Voir son corps

Se voir. Voir son corps. Il ne nous devient vis­i­ble qu’à l’oc­ca­sion de la pro­duc­tion en société de pho­togra­phies, lorsqu’un inter­locu­teur nous enjoint de nous regarder. (Le coup d’œil dans le miroir ne peut pas être con­sid­éré comme un regard sur soi: le geste, répété, machi­nal, per­met rarement à la con­science d’émerg­er com­plète­ment, l’at­ten­tion allant surtout aux détails.) Ce que nous ne faisons pas volon­tiers, à preuve cette réac­tion courante: toi, tu es très bien, mais moi… Manœu­vre qui équiv­aut à un refus de se voir. La vio­lence provo­quée par cette prise de con­science brusque du corps est surtout ressen­tie à l’oc­ca­sion des com­para­isons. Un per­son­ne vous en mon­tre une autre et s’ex­clame:
- C’est fou ce que tu lui ressem­bles!
Ce qu’il nous faut alors, par dev­ers soi, nier, sauf à tenir pour fausse la représen­ta­tion que nous avons de nous-même (dont nous jugeons qu’elle est physique alors qu’elle est mentale)