Nettoyage de la maison de fond en combles. Heureusement, il n’y a ni combles ni fond. Aspirateur, javelle, éponges, chiffes, c’est déjà assez comme ça. J’enchaîne sur le vélo, le tout terrain. Pour cela, il faut retirer de dessous l’escalier la série des costumes et vestes que je tiens là suspendues laquelle fait rideau pour les deux paires de skis, le tapis de yoga, le chevalet de peintre et l’attirail de MMA. Il est sans roues. Je les monte. Sans pédales. Je les monte. Il existe sur internet une vidéo de cinquante minutes qui explique comment dégraisser et graisser professionnellement un train de chaîne — j’applique. Puis me vêt. Et monte le petit col de Edra pour gagner la vallée parallèle où se trouve une demi-ruine entourée de blés sauvages que je photographie abondamment pour la montrer à mon amie J. qui “de Palos de Moguer, fatiguée de porter ses misères hautaines ” surtout dans le contexte de m… actuel post-politique se demande quelle échappatoire trouver, par exemple un lieu de retraite beau et financièrement modeste. Sur la descente, je croise B. la Zurichoise qui vit seule entre chiens et chevaux et la découvre agréablement bronzée, à demi-nue, les mèches de ses cheveux longs peints en rouge et en rose, elle m’embrasse, me donne des nouvelles et confie: “tous les jours, je fais ça (il est près de 16h00), je me promène à travers le vide”.
Madrid aller-retour (1250 km) V- arrivée
D’habitude je roule jusqu’à l’entrée de Madrid en une demi-heure. Ce matin, pas de voiture, il pleut et fort, il vente, il fait froid, je le vois mais les distances, me dis-je, ne sont pas relatives, il y a trente-cinq kilomètres de Guadalajara aux portes de la capitale. Eh bien, non! La confiance n’était pas de mise. Mal m’en aura pris! Grelottant, misérable, boueux (je plonge en entier mon vélo dans une fontaine proche de la base militaire de Torrejón de Ardoz devant des passants interloqués), perdu tantôt sur des sentiers de gadoue, tantôt dans des zones de hangars parcourues de déchets, je suis soudain dévié sur la bretelle d’autoroute A2 et saisi de peur, forcé de rebrousser les 5 kilomètres que je viens de descendre, frôlé par des semi-remorques, inondé au passage par des véhicules qui filent à 100 km/h, croyant reconnaître des banlieues que je n’ai jamais vues, des banlieues qui ressemblent des banlieues, pour atteindre enfin la station de métro la plus excentrée de Madrid, celle de Jarama, le circuit de Formule 1, après quoi je navigue encore deux heures cherchant ce maudit quatre étoiles de Chamberí, le Jardín Metropolitano, où je dois retrouver Luv (elle a une chambre dans le quartier) constatant alors, dans une chambre au décor Las Vegas crème fouettée, que j’ai parcouru 102 km.
Naypyidaw, Cité de l’espace
Progrès sans limite: de mon dernier livre il y a quinze jours publié, je n’ai pas entendu dire quoi que ce soit. D’ailleurs, je ne l’ai pas encore tenu entre mes mains. Les exemplaires d’auteur sont quelque part en transit entre la France et l’Espagne, matière brute enfermée dans un carton, bloc de silence.
Faculté
Admirable façon d’écriture qui permet de faire un texte d’essai au fil de la réflexion sans se perdre ni pontifier et qui tient à l’existence chez l’auteur d’une culture profonde et travaillée; elle rend ses effets que servent par ailleurs une conviction nette et une expression ferme. Disant cela, je pense à ces humanistes prononçant des discours d’opinion dans le siècle passé (je les lis): Koestler, Lorenz, Bernanos ou Nizan.
Après
A ces chiffrages, courbes, mesures de l’effort, je ne connais rien donc je n’y ai pas même songé (pourtant, sur les conseil des amis j’ai toute la bastringue électronique du cycliste moderne afin de robotiser cerveau, corps et cœur), mais voilà, j’étais amolli, incertain, peu capable, sinueux donc quelque peu inquiet et maintenant je vois ce que c’était, je me vois: ce vendredi, sept jours après la fin des 1250 km, solide comme la pierre — fin de récupération, pas nécessaire si l’on roule à l’infini, mais qui le devient, nécessaire, si l’effort cassé, l’on fait son retour dans l’autre rythme, celui de la vie reposée et fixe et appareillée à l’horloge universelle.