Au gardien du sex motel, quarante chambres fermées par des portes de garage, le chauffeur explique que j’aimerais rester jusqu’au lendemain midi. Le gardien ne comprend pas : c’est pour huit heures. « Mais si je veux rester jusqu’à midi ? ». Pourquoi voudriez-vous rester jusqu’à midi ? « Pour dormir ». Le gardien rit. Le chauffeur explique que je ne plaisante pas. Alors le gardien descend de sa petite tour de commande, passe la tête par la fenêtre d’Opel, constate que je ne suis pas accompagné. « Donc, jusqu’à midi… ?». Chaque heure supplémentaire coûte 1 USD. Le gardien va chercher un papier et un crayon. Il annonce un prix de 23 USD. J’accepte. « Et je vais dans quel chambre ? ». Le gardien ne comprend pas. D’accord, je sui un ignorant : n’importe laquelle qui n’est pas en activité! Il traduit: une de celles qui à sa porte de garage ouverte. L’« euber » quitte la rue privée qui donne accès aux chambre. J’entre dans un garage. Sur la droite, un patrouilleur arrose un petit palmier. Il s’interrompt, il me rattrape : vous devez fermer la porte! « Mais si je veux ressortir? ». Non, vous ne pouvez pas. Vous avez payé pour huit heures donc… « J’ai payé jusqu’à midi ». Ah ! Alors vous ressortirez à midi. Il appuie sur la commande de la porte de garage, je vais me retrouver coincé à l’intérieur. « Attendez, je n’ai rien mangé depuis ce matin… ». Nous avons à manger ici. « Non, il faut vraiment que je sorte”. Au patrouilleur je glisse 2 USD, il va s’arranger, il tiendra ma porte fermée pendant que je suis absent. Je fais signe que je vais déposer mes sacs. La chambre est indiquée « con columpios » : un attirail sado-maso qui pend du plafond. Le canapé prise-en-levrette et les spots verts font partie du matériel standard. De même que le chemin de miroirs, le lit-piédestal et le téléviseur spécial adultes. Voici que l’on frappe. J’ouvre côté garage : personne. On frappe. J’avise une porte bloquée par un faux cadre de cheminée, une sorte de jouet pour je ne sais quels exploits. « Oh non, me dis-je, la prostituée, elle est comprise dans le prix ! ». On frappe plus fort. Il y a une boîte dans le genre passe-plats. Je lève le couvercle, je regarde, une main s’agite au fond de la boîte, réclame les 23 USD, me rend la monnaie, me glisse un menu : bière, limonade, glaçons, sandwich, lubrifiant, plug anal. Et me voici le long de la route qui mène au port, le patrouilleur s’occupe de ma porte, sous un toit de palme éclairé à la torche, près d’un frigidaire de boissons, je paie une bière à un ouvrier agricole puis j’aboutis dans le patio d’une famille qui prend au téléphone des commandes de « pupusas », des galettes de maïs pour les travailleurs de la nuit.