation, à Bienne où se tient ce dimanche 15 décembre un marché littéraire. J’attends la confirmation. Elle n’arrive pas. Je ne donne pas suite. Personne ne s’en inquiète. Peut-être convient-il de distinguer — en Suisse d’abord — entre un éditeur et un imprimeur de livres.
TM2
Quelques jours après la sortie en librairie de TM, comme je cherche des lignes qui lui seraient consacrées dans la presse, je trouve le texte disponible au téléchargement gratuit sur un site indonésien. Rédigée par un robot, la notice de présentation me présente (de même que les autres écrivains piratés, auteurs de livres sur la biomécanique, la danse ou la culture du maïs) ainsi: “écrivain de qualité dont le livre ici est important et qui a récolté beaucoup de critiques très bonnes…”.
Monde
Pour rejoindre le monde, il faut commencer par quitter la société. A reculons, on gagne sa maison et sa chambre dont on ferme la porte. Alors, pour autant que l’on obtienne le silence (toutes sortes d’objets lancés à travers le temps et l’espace vous cherchent), on voit que c’est bien le lieu où chercher.
Neige
Venu d’Espagne pour une journée de tir dans le valais, elle est annulée. Le président su club appelle: “il est tombé un mètre de neige, l’exercice est reporté”. La veille, journée tiède. Le lendemain, pluie douce. L’après-midi, comme je me rends à Leysin avec Gala, nous trouvons une montagne sans neige.
Avion
Trois heures d’attente à l’aéroport de Barcelone, les aiguilleurs français bloquant le ciel au-dessus de Marseille. Je ne me plains pas. Parti la veille en taxi d’Agrabuey pour dormir à Huesca et prendre le train du matin, il me restait selon horaire quarante-cinq minutes entre l’arrivée à la gare Sants, au centre de Barcelone, et la fermeture des portes d’embarquement dont dix-sept à passer dans le métro. Sans les Marseillais, je restais au sol.
L’angoisse du gardien de but…
Tout écrivain qui vit assez longtemps finit par recevoir un prix, grand ou petit. S’il y a assez d’argent à la clef (c’est cela, le prix), il faut l’accepter. Sinon, une carte postale de remerciement suffit (assortie d’un “non”). Reste la question: pourquoi Peter Handke, l’un des plus grand écrivains, accepte le Nobel? Si c’est pour l’argent, je comprends, mais alors que ne le dit-il pas?
Stoïcisme
Montherlant inquiète (“Port-royal”, “Va jouer avec cette poussière”). Et Drieu la Rochelle (“Journal d’un homme trompé”). Le stoïcisme inquiète, qu’ils revendiquent contre la société, obligés par après d’y ajuster leurs actes. Ce qui redouble l’inquiètude (parti-pris, ruptures, sincérités, enfin suicides). Gide, gangrené par l’inquiétude, est plus rassurant: il aime l’amour et garde Dieu en réserve. Il y a Saint-Exupéry, aventurier extra-lucide, cependant rationnel. Sa force native dépasse toutes les forces données, mais c’est le propre d’un équilibre aussi périlleux, il annonce (c’est écrit) que le moment venu, il la tournera contre soi. Viennent ensuite, je ne nomme que les détachés, ces écrivains mondains qui aiment le sol et les honneurs (Sartre) ou circulent dans les hiérarchies (Malraux). Camus ou Nizan apparaissent plus solides, décidés, francs, mais on ne peut savoir car ils meurent inaccomplis.