Sort

Au moment d’en­tre­pren­dre, l’in­tel­li­gence sociale pro­pose un dilemme: entr­er dans le jeu pour le manip­uler ou sor­tir du jeu pour ne pas être manipulé.

Epoques

Par­lant des vex­a­tions poli­tiques que nous subis­sons ces jours, Mon­a­mi dit à rai­son: “les jeunes s’en accom­mod­ent car ils n’ont pas con­nu notre époque. La plu­part des gens ignorent par exem­ple qu’il y a un siè­cle les pois­sons étaient beau­coup plus gros.” 

Sacre

Sous l’arc de Tri­om­phe pas­saient les grands du monde qui n’é­taient grands qu’au moment du passage.

Daniel B.

Mon ami avait tou­jours rai­son après coup. Sa car­rière fut plus chanceuse que la mienne. 

Réseau

Les plus grands doutes sur l’ex­is­tence des per­son­nes avec qui je par­le en ligne — dans l’im­mé­di­at, je pos­tule qu’elles existent.

Amour

Aimer, c’est croire qu’un autre vous ouvre la voie qui per­met d’ac­céder à soi-même.

Certains

Renon­cer à sa lib­erté indi­vidu­elle, fon­dre ses inten­tions dans celle d’un groupe uni par le pacte et dif­fuser pour la société, con­tinû­ment, un mes­sage de lib­erté, jusqu’à pro­duire dis­so­lu­tion et chaos.

Lemme

Pour nier la pesan­teur de la vie, faire grand cas de ce qui est sans importance.

Vie

Chaque jour si dif­férent quoique répété. Je songe ici aux hommes du grand encadrement, moines ou mil­i­taires, dont on se demande com­ment ils trou­vent à jouer dans la vie quo­ti­di­enne, en dépit de la dis­ci­pline, toute la gamme des émo­tions. Mais je songe encore à cha­cun d’en­tre nous, tra­ver­sé par des sen­ti­ments et sen­sa­tions dif­fi­ciles à com­pren­dre ou à cir­con­scrire, tout à fait impos­si­bles à repro­duire, surtout quand on s’y efforce pour racheter mal­adroite­ment un moment de dés­espoir. Infinies sont les sin­u­osités émo­tion­nelles par lesquelles nous tran­si­tons et gages du sub­til fonc­tion­nement de la vie qui nous échoit.

Skol

Temps gris: une pluie fine mouille les pins, des nuages couleur plomb sont arrêtés au-dessus de la val­lée. Same­di après une sor­tie de 70 kilo­mètres à vélo, je tra­ver­sais la ville, mais impos­si­ble de faire halte au super­marché pour ma com­mande de deux cents deux litres de Skol,  mon voisin que je recon­dui­sais au vil­lage était atten­du pour lancer un bar­be­cue. Aujour­d’hui lun­di, à l’heure de la sieste, je monte en voiture et vais chercher ma livrai­son. Grand calme dans les rues du cen­tre. Devant le super­marché Min­isu­per, un camion jaune décharge des Donuts jaunes par cen­taines. La vendeuse Eri­ka, galurin estampil­lé sur le front fait signe: “laisse la voiture au milieu de la route, je vais cherche ta bière!”. Tan­dis qu’elle organ­ise le trans­port depuis son stock, j’achète des bross­es à dents et des côtes d’ag­neau. La voici sur le trot­toir qui roule les dix-sept paque­ts de six bouteilles et comme d’habi­tude plaisante sur mon cof­fre: “il est géant!”. Pourquoi les adultes par­lent-ils de choses aus­si insignifi­antes? me demandais-je ado­les­cent. La pluie, la tem­péra­ture, les nuages, la taille du cof­fre (la vendeuse Eri­ka fait à chaque fois la remar­que). Lutte néces­saire de l’ado­les­cent con­tre le néant. Qu’il com­prend, qu’il entrevoit, qui l’ef­fraie. Et qu’il doit dépass­er. Il aimerait par­ler de la mort. Puis com­prend ce que sig­ni­fient ces pro­pos insignifi­ants. A quoi ils ser­vent. Signe qu’il a vain­cu et peut entr­er dans la vie. Même par un jour de pluie et de nuages bas.