Quand je suis libéré des problèmes inessentiels (partant du principe que je me suis départi de la plupart, méthodiquement, par rupture et aménagement, il y a cinq ans déjà), effacés par des actes minuscules et humiliants, téléphoner, écrire, demander, répondre, payer, confirmer, ces devoirs techniciens encore incontournables (pour obtention des contreparties qui nous étranglent : avoir de l’eau, la téléphonie et l’électricité, le droit d’être rançonné par les supermarchés, un moteur ou des moteurs afin de rejoindre les centrales d’achat, de santé, d’administration…) qu’impliquent le dispositif de masse, je retrouve l’assurance que menaçait, que vouait au déséquilibre ces forces intégrées au dispositif, moyens de jugulation qui aliènent avec la plus grande efficace l’esprit, car, désormais, je ressens physiquement l’obligation d’avoir à me commettre sous un règlement, avec des interlocuteurs nommés aux offices, voix ou chairs inconnues, autant de pouvoirs individuels qui repoussent, désindividualisent, et catégorient ici et là, selon la carte perforée, au nom d’un maître, ce maudit pouvoir invisible, dont les unités vivantes les mieux économiquement viables et complices ne diraient pas, même ivres mortes, qu’ils est ce que le schéma humain a produit de plus néfaste, une incarnation de l’arbitraire, une faiblesse faite force, une faiblesse dévolue à la tâche unique d’araser la personne et de détruire la simplicité de la vie.
Mois : août 2019
Travail
Simplicité gentille des Fribourgeois. Au téléphone, pour mes démarches professionnelles. Le ton de l’interlocuteur invite à poser sans ambages ses questions et au bout de quelques phrases, si se prolonge l’échange, du fait de l’accent, mais aussi de la tranquillité de parole, on se sent assis autour d’une table, près à nouer un rapport amical. Le même jour, les Vaudois. Le contraire. Raides. Irrités et irritables. Ayant à cœur de prouver, avant même que vous ayez révélé le motif de votre appel, que “vous ne les aurez pas”.
Fébrile
Joubert, de mémoire “Ils prennent leur remuement pour de l’action”. Amusant de tomber sur cette remarque au retour de la ville de J. que j’ai trouvée envahie, nerveuse, fébrile, ses rues emplies de touristes qui viennent voir on ne sait quoi, acheter on ne sait quoi, exister ici, pendant une ou deux heures, on ne sait pourquoi, seuls, en famille ou entre amis, occupés à déambuler avec tout le sérieux que requiert le loisir obligatoire.
Réussite
Travers ridicule, étrange, de ces individus qui possédant pouvoir et richesses, ayant matériellement tout réussi de leur vie, vous rappellent un diplôme quelconque obtenu dans leur jeunesse ou mieux encore, une certaine note à un devoir qui pour une période les avait fait passé premier de classe.
Logique
Le clochard, à la pharmacie.
“Donnez-moi quelque chose! Vous me donnez toujours quelque chose. Il y a longtemps que je ne suis pas venu. D’ailleurs, il y a un an que je ne viens pas.“
La pharmacienne passe derrière. A moi:
“Si tout va bien, le gouvernement me verse ma retraite à partir du mois prochain. J’attends. J’espère. Depuis quand est-ce que j’attends?”.
La pharmacienne donne une pièce.
“Merci, je reviendrai bientôt.”
Guénon
Lu pour la deuxième fois Le signe des temps et le règne de la quantité de René Guénon. Peut-être en raison de la fascination que ce titre exerce sur l’esprit. Frustré, comme je le fus déjà. Car le texte souffre d’un paradoxe. Dénonçant l’involution des Temps, l’auteur fonde sa critique sur le savoir des Initiés, en appelant sans cesse à des connaissances secrètes dont il explique ne pouvoir souffler mot dès lors qu’elles sont esotériques et réservées. Tour de passe-passe qui amène à se demander si le renvoi à des Vérités interdites au profane n’est pas le moyen de valoriser une sociologie du présent somme toute banale. Le parcours intellectuel de René Guénon (thèse de métaphysique, agrégation, conversion à l’Islam…) indique le contraire, mais le parcours intellectuel ne dit rien de l’inventivité.