Fuck

Effet levi­er, nous avons refait dans nos villes d’Eu­rope les Etats-Unis: badauds, fous, mis­éreux, autant de vic­times san­i­taires égarées dans un décor de stu­dio hol­ly­woo­d­i­en après tournage.

Picaresque (fin)

Ter­miné dans les meilleures dis­po­si­tions La Table. Du début à la fin, con­tent de mon tra­vail d’écri­t­ure. Cela, sans peine. Et, con­traire­ment à l’habi­tude, je n’y pen­sais plus lorsque je ces­sais d’écrire. Nerfs au repos, nuits calmes. Après ça, con­va­in­cu de ne rien faire, j’ai aus­sitôt entamé un autre roman, d’an­tic­i­pa­tion celui-ci, comme m’y engageait par télé­phone Mon­a­mi qui citait pour en faire l’éloge la pre­mière nou­velle de Sin­is­to­ria, un recueil de 2008. En soirée, mes­sage des édi­tions P.O.L. Ils refusent Paléodé­mas­sifi­ca­teur. Par les temps qui courent, je me dis: ils ont accusé récep­tion du man­u­scrit, déjà ça. 

Agrabuey

Cassé de la glace pen­dant deux heures sur le pavé de notre rue afin que le foresti­er puise livr­er deux tonnes de bûch­es. Par télé­phone, il annonce que son réser­voir de diesel est glacé, qu’il renonce. Je descends aux abor­ds de la ville. Sur l’aire de park­ing de l’hy­per­marché — un Car­refour — une ving­taine de voitures. Réflexe: “tiens, je ne suis pas seul!”. De fait, nous sommes cinq dans les cour­sives. Car les voitures sont celles des employés. A dix-sept heurs, appel du foresti­er: il a démar­ré le camion. Une demi-heure plus tard, il bal­ance le bois sur la chaussée. Toute la rue s’assem­ble, nous livrons les maisons. Je jette le sapin de Noël dans la riv­ière, décroche une sta­lac­tite de la grange de Montsé, la dresse sur mon rebord de fenêtre. La nuit dernière, prob­lème de cœur: il accélère, il ralen­tit, mes tem­pes bat­tent. Je ne suis pas médecin, n’y com­prends rien. Inqui­et, je demande à Gala (par mes­sages) ce qu’il faut en penser, pré­cisant que j’ai des coquards sous les yeux. Réponse: “tu as tou­jours eu”. Pas faux. Demain matin, nous organ­isons un gym­nase dans la salle munic­i­pale. Pein­ture et répar­ti­tion des espaces. Le jeune qui s’oc­cupe de cette tâche me con­fie : “per­son­ne n ‘y vien­dra, à part toi…”

France

D’une époque où pré­valait le bon sens. Dans Les Mémoires de Mai­gret, Simenon écrit: “J’oc­cu­pais pro­vi­soire­ment à l’en­tresol, un ancien bureau du plus vieux style admin­is­tratif, pous­siéreux à souhait, avec des meubles en bois noir et un poêle à char­bon du mod­èle qu’on voit encore dans cer­taines gares de province.”

E‑nouvel-an

Set d’Amélie Lens le 31 décem­bre en direct du Kom­pass Klub de Ghent en Bel­gique: excel­lent! Encore mieux que la paru­tion Live devant l’Atomi­um, mais… dans un club fer­mé, avec relais via inter­net (Google, You Tube) pour les fans. Ceux-ci, du monde entier. En témoignent les com­men­taires sur le chat, écrits dans les langues de la planète. Excel­lent, donc cat­a­strophique: ini­ti­a­tion pro­gram­ma­tique des fans, dont je suis, à la sueur, au défoule­ment, la drogue, le plaisir, la ren­con­tre, la trans­gres­sion en ligne — équiv­a­lent à une dès-human­i­sa­tion. Fin des corps. Sépa­ra­tion. Fron­tières numériques comme il y a en tech­no, entre les sons, des silences-machine. Non-foule. Anti-rave 1990. Abo­li­tion de la Trance, de la psy-Goa, du break­beat, de la Jun­gle pro­fonde… Vic­toire du mes­sage à dis­tance. Du “gap”. Parousie indus­trielle: retour à l’ère des glacia­tions. Canal. Con­trôlé par l’ingénierie.

Manger

Il y a au vil­lage deux filles de dix ans. Elles sont grandes amies. L’une est ronde comme un bal­lon de plage. Sans cesse, elle mâche. Ces jours, elle a un nou­veau sys­tème, elle abaisse son masque hygiénique et, à la façon d’une man­geoire, le rem­plit de nour­ri­t­ure. L’autre gamine est fluette; même au goûter, elle ne touche à rien. Ses par­ents dés­espèrent. Le soir de nou­v­el-an, alors que les adultes se régalaient de saumon, de jam­bon et de côtes de bœuf, elle n’a grig­noté qu’une demi-patate.

Agrabuey

Le vil­lage est de glace. Rues lis­sées par le gel, pavés luisants, toits blan­chis. Les vis­i­teurs de Saragosse sont repar­tis. Fin de la fête. An neuf. Silence pro­fond. La route est fer­mée: depuis ven­dre­di le chas­se-neige ne déblaie plus le col. Au sor­tir de la nuit, je me main­tiens entre les draps, retar­dant mon lever — midi. Déje­une, puis retourne à mon roman picaresque. Mer­veilles des équili­bres naturels, en ce début d’après-midi, alors que je tire une chaise de teck sur la pelouse enneigée pour prof­iter du soleil pen­dant l’écri­t­ure, l’oiseau à poitrine orange pique le pain émi­et­té devant mon pied. Je sif­fle, il répond. Il sif­fle, je réponds. Sauf quand j’a­vance un chapitre tortueux. Car il faut alors un tan­ti­net de concentration.

Rappel

N’ou­blions pas: ce que l’on inter­dit ne prend forme réelle d’in­ter­dic­tion que pour autant que l’on s’y conforme.

Party

Et c’est encore peu dire: je me réjouis qu’il y ait des jeunes, au milieu de ce cloaque, pour avoir la témérité d’or­gan­is­er des raves tech­nos. Rien moins qu’une œuvre de salut publique. Qu’ils soient remerciés!

Glissement

Ils prirent fait et cause pour des gens con­nus qui avaient, du jour au lende­main, changé d’opin­ions et de comportement.