L’Autrichien

Le dia­bolique Klaus Schwab qui vient de déplac­er son Forum Economique Mon­di­al de Davos à Sin­gapour après avoir pro­mu pen­dant trente ans du haut de nos mon­tagnes, pro­tégé par l’ar­mée de mil­ice et les vendeurs de coucous grisons, l’idéolo­gie nihiliste, met à l’hon­neur dans son fief renou­velé Xi Jinping.

S.D.

Sit­u­a­tion dramatique. 

Ecriture

Fini cet après-midi le roman d’an­tic­i­pa­tion. Très peu antic­i­pa­teur. Le temps qu’il soit pub­lié, il sera dépassé. Dix jours d’un tra­vail d’écri­t­ure intense et tran­quille. Ces derniers jours, au jardin, au soleil, les pieds dans la neige. Un peu hal­lu­ciné tout de même: dernière phrase et date grif­fon­nés dans le qua­trième cahi­er, je sors de la mai­son les lunettes de vue remon­tées sur le front. Le voisin guide et sa femme sont dans la rue, et leur enfant, dans le lan­dau. Je me frotte les yeux. “Ale­jan­dro, tu dor­mais?”. Que non, j’écrivais. Depuis le réveil. La femme, “tu es sûr?”. Ce qui dit assez ma tête.  Le décor men­tal était si solide (une avenue, des immeubles blancs, deux car­refours, une garderie d’en­fants expéri­men­tale), que je peine à rejoin­dre le réel. Comme pour le café, celui que je coule chaque matin en nour­ris­sant d’eau et de grain la machine. Quand je réfléchis à la quan­tité d’eau utile pour six tass­es, je me trompe, j’en mets trop ou trop peu. Lorsque je suis chlo­ro­for­mé, per­du, ensom­meil­lé, je place le pot de verre sous le robi­net, l’ou­vre et le ferme sans y penser, le compte est bon. Pour le texte, quelques deux cent pages man­u­scrites, même phénomène: pas réfléchi. Fait que décrire ce que je voy­ais. Et main­tenant? Dans cette société qu’écrase l’E­tat? Il faut s’en aller. Mais où? Voilà le prob­lème: il n’y a plus nulle part. Les espaces sont détru­its, les corps enfer­més. Avant privatisation.

Anticipation

Lunettes devant les yeux, sur une chaise en pleine neige, face au soleil, j’écris dans un cahi­er chi­nois le roman d’an­tic­i­pa­tion et je m’a­muse. Un moment, je rejoins les voisins qui pel­lent la glace de notre rue pavée qui enfin, après trois semaines de tem­péra­tures intens­es — jusqu’à moins 15 en mat­inée, peut être attaquée à la pioche. Et retourne à mon cahi­er pour décrire le défilé le long de l’av­enue de l’U­nion Européenne Economique du prési­dent chauve, un acteur qui imite le vrai prési­dent. Ver­non, noyé dans la foule, s’ap­prête à com­met­tre la “per­tur­ba­tion”.

Accélération de la terreur

Défend­ez votre intéri­or­ité. Eux n’en ont pas. Ce que c’est, ils l’ig­norent. Pro­jet­tent sa destruc­tion. La détru­isent. Pour la défendre, apprenez son archi­tec­ture intime, ses lim­ites, son auto­genèse. Con­tin­uez à la main­tenir vivante. Défendez-là! 

Bêtes

Sur les hauts d’A­grabuey, mou­tons ensevelis par une avalanche. Le pas­teur les tire par les pieds, les mou­tons se débat­tent dans l’air, ébrouent les glaçons de neige. On croirait des nou­veaux-nés. Noyé dans les épais­seurs, un plus petit a suc­com­bé. Le fils: “papa, il ne bouge plus!”. Le père: “sors le!”

Process

 Les meilleurs can­di­dats, sachant qu’ils seraient recalés, firent d’emblée éta­lage de leur médiocrité.

Muzak

Acheté hier des machines à musique sur inter­net. Exacte­ment 40 ans après le pre­mier tire que nous avions enreg­istré sur un cas­sette BASF avec Mon­frère dans la soupente du chemin des Fleurettes numéro 1, ville de Lau­sanne, réglant une boîte à rythme sur le  pro­gramme de démon­stra­tion, brisant de l’autre main à coups de marteau des bouteilles de Cardinal.

Et…

 ..tu écoutes quoi en ce moment? “9999999999- XXXX2XXXX — [NTNX01]  — c’est vrai­ment ce que j’écoute.

Agrabuey

Tout le jour avec le maire qui bâtit sur le toit une nou­velle chem­inée-champignon afin d’é­vac­uer le feu du poêle que je pose chez Luv. Sim­ple comme je suis, je trou­ve un poêle sur cat­a­logue à trois cent euros, appelle le maire, l’in­ter­roge. Fais­able? Au sous-sol? “Oui, bien sûr. Quant tu veux! “. Voici qua­tre jours qu’il tra­vaille sur le tubage, l’iso­la­tion, les pier­res de gar­ni­ture. Il est sur le toit. Je lui passe des casseroles d’eau bouil­lante pour étein­dre la neige, place sur le pavé Soljénit­syne et Axionov afin d’asseoir l’échelle géante qu’il grav­it. Et patiente des heures, écoutant Métal box de PIL, Dono­van et Risk. Quand il annonce enfin que ce sera tout pour aujour­d’hui, je récure, enfourne trois bûch­es, mets à cuire la recette du soir, un poulet au gin­gem­bre et reprend l’écri­t­ure de mon livre d’an­tic­i­pa­tion (j’en suis au début de la révolte, guidant mon per­son­nage Ver­non à tra­vers Ba’al).