Sac sur le dos, dans les nuages de poussière que soulèvent les camions, à me renseigner auprès des badauds qui marchent dans le fossé sur les itinéraires des bus, les heures de passage, les destinations. Quand j’atteins une station service, le fille ne sait pas — mais le bus est bleu. Oui, il passe. Quand? Son numéro: 552. Et il est bleu. Pas d’arrêt, aucun panneau. Le voici. Il disparait. Je mange un ananas. La famille aux fruits est installée sous un toit de palme. La mère et la grand-mère pèlent et coupent, les enfants chargent des cuvettes et sautent à bord des véhicules camionnettes, cars, bus. “Pour Sunzal?”. — Une fois par jour, à 15h10. Or, il est à peine midi. Donc il va falloir trouver ce bus bleu. Un mécanicien qui rentre de son quart de nuit me prend sous sa houlette, il m’amène près d’un mur. Ensemble, nous nous plaçons dans une tache d’ombre. Un moment puis le 552 freine devant nous. “Santa Ana?”. Je paie 0,70 cts. Et je me réjouis. Désormais, je sais où je vais et il n’y a que 38 kilomètres. Quatre heures plus tard, nous sommes toujours en voyage. La ville est encore loin quand le moteur du bus cale. Que se passe-t-il? J’observe les passagers: ils descendent. Le bus est en panne. “Son cosas que pasan”, commente avec calme mon voisin. Moi, je m’inquiète pour les 0,70 cts. Tous ces pauvres gens vont devoir payer une seconde fois. Ce qu’ils font, sans animosité. Nous repartons. A la fin de la journée, victoire: les trente-huit kilomètres sont derrière nous, je suis l’un des derniers dans le bus, il circule dans des rues étroites, un ville, ça doit être Santa Ana, j’ai essayé de demander “c’est le centre?”, j’ai répété “est-ce le centre?”, le gars assis sur la baquette, à mon côté, sombrero sur la tête, ridé comme un cigare, répond encore et encore, sans jamais dire ni “oui” ni “non” — je descends.