Identité

Lieux sans iden­tité, ternes, blanchâtres, où tra­vaille un per­son­nel de rechange. Une route y mène, une autre en part. Vous arrivez par cette route et vous n’êtes per­son­ne. Au bar de ce lieu, près de la récep­tion, il y a d’autres per­son­nes, elles ne sont per­son­ne. C’est agréable. S’in­staller, demeur­er là, vaut peut-être mieux que de repar­tir. Mais il existe d’autres lieux sans iden­tité et pour demeure longtemps dans iden­tité, il faut les rejoindre.

Point d’Archimède

Le mot “imma­nence” sig­ni­fie que les ressources intérieurs peu­vent être sol­lic­itées afin d’ac­quérir une posi­tion et la tenir dans les courants.

Barros

Sen­ti­ment de tristesse, dans la “calle May­or” de Puente tout à l’heure à con­stater que l’épicerie Bar­ros avait fer­mé. D’abord j’ai pen­sé — cela me ressem­ble: “les salauds, ils ont aus­si eu rai­son de ce com­merce!”. Mais non, la pan­car­te écrite à la main annonçait: ” fer­mé pour cause de retraite”. Triste car c’é­tait par son agence­ment, son ambiance, ses pro­prié­taires égale­ment vendeurs, l’une des ces épiceries à l’an­ci­enne telle qu’elles exis­tent encore en des lieux reculés de la cam­pagne et ont dis­paru de nos paysages suiss­es sauf peut-être dans les mon­tagnes secrètes des grisons ou du valais, soit une bou­tique où le père passe des fro­mages à la boucherie sans chang­er le tabli­er, la femme con­seille sur les pro­duits et la fille tient la caisse et compte les sous. Avec ça des miels et des sauciss­es et des pains achetés aux arti­sans, des boîtes-con­serve de fab­riques instal­lées dans les années 1950, des piles de morue de Cas­cais et d’Aveiro, des blocs de Tur­rón au moment de Noël. Je n’aime pas voir dis­paraître ce qui est humain, surtout quand ce qui vient porte le masque de la sym­pa­thie afin de mieux cacher le cynisme de l’industrie. 

Sagesse?

La sagesse est le fait de ne tenir per­son­ne pour respon­s­able de ce qui nous arrive.

Monter

De la pluie, encore, je crois par­ler d’un autre pays, détaché du con­ti­nent latin, per­du aux septen­tri­ons. Sor­ti sur le seuil, une bière à la main, je regarde tomber. Puis j’en ai assez, je m’équipe, pose sur le pavé le vélo jaune nucléaire (sa couleur listée), pédale et grimpe. Agrabuey gisant au fond d’un trou, qui veut s’échap­per grimpe. Pente courte mais raide. Par sec­tions, du vingt pour cent. Je suis sor­ti de pénates à la bonne heure, celle de la médi­ta­tion, les autres man­gent, il est 15 heures. Au col qui est tout proche, 1,8 km, je bas­cule côté val­lée. Remonte dans l’autre sens, bas­cule côté vil­lage et recom­mence. En moins d’une heure, huit cent mètres, rien que de la pente: La Suisse en Espagne. Arrivé au bout de la petite excur­sion, j’ou­vre une autre bière et me trou­ve fort bien car j’ai l’idée d’un défi, juste là, der­rière les murs de la mai­son du Quarti­er des Champs — faire non pas deux aller-retours, mais cinq, à terme dix.

Honte (3)

Puis les sim­plifi­ca­teurs souf­flèrent la bougie.

Honte (2)

 Exis­tez encore un peu (bande de cons!).

Honte

Aux écrivains qui par­ticipent au Salon du livre en ligne. Qu’ils n’écrivent plus jamais, rien, puisqu’il n’osent pas dire, pas con­tester, pas sor­tir d’eux-mêmes, puisqu’ils ne savent que baiss­er la tête pour recevoir le licou et jugent pou­voir être et devenir, et être enten­dus dans les con­di­tions actuelles, c’est à dire futures. Honte!

U.S.

 Il n’y a qu’un empire améri­cain, celui de la simplification.

Agrabuey

Belle pluie, fine et grise, et rare. Les oiseaux font d’autres chants, le bétail se serre con­tre les arbres. Pour par­ler quelques min­utes dans la journée, je guette les voisins à tra­vers la lucarne. Non pas que je me sente seul, mais il faut par­ler de la pluie. Dans l’après-midi, je vais rem­plir un verre d’eau à la fontaine, revient mouil­lé, ne me sèche pas, renoue avec mes cor­rec­tions, cuit une morue sur des lentilles, écoute Capra (enfin un groupe extrême et vio­lent comme j’en espère toute l’an­née) et glisse à grand peine un tapis sous mon lit dou­ble de 60 kilos con­statant qu’en ces chantiers, depuis tou­jours, j’ai deux bras là où il en faudrait qua­tre voire six.