Mois : janvier 2014

Argent

Jamais il n’y aura assez d’ar­gent pour tout le monde. Sans cela, à quoi servi­rait l’argent?

Lignes droites

Les lignes droites sont des leur­res. Elles sont faites de va-et-vient, elles coor­don­nent des points désor­don­nés. La géométrie est un arti­fice de langue. Dès qu’on va, on se perd. Pareille­ment pour l’his­toire. Celle de chaque indi­vidu, celle que com­posent les indi­vidus, l’His­toire. Une fois dits, les faits parais­sent évi­dents. Lorsqu’ils se pro­duisent, nous sommes tous analphabètes.

Faoug

Un peu de lait répan­du à côté de la bouse que la fer­mière de Faoug me reproche d’avoir ver­sé sur le sol de l’étable. La boille a bas­culé alors que je la por­tais sur le char­i­ot.
- Et la bouse? Il fal­lait la pouss­er!
Elle a rai­son. J’ai tort. Je suis fatigué.

Revanche

Mon­tée de l’ob­scu­ran­tisme, apolo­gie de la cul­pa­bil­ité, mélange des gen­res, désor­dres physiques, bêtise pro­gram­mée, perte de la rigueur et du sens, l’Eu­rope paie son arro­gance sci­en­tifique, son out­re­cuid­ance morale, son uni­ver­sal­isme for­cé, ses exac­tions, ses guer­res impéri­ales. L’Eu­rope paie la coloni­sa­tion. Jus­tice mécanique, revanche des métèques.

Descente

A bord de cette voiture lâchée en roue libre tous feux éteints, je sup­pli­ais le chauf­feur, un gars ren­con­tré à la sor­tie d’une des soirées d’I­van, de maîtris­er le volant, de repren­dre ses esprits, de con­duire, de ne pas nous tuer. J’avais quinze ans. Tout le monde riait. Sur la ban­quette arrière, les filles me bous­cu­laient: j’é­tais insen­si­ble au charme de l’ex­ploit. Rouler ivre dans le noir sur la piste con­traire, voilà qui était unique.
- Con­cen­tre-toi! cri­ais-je au chauf­feur.
Qui se retour­na, haus­sa les épaules et roula un joint, lâchant défini­tive­ment le volant.

Supportable

Insup­port­able, ou plutôt dif­fi­cile à sup­port­er, je suis per­suadé de l’être et quelques unes sont les per­son­nes, sou­vent proches, à me le dire. Les autres se taisent, sup­por­t­ent, s’of­fusquent, renon­cent. Les meilleures dis­cu­tent. Insup­port­able, je crois l’être d’abord parce que le respect de soi veut que l’on dise à ceux qui vous appré­cient ou vous aiment ce que l’on pense. Et tant pis si cela bous­cule le décor. Ma con­fi­ance est sans lim­ites: je crois à la capac­ité de mes inter­locu­teurs, à leur génie, à notre volon­té com­mune de par­er à l’ef­fon­drement des ambi­tions. Nos bras sont forts. Etre insup­port­able, c’est surtout désign­er le monde qui mérite d’être supporté.

Nietzsche

De Niet­zsche on pour­rait dire, lui qui l’ayant expéri­men­té n’a pas pu le dire, la soli­tude mène au pire et au meilleur.

Juliet-Adorno

Charles Juli­et lit Theodor Adorno. Adorno effraie Juli­et. Juli­et, c’est l’ex­pan­sion du soi. Adorno, c’est la cri­tique des con­traintes imposées à cette expan­sion. Tous deux ont souf­fert, mais les sys­tèmes qui orches­traient la néga­tion de leur être appli­quaient une par­ti­tion dif­férente: Juli­et avait la société devant soi, à lui de la rejoin­dre; Adorno avait la société dans le dos, à lui de la réinventer.

Parage

Jamais ne devrait être posée la ques­tion du par­age de l’œuvre. Acte pur, la créa­tion n’a pas à se préoc­cu­per de son point de chute géo­graphique. Sa lib­erté bous­cule la carte.

Gratuits

Lorsque je vois quelqu’un ouvrir un jour­nal gra­tu­it et en faire la lec­ture, je le plains.